Le Retour du Roi

Dix de Der (scénario et dessins de Didier Comès. Casterman, 2006)

1944, dans les Ardennes belges, un petit groupe de soldats américains est en première ligne pour stopper l’ultime sursaut de l’armée allemande. De jeunes soldats sont enrôlés pour pallier les lourdes pertes occasionnées par cette contre-attaque. Parmi eux, Le Bleu prépare non sans appréhension les premiers moments de sa guerre. Positionné par son lieutenant dans un trou au pied d’une croix, il attend jusqu’au moment où…  Belote, rebelote et dix de der ! C’est par cette annonce bien connue par les amateurs de belote qu’il va faire connaissance avec Joseph, Manfred et Amédée. Tout irait pour le mieux si ces trois personnages n’étaient pas des fantômes !

26 ans après le fabuleux Silence, Comès n’a pas quitté ses Ardennes belges et conte encore une fois une histoire entre deux mondes. Avec ce jeune héros, nous plongeons dans l’irréalité la plus totale, un univers fantasmagorique où les crânes énucléés recherchent désespérément des yeux, où les corbeaux sont des anciens vicaires, où Jésus est un sale con (ben oui désolé) et où les seuls moments de retour au vrai se passent sous les balles et les obus.


Par son dessin, par ses décors et l’atmosphère unique de sa campagne ardennaise, Comès est toujours capable de créer un univers à part, une bulle de folie douce dans un monde de folie brute. Mais le plus important c’est le cynisme incroyable de l'écriture ! Les dialogues entre les défunts, enfin plutôt les gentillesses qu’ils s’envoient à la figure, sont absolument savoureux. De plus, quelques personnages secondaires, comme les deux corbeaux et leur réflexion sur la vie après la mort mais aussi les deux enfants victimes d’une erreur de bombardement des libérateurs américains, apportent un vrai plus à l’ensemble.  Dix de Der est un album mosaïque, enchainant les tableaux, égratignant les figures (du soldat libérateur au bon instituteur de campagne) tout cela dans l’attente fébrile d’un dénouement. Malgré ce découpage, l’ensemble est cohérent tout en gardant un rythme régulier.

Finalement, en compagnie de ces compagnons d'infortune, le lecteur découvrira le point de vue de Comès, une vision presque optimiste de la mort, en tout cas pas moins affreuse que la réalité de la vie de notre bleu. Bref, un album pour les amateurs d’histoires délurées où le cynisme ne laisse pas sa part à l’humour noir. Après 6 ans d'absence (album précédent en 2000), Comès signe encore un petit bijou... bref, comme d'habitude !

A voir : le reportage consacré à l'album sur Arte.tv (3'30)
A lire : la critique de Krinein

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

2 réflexions au sujet de « Le Retour du Roi »

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