Chronique | Peter et Miriam, première partie

peter_et_miriamscénario et dessins de Rich Tommaso (Etats-Unis) éditions çà et là (2010, 2007 aux USA) Public : Adulte et nostalgique dans années 80 Pour les bibliothécaires : Pas indispensable dans un premier temps, mais intéressant dans un fonds BD américaine à développer.

C’est un roman d’amitié…

Le 26 juillet 1977, Mme Martinelli rend service à Mme Capaldi en acceptant de garder sa fille Miriam pour quelques heures. Un peu timide, cette dernière s’installe dans un coin du salon familial où la télévision est en marche. Très vite, le jeune Peter Capaldi vient la voir et, très vite, l’insupportable casse-pieds qu’il est ne tarde pas à faire sourire Miriam… Petit récit d’une rencontre et début d’un grande amitié ponctuée de sentiments inavoués, de bêtises assouvies, de sérieux et d’exaltations cinématographiques. Cette amitié est le miroir de deux vies, deux vies d’enfants-ado dans l'amérique des années 80. Dans un superbe écrin réalisé par les éditions çà et là – on ne soulignera jamais assez la qualité de cet éditeur – on trouve un recueil de mini-histoires (rarement plus de 4/5 planches) qui sont une multiplication de focus sur des événements de la vie des deux protagonistes principaux. Ne respectant à aucun moment un ordre chronologique établi, Rich Tommaso fait une description par touches précises et successives. Adolescents, enfants, jeunes adultes, il dresse le portrait de leurs intériorités, de leurs errances, de leurs insatisfactions mais aussi de leurs bonheurs. L'un et l'autre se soutiennent, l'un et l'autre se poussent.peter_et_miriam_planche Marqué par l’école américaine du strip sans en être prisonnier, avec un trait qui rappelle par instant Charles M. Schultz, Rich Tommaso multiplie les histoires à un  rythme effréné. Les 104 planches se lisent assez rapidement et  peut-être même un peu trop. En effet, on a parfois l’impression de passer un peu vite sur des situations qui auraient mérité plus d’approfondissement. Cependant, la richesse du livre repose sur une approche très sensible des personnages d’où, à mon avis, le besoin d’une double lecture. Si la première permet de découvrir Peter et Miriam, la seconde offre la possibilité d’apprécier pleinement la partie immergée de l’œuvre et de profiter finalement d'une description très fine et qui se révèle finalement plus posé, entière et passionnante. Cette première partie est donc un très joli livre sur l’amitié et, même si elle s'avère assez peu sûr de soi, une vision positive de la jeunesse américaine des années 80. Sur IDDBD, on attend déjà la suite avec impatience car la trop courte lecture nous laisse un peu sur notre faim ! Finalement, on s'attache au personnage car chacun rêverait d'une amitié aussi sincère. Une belle leçon d'humanité. A lire : un extrait sur le site des éditions çà et là (pdf) et la fiche album A voir : la critique de Krinein A voir : le site de Rich Tommaso (en anglais, sorry) A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe ! A noter : cette chronique clôt le mois spécial BD américaine sur IDDBD.

Chronique : Rock’n’Roll Life

rock'n'roll_lifeTextes et dialogues de Bruce Paley Dessins de Carol Swain Editions çà et là (2008) Public : Adulte, amateur de romans graphiques anglo-saxon.Pour rockeurs dans l’âme Pour les bibliothécaires : Un bon album, pas vraiment indispensable cependant. Si un bon public amateur de l’esprit rock.

American "No Way" of life

"Bruce Paley a 18 ans en 1967, l’année du Summer of Love. De la fin des années 60 à l’aube des eighties, il traverse l’Amérique de la contre-culture, de New York à Los Angeles et du hasch à l’héro..." (synospis éditeur) Rock’n’roll life nous plonge dans les souvenirs de Bruce Paley, américain né à New York, immigré en Angleterre où il vit actuellement avec Carol Swain, illustratrice de cet album. Par un trait simple et un noir charbonneux, dans un fouillis ordonné qu’ils dressent ensemble un portrait de cette autre Amérique. Celle des rockeurs sous acide, des hallucinations, des voyages en auto-stop, des concerts ratés, du vagabondage, des petits trafics foireux entre dépression et moment de grâce. Bref, l’anti-conformisme des américains refusant la voie de la consommation de masse (hormis celle de drogues). Rock’n’roll life, donne une impression de fuite en avant, de points de non-retour constamment franchis. Pourtant, il n’y a rien de romantique là-dedans car Bruce Paley dresse un portrait sans aucune compromission. Il ne s’illusionne pas sur son passé et décrit les travers de sa propre voie. Les mots de sa dédicace donne immédiatement le ton : To Gordon and Harvey who survived, and Bob, Daphne et Howie, who diddn’t. Ces personnes seront tous de passage dans les pages qui suivront. Malgré tout, on reste comme attaché aux folies et aux dérives dangereuses (voire suicidaires) de ce peuple d’insouciant qui em…. le monde. Ces hommes et ces femmes ne pensaient à rien, encore moins à l’avenir. Un présent pour brûler la vie, quitte à la finir trop vite. On peut ne pas être d’accord, c’est tout de même une forme de liberté. Si je l’admire ? Non pas vraiment car les résultats ne sont pas très probants, la liberté a son prix. Pourtant, je reconnais leur courage devant la résignation. Une époque où l’utopie avait sa place. Les périodes se suivent et ne ressemblent visiblement guère. Rock n’ roll life est un témoignage sur une époque politiquement révolue. Un album qui casse les mythes et les légendes du sexe, drogue, amour et rock’n’roll. Malgré tout, même l'auteur rangé, on sent une petite pointe de nostalgie au fil de pages. Des regrets ? Non, mais des souvenirs ! A lire : la fiche album sur le site des éditions çà et là. Télécharger un extrait (pdf) A découvrir : toujours sur le site de çà et là, l’alléchant Foodboy

Chronique | M

m-le-maudit-Muthd'après le film M le maudit de Fritz Lang adaptation et dessins de Jon J. Muth scénario de Thea Von Harbou et Fritz Lang Editions Emmanuel Proust (collection Atmosphères) Public : adulte et cinéphile accompli ou en devenir Pour les bibliothécaires : une expérience graphique impressionnante, pour un public averti

Bulle cinématographique

muth-m-aveugle

Berlin, années 30. Impuissant face à un tueur en série, la police harcèle la pègre. Les chefs du milieu décident alors de se faire justice eux-mêmes. Commence alors une impitoyable chasse à l’homme. Reprendre en BD l’une des œuvres majeures de l’un des plus grands réalisateurs du 7e art, voici une entreprise à la fois passionnante et risquée. Mais après tout pourquoi pas ? Le film de Fritz Lang, tourné au début des années 30, reste d’une modernité exceptionnelle et ses thèmes résonnent encore dans le paysage politique et social d’aujourd’hui. D’ailleurs, Jon J. Muth, lui-même grand artisan de l’essor du roman graphique américain dans les années 80, n’a pas pris de risques avec le scénario original. Il y ajoute seulement quelques passages. On ne pourra pas le lui reprocher tant l’écriture de Théa Von Harbou et de Fritz Lang explore finement les côtés obscures de l’âme humaine, pose des questionnements autour de la justice et de la morale tout en interpellant le spectateur/lecteur au plus profond de lui-même. C’est vrai, pour l’ensemble, Jon J. Muth met en image sa propre vision de l’œuvre… Oui, mais quelle vision ! Car il ne se contente pas seulement d’illustrer. Il met lui-même en scène un "roman-photo", positionnant des acteurs dans des décors réels avant  de les photographier. Ces photos sont ensuite reproduites en tableau. Cette technique « photo-réaliste » donne véritablement un ton particulier à l’ensemble. Jon J. Muth s’attache à créer des atmosphères proches de l’univers original tout en ajoutant une touche bien à lui, plus moderne et surtout plus proche du média BD. Car, même si cette technique est souvent critiquée, on lui reproche notamment de cacher le manque  de qualité de certains dessinateurs, elle permet de créer une passerelle véritable entre le 7e et le 9e art tout en conservant à chacun sa spécificité. Et puis, entre nous, l’auteur n’a plus besoin de prouver quoi que se soit depuis bien longtemps. Au bout du compte, cette histoire monumentale est magnifiquement bien servie par cette adaptation respectueuse, splendide sur le plan de la construction et du graphisme. Un livre qui vous donnera forcément envie de découvrir ou redécouvrir une des plus belles pages de l’histoire du cinéma. A lire : le très bon article sur ActuaBD A découvrir : le point de vue de collègues bibliothécaires dans l'Essonne A lire (encore) : la critique sur sceneario.com A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Dimanche K.BD : La Nef des Fous

kbd Comme chaque dimanche, l'équipe de k.bd vous invite à découvrir sa nouvelle synthèse. Une synthèse bien à l'image de la semaine de l'équipe avec La Nef des fous de Turf. La série n'a pas emballé votre humble serviteur c'est vrai mais peut-être que Zorg, Lunch, Mo' et les autres ont un autre point de vue. Découvrez-le vous-même. >>>Allez c'est par ici<<< >>>Relisez également notre chronique<<<

L’Info du Jour : Interne, le nouvel album de David de Thuin

Il y a des auteurs pour lesquels on a un attachement particulier, des affinités spéciales... enfin, quelque chose qui, à nos yeux, les distinguent définitivement des autres. David de Thuin appartient à cette catégorie d'artistes sensibles, intelligents, touchants. Aussi, lorsqu'il nous gratifie d'un nouvel album, impossible de ne pas vous le recommander chaudement (même avec un peu de retard... comme d'hab). A lire : la belle chronique de Martin Vidberg (l'auteur de l'Actu en Patates) A visiter : VERNOR, le blog de David de Thuin où vous pourrez vous régaler de quelques strips A relire : les chroniques d'IDDBD sur les albums de David de Thuin (Le Roi des Bourdons ; La Colère dans l'Eau ...)

Chronique : Swallow me whole

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scénario et dessins de Nate Powell Editions Casterman, collection Ecritures (2009) Public : Adulte, amateur de roman graphique américain Pour les bibliothécaires : Incontournable ! Eisner Award du Meilleur Roman Graphique 2009

Le magicien et le crapaud

Dans une ville moyenne des Etats-Unis, Ruth et Perry sont deux faux-jumeaux pré-ados en apparence bien ordinaire. Ils se rendent chaque jour dans un collège très marqué par une religion radicale, ont leurs relations et leurs habitudes. Cependant, chacun cultive un jardin secret un peu particulier : Perry voit et entend un petit sorcier qui lui demande de dessiner ses prophéties, Ruth entrepose des bocaux remplis d’insectes morts avec lesquels elle communique. Touts les deux veillent sur le secret de l’autre. Mais le temps passant ce qui apparaît comme une lubie d’enfants pourrait bien avoir des répercussions inquiétantes…swallow_me_whole_Nate_Powell_1 Dense et riche dans son propos, à la fois réaliste et onirique dans son graphisme, Swallow me whole fait partie de ses albums dont il est nécessaire de digérer le contenu après l’avoir lu afin de se poser les bonnes questions. Dans un premier temps, on serait facilement tenté de le comparer au très réussi Blankets de Craig Thompson : même période de la vie, même situation sociale et culturelle de l’environnement, même attrait pour un graphisme proche de l’école européenne. Cependant, il convient de s’arrêter là car Nate Powell aborde l’adolescence dans sa partie la plus obscure là ou Craig Thompson y voyait de la lumière. swallow_me_whole_Nate_Powell_2Cette histoire est composée de petites touches du quotidien s’enchaînant à une vitesse vertigineuse. Autour des deux protagonistes principaux, que nous suivrons de 12 à 16/17 ans environ, gravitent toute la population habituelle : des parents aux réactions tardives, une grand-mère qui perd la tête, des professeurs à la merci des croyances locales (en particulier la prof de biologie qui se doit d’éviter les théories évolutionnistes), des amis exclus de la bulle du frère et de la sœur, des médecins… Chacun apporte sa pierre à l’édifice du récit, sa part de vérité dans le développement des deux personnages et de responsabilité dans les événements qui suivront. Malgré tout cet entourage, c’est l’absence d’écoute qui prévaut. La mère de Ruth et Perry devenant sourde au fur et à mesure de l’histoire en est une métaphore particulièrement bien réussie. Graphiquement, c’est une réussite véritablement exceptionnelle ! Nate Powell alterne entre un dessin au trait simple et des moments de pures folies en adéquation avec son récit. Le mal-être transparaît dans des traits parfois durs et rares sont les moments d’apaisements. Seuls les délires des personnages peuvent amener à une (relative) sérénité. Cette violence sous-jacente est absolument bouleversante et entraîne le lecteur au fond des choses…swallow_me_whole_Nate_Powell_3 Dans cette vision radicale de l’adolescence, et au travers elle d’une certaine Amérique, Nate Powell dresse un portrait de la folie. Pour tenter de répondre à l’énigme Ruth et Perry, il explore de multiples voies, sans qu’aucunes ne soient véritablement une réponse, sans qu’aucunes ne soient totalement absurdes. Complexe et d’une incroyable richesse, Swallow me whole,  peut sans doute être considéré comme une œuvre incontournable du roman graphique américain... à condition d'y pénétrer et de résister à sa charge émotionnelle. A lire : la critique positive de Melville sur sceneario.com A lire : la critique négative de David Taugis sur ActuaBD A découvrir (pour mettre tout le monde d'accord) : les premières pages sur BDGest' A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Chronique : Fell T1 Snowtown

fell_1_snowtownScénario de Warren Ellis Dessins de Ben Templesmith Editions Delcourt, 2007. (Contrebande) Public : Adulte, amateur de roman (très) noir et de glauque puissance 10000 Pour les bibliothécaires : Un très bon début de série. Même si c’est un tome 1, il peut se lire seul.

Justicier perdu

De l’autre côté du pont, Snowtown est un quartier-ville où la violence, la pauvreté et la folie sont vécus au quotidien. C’est ici que débarque Richard Fell, lieutenant de police. Dès son emménagement, il découvre la réalité de cette ville et se plonge lui ainsi que son lourd secret dans la partie de la plus obscure de cette zone de non-droit. Après Transmetropolitan, nous nous plongeons encore dans l’œuvre dérangeante de Warren Ellis. Si avec Spider Jerusalem il dressait le portrait d’un journaliste déjanté et exubérant dans une ville futuriste, avec Richard Fell en revanche, nous sommes dans le portrait plus classique du flic introverti. Même si le propos est sans doute moins ambitieux, disons plus classique surtout, on retrouve la même qualité d’écriture. Les intrigues des huit histoires de ce premier volume (seul paru à ce jour en France) n’ont rien d’anecdotiques et tiennent autant aux personnages principaux qu’aux seconds rôles. Les habitants de Snowtown portent tous en eux, sur leurs visages ou leurs attitudes, une espèce de malédiction répandue dans les rues de la ville. fell_1_snowtown-plL’univers dans lequel le lieutenant Fell évolue se situe à la frontière entre réalité et cauchemar, une ville hors du temps et de l’espace. Il y règne constamment une atmosphère oppressante grâce (ou à cause) du dessin incomparable de Ben Templesmith. Et ce choix de dessinateur est totalement judicieux, il suffit de voir son travail sur 30 jours de nuit, pour vraiment comprendre que Warren Ellis ne pouvait pas trouver mieux. Avec son dessin haché, torturé et ses choix de couleurs absorbant totalement la lumière le plongeon est immédiat. Là encore, Warren Ellis ne ménage pas son lecteur et l’entraîne véritablement dans des histoires plus dures les unes que les autres. Je me garderais bien d’y chercher quelques explications. Cependant, chez lui il n’y a jamais d’écriture gratuite et de là à voir dans sa ville perdue une image des ghettos… je vous laisse vous faire un avis sur la question. Fell est donc à conseiller à des âmes non-sensibles, prêtes à se plonger dans un univers riche et dérangeant. Un monde hors du temps où personne n’aimerait ne serait-ce que passer. Pourtant, comme l’écrit Richard Fell dans son journal: "7h. C’est ici que je vis. ET vous n’êtes pas personne à mes yeux. Aucun de vous". Une définition du héros. A lire : l'excellente chronique de sceneario.com A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

L’info du jour : Cerebus de Dave Sim enfin publié en France

dave_sim_high_society_cerebus300 numéros étalés de 1977 à 2004, plus de 6000 pages et une œuvre culte de la BD indépendante nord-américaine. Voilà enfin en France, Cerebus, roman graphique iconoclaste et surprenant du canadien Dave Sim. Durant plusieurs années, l'auteur avait refusé toute traduction. Seul les imbéciles ne changeant pas d'avis, c'est avec bonheur que Vertige graphic adapte en français High Society, le second volume de l'oryctérope le plus célèbre (et sans doute le seul) de la bande dessinée. Dans le monde imaginaire d'Estarcion, Cerebus est un personnage haut en couleur, parfois pape, mercenaire, politicien, tenant de bar ou simplement messie... Bref, Cerebus : High Society est dans les bacs depuis le 26 août 2010, alors ne le ratez pas ! A voir : les 30 premières pages en preview sur BD Gest'