Culturopoing II

Femmes battues, femmes humiliées : la bande dessinée se mobilise contre la violence faite aux femmes Hier, parution de mon 2e article sur Culturopoing. C'est une tentative de synthèse de 3 très bon albums tous parus l'an passé et consacrés au même thème : la violence faite au femme. On retrouve bien sûr Inès dont j'avais fait la chronique il y a peu, mais aussi A la folie de James et Ricard ainsi que le collectif En Chemin elle rencontre initié par Marie Moinard, éditrice. Comme je vous l'avais expliqué, j'essaye d'écrire sur un ton différent sur le support qu'est Culturopoing alors si vous avez envie de découvrir ces 3 bons albums n'hésitez pas ! C'est par ici !!!!! PS : Merci à Antoine pour le long prêt qu'il m'a accordé pour A la folie 🙂

Garulfo

Garulfo-De Mares en châteauxscénario d'Alain Ayroles dessins de Bruno Maïorana Editions Delcourt (Terres de Légendes) 6 volumes

Cloaque Humanitaire

 Il était une fois l’histoire d’une grenouille prénommée Garulfo. Exaspérée par sa modeste et fragile condition d’amphibien, il décida – car Garulfo était un mâle, les grenouilles n’étant pas les femelles des crapauds – de devenir ce qui se faisait de mieux dans la condition terrestre : un homme ! Après une rencontre avec Madame la fée (qui est soit dit en passant est autant bonne fée que la non moins fameuse Radada), le voici plongé dans la dure réalité du monde féodal et sauvage de l’humanité. 
Garulfo
série en 6 volumes
Qu’est-ce qui est bon dans Garulfo ? Et bien tout, rien que ça ! L’univers d’abord. Il se nourrit des contes de l'enfance et des adaptations de ces derniers, allant y chercher images et personnages afin de remanier le tout dans de sempiternelles galipettes scénaristiques. Ainsi, le récit prend une profondeur surprenante pour ce genre de bd, la multiplication des personnages, des références, des petits détails prenant soudainement une importance inattendue ajoute à chaque fois un peu plus de piment à une histoire à priori simple.  L’écriture ensuite, celle d’Alain Ayroles (à ne pas confondre avec François, plutôt édité chez L’Association), le papa du nom moins mythique De Capes et de Crocs. Ici aussi, on retrouve ce même plaisir des (bons) mots, des dialogues ciselés et des surprises à chaque coin de case. La douce naïveté de son personnage principal, la cruauté et l’idiotie de la race humaine fournissent sans cesse des situations décalées et logiquement humoristiques. Alain Ayroles prend un malin plaisir à décortiquer les contes et à malmener ses figures emblématiques (du Garulfopourfendeur de dragon à la princesse bimbo). Mais l’idée principale, prendre une grenouille comme héros principal d’un roman d’apprentissage, un des thèmes favoris des conteurs/auteurs depuis la nuit des temps, est déjà en soi très iconoclaste.  Et enfin, le dessin celui de Bruno Maïorana, superbe dessinateur s’amusant autant à glisser des détails qu’à créer des décors somptueux et variés. Vous vous baladerez dans les bois, les châteaux, dans l’antre d’une sorcière, vous exploserez de rire en découvrant les attitudes des personnages et serez peut-être intimidé et curieux devant des scènes grandioses. Et tout cela dans un univers graphique très cohérent.  Garulfo est, dans le bon sens littéraire du terme, une vraie farce. Entre conte et pièce de théâtre où rebondissements et situations farfelues se mêlent aux petites attaques sur les travers de l'humanité. Mais Garulfo, c'est surtout deux auteurs qui ont pris une immense plaisir à façonner leur petite histoire de grenouille découvrant les joies de l’humanité. Évidemment, ce plaisir est communicatif et se transmet au travers de la lecture des deux "livres" constituant la série (tome 1 à 2, puis de 3 à 6). Sans aucun doute, Garulfo laissera forcement une marque différente dans votre esprit. Celle d'un petit sourire et d'une espèce de nostalgie inhérente à l'univers des contes.  A lire : l'interview d'Alain Ayroles dans BD sélection A lire : la chronique de Mo' la fée  Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

Le Jardin d’hiver

scénario : Renaud Dillies dessins : Grazia La Padula Editions : Paquet (Blandice)

Entorse au réglement

Avant propos de chronique : récemment, j’ai eu une (plusieurs en fait) discussions avec ma copine Mo’ la fée sur le pourquoi du comment chroniquer ou non des albums que je n’avais pas aimé. Si nos arguments se valent (si, si Mo’ j’ai aussi raison !) je dois avouer qu’un des siens est incontournable : la critique peut être tout à fait constructive si elle est faite honnêtement. Alors voilà, exceptionnellement, je vais aller un peu à l’encontre de l’esprit d’IDDBD et un peu étalé mon demi-scepticisme sur un album. Je m’en excuse d’avance mais là, j’en avais besoin. N’hésitez pas à râler si vous n’êtes pas d’accord, de toutes façons je ne répondrais pas aux mails d’insultes. 🙂
Donc oui, sceptique, je le suis (oui quand je critique je parle comme Maître Yoda) car quand j’ai refermé Le Jardin d’hiver j’ai regardé la couverture en me demandant si j’avais un chef d’œuvre entre les mains ou un ramassis de clichés… Renaud Dillies au scénario et Grazia La Padula au dessin racontent l’histoire de Sam, garçon de café dans un bar de jazz, solitaire paumé dans une grande ville où les regards soupçonneux sont les seuls véritables relations entre les êtres. Bien sûr, Sam a Lili, une jolie danseuse. Il pense qu’il l’aime. Enfin… il ne sait pas vraiment. Bref, Sam se traîne dans sa petite vie morne jusqu’au jour où une goutte tombe du plafond directement dans sa tasse de café. Bizarre !
Mettons nous d’accord immédiatement, le dessin et la couleur de Grazia La Padula sont absolument superbes. Surprenant, caricaturaux et absolument magnifiques ! Elle a su donner à cette ville une atmosphère pluvieuse et glauque qui m’a rappelé un peu les univers créés par Nicolas de Crécy. Quant au scénario... Je vais essayer d’exprimer mon sentiment sans dévoiler toute l’histoire, ce qui n’est pas simple vu l’épaisseur de l’intrigue. Le héros paumé coupé de sa famille, la fille belle et gentille, le petit vieux qui perd la boule, la ville violente et inhumaine… et une symbolique un peu (très) lourde quand l’horizon nuageux de la ville et du héros se dégage, la pluie laissant la place au beau temps après un rebondissement qui permet à Sam d’ouvrir enfin les yeux sur l’importance des « vraies choses »… Mouais, mouais, mouais. J’ai vraiment l’impression d’avoir vu ce schéma narratif des milliers de fois, au moins autant que la moitié des figures, principales ou secondaires, symboliques ou pas, qui hantent l’album.
Un peu partout sur le net, les gens évoquent une poésie sublime mais un dessin particulièrement difficile. Il ne correspond effectivement pas aux canons habituels du dessin à l’européenne, mais pour moi, loin d’être inaccessible, il est la grande force de cet album. En revanche, ce scénario ultra-lisible, où les surprises sont relativement rares, est beaucoup trop convenu. Pourtant, Mélodie au Crépuscule et Betty Blues, deux des albums de Renaud Dillies, sont des hommages magnifiques à la musique et aux rêves. Ils sont surtout d’une incroyable originalité !
Tout de même, quand j’ai refermé ce livre, je me suis demandé si je n’étais pas passé à côté de quelque chose. Après tout, c’est une question de sensibilité parfois ou d’état d’esprit au moment de la lecture. N’avais-je pas compris le message ? Alors je l’ai relu... encore une fois. Comme une évidence, mes impressions rebondissaient invariablement sur ce décalage malheureusement évident entre graphisme et écriture, gage d’une œuvre pas complètement aboutie à mon sens. Tout simplement dommage. Si vous avez lu et aimé (ou pas) cet album, n'hésitez pas à glisser un petit commentaire, histoire de voir... A lire : un avis totalement opposé au mien sur le blog de Choco Info K.BD Retrouvez la synthèse de Silence, le cultissime album de Didier Comès sur le blog du collectif de blogueur k.bd qu'IDDBD a rejoint récemment ! Pour replonger dans l'univers sombre des Ardennes belges et du sublime idiot, suivez le guide !!!

Übel Blatt

Ubel Blattscénario et dessins de Etorouji Shiono Editions Ki-oon 11 volumes (T0 à T10) série en cours

Lance de la vengeance

Il y a 20 ans, quatorze guerriers furent envoyés dans une mission périlleuse afin de sauver l’empire. Sept d’entre eux revinrent, trois avaient péri au combat tandis que quatre autres avaient trahi l’empire pour rallier la cause de l’ennemi. Ces lâches furent nommés lances de la trahison. Voici l’histoire officielle, celle écrite par les vainqueurs. Mais aujourd’hui, à la frontière de l’empire, un étrange guerrier est apparu. Sous les traits d’un jeune semi-elfe se faisant appeler Koinzell, il pourrait bien bouleverser la paix instaurée dans l'empire depuis le retour des sept "héros". Amateur d’héroïc-fantasy, voici une œuvre de Dark Fantasy qui pourrait bien vous réconcilier avec un genre usé jusqu’à la corde ! En tout cas en BD européenne. Car il faut l’avouer, en matière de manga ce genre est en concurrence directe avec son cousin asiatique : le récit de samouraï. Autant les grandes sagas de sabre sont légions (Kenshin le vagabond, Lone Wolf and Cub, Musashi, L’Habitant de l’infini…) autant les histoires de dragons, de nains, d’elfes et d’épées magiques ne sont ni nombreuses, ni incontournables (Les chroniques de la Guerre de Lodoss : La dame de Falis, Berzerk...). Mais ici… Ah fidèles lecteurs d’IDDBD, voici une véritable quête avec des personnages, des héros et des lâches et de nobles valeurs obscurcies par un côté sombre (et réciproquement) ; voici un scénario aux rebondissements multiples, où de vraies surprises vous attendent, où les attentes se figent dans des moments de tensions, où le relâchement laisse la place aux découvertes, où les flashbacks dévoilent d’improbables secrets, cases après cases… On retrouve évidemment les normes du genre : le héros très fort et blessé dans son âme, la copine agréable à regarder, l’apprenti-héros, le jeune chevalier, l’ennemi mortel, les méchants méchants et la petite fille à protéger. Parlons aussi des tenus sexys, voire de l’absence de tenue ou de l’utilisation du string un peu trop prononcée sur des héroïnes à l’apparence parfois fort jeune, pour moi le seul bémol au tableau. Je ne défendrai pas ce choix de l’auteur car c’est un peu agaçant... et surprenant car ce dernier n’abuse pas trop des grands poncifs habituels : grosses épées, gros dragons et très grosses batailles. En tout cas, leur utilisation est toujours dans le souci de l'intégrer parfaitement au récit, pas comme une obligation pour ados boutonneux ou no-life en mal de sensations. Et ça marche ! Dans l’ensemble l’histoire et l’univers dans lequel évolue les héros sont parfaitement cohérents, n’abusant ni de personnage, ni de nom de région biscornue (un peu mais pas trop). Toujours agrémenté par les souvenirs et les doutes, cette quête vengeresse d’un homme seul contre un empire résonne comme les belles et grandes histoires du genre, on pense évidemment aux récits de personnages écrits par Tolkien (Les enfants de Hurin en particulier pour le côté très sombre de l'univers). Bref, celles que tout bon rolistes bardes qui se respectent rêveraient de conter à ses condisciples. Ah oui, j’ai oublié de parler du style. Un trait classique pour du manga, des scènes de combats pas trop chargés et relativement lisibles (pas toujours le cas), l’abus de string peut nuire à la santé mental des boutonneux les plus fragiles mais dans l’ensemble ça reste du très très bon. Attention cependant à ne pas se laisser prendre par le dessin naïf, certaines scènes de combat ou de sexe pourrait choquer les plus prudes d'entre vous. Übel Blatt est un vrai seinen ! Un petit recommandé ? Evidemment, car de l'heroic-fantasy qui prend le temps de bâtir autre chose qu'une suite de cliché c'est assez rare et très précccccccccccieeeeeeeeuuuxxx ! (oups) A voir : un portail consacré à Übel Blatt et au genre Dark Fantasy (en manga) A lire : le dossier spécial sur manga-news Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD  

Une histoire de viking

Ingmar - Tome 4 : Le siège de Paris (scénario d'Hervé Bourhis, dessin de Rudy Spiessert, éditions Dupuis)

Comment rater la sortie, le 4 juin, du 4ème tome d'Ingmar, cette série irrésistible qu'IDDBD suit depuis 4 ans ? Pas possible !

D'autant que, loin de s'éssouffler, notre petit viking plein de peurs et de reproches nous entraîne à Paris pour les beaux yeux (mouais...) de son amie Cuneen, rencontrée dans le deuxième opus de ses improbables (et hilarantes) aventures.

Vous imaginez bien que le voyage, et surtout le séjour dans la capitale de ce qui n'est pas encore la France, ne sera pas de tout repos ! Entre l'invasion imminente de ses compatriotes vikings (des vrais ceux-là, avec barbes, haches, drakkars et une sale propension à tuer tout ce qui ne sent pas le poisson fumé du Nord...), un mystérieux « tueur de la cité », et des nonnes assassines, notre Ingmar va être à la fête... à Neuneu.

Et franchement, on en attendait pas moins de notre duo Bourhis-Spiessert qui, encore une fois, se complètent parfaitement : le dessin expressif de Rudy répond au scénario délirant d'Hervé et réciproquement. Cette symbiose (que je rapprocherait de celle des frères Jouvray dans la série Lincoln), n'est pas étrangère à la qualité artistique et humoristique d'Ingmar.

Bien entendu, Ingmar va vous reposer le neurone (on est dans le pur divertissement), mais il va à coup sûr vous déchirer les zygomatiques, ce qui pour un petit viking froussard n'est déjà pas si mal... En tout cas, chez IDDBD, on continue d'être fans !

A (re)lire : la chronique d'IDDBD sur le premier tome d'Ingmar, celle sur le deuxième tome et celle sur le troisième opus

Le Retour du Roi

Dix de Der (scénario et dessins de Didier Comès. Casterman, 2006)

1944, dans les Ardennes belges, un petit groupe de soldats américains est en première ligne pour stopper l’ultime sursaut de l’armée allemande. De jeunes soldats sont enrôlés pour pallier les lourdes pertes occasionnées par cette contre-attaque. Parmi eux, Le Bleu prépare non sans appréhension les premiers moments de sa guerre. Positionné par son lieutenant dans un trou au pied d’une croix, il attend jusqu’au moment où…  Belote, rebelote et dix de der ! C’est par cette annonce bien connue par les amateurs de belote qu’il va faire connaissance avec Joseph, Manfred et Amédée. Tout irait pour le mieux si ces trois personnages n’étaient pas des fantômes !

26 ans après le fabuleux Silence, Comès n’a pas quitté ses Ardennes belges et conte encore une fois une histoire entre deux mondes. Avec ce jeune héros, nous plongeons dans l’irréalité la plus totale, un univers fantasmagorique où les crânes énucléés recherchent désespérément des yeux, où les corbeaux sont des anciens vicaires, où Jésus est un sale con (ben oui désolé) et où les seuls moments de retour au vrai se passent sous les balles et les obus.


Par son dessin, par ses décors et l’atmosphère unique de sa campagne ardennaise, Comès est toujours capable de créer un univers à part, une bulle de folie douce dans un monde de folie brute. Mais le plus important c’est le cynisme incroyable de l'écriture ! Les dialogues entre les défunts, enfin plutôt les gentillesses qu’ils s’envoient à la figure, sont absolument savoureux. De plus, quelques personnages secondaires, comme les deux corbeaux et leur réflexion sur la vie après la mort mais aussi les deux enfants victimes d’une erreur de bombardement des libérateurs américains, apportent un vrai plus à l’ensemble.  Dix de Der est un album mosaïque, enchainant les tableaux, égratignant les figures (du soldat libérateur au bon instituteur de campagne) tout cela dans l’attente fébrile d’un dénouement. Malgré ce découpage, l’ensemble est cohérent tout en gardant un rythme régulier.

Finalement, en compagnie de ces compagnons d'infortune, le lecteur découvrira le point de vue de Comès, une vision presque optimiste de la mort, en tout cas pas moins affreuse que la réalité de la vie de notre bleu. Bref, un album pour les amateurs d’histoires délurées où le cynisme ne laisse pas sa part à l’humour noir. Après 6 ans d'absence (album précédent en 2000), Comès signe encore un petit bijou... bref, comme d'habitude !

A voir : le reportage consacré à l'album sur Arte.tv (3'30)
A lire : la critique de Krinein

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

L’Agenda du mois de juin d’IDDBD

Festival BD de Palavas-les-Flots

La 6e édition du Festival de Palavas-les-Flots se tiendra les 19 et 20 juin 2010 (Rive droite au parking de la Capitainerie, sous chapiteau). Thierry GIROD en sera le président.

Le site du Festival

Festival BD "Bulles en Seyne" de la Seyne-sur-Mer

Il se deroulera le 12 et 13 Juin 2010 toujours sur le Parc de la Naval juste apres le port... L'affiche est signée Didier Crisse !

Le site du Festival