Silence

(scénario et dessins de Didier Comés, Casterman) Hugo Pratt, José Munoz, Chabouté et au milieu Didier Comés. Les deux premiers sont des pères artistiques, l’autre est le fils spirituel, héritier direct d’une certaine forme de BD, de l’esprit des conteurs d’histoires. Ceux qui, à la veillé, faisaient frissonner enfants et adultes avec leurs histoires fantastiques de sorcières et de petites ou grandes lâchetés. En 1979, dans la fameuse revue (A suivre), Comés entre dans la cour des grands auteurs avec un idiot du village au nom poétique et révélateur de Silence. A Beausonge, obscur patelin des Ardennes belges, ce gentil benêt est le garçon de ferme d’Abel Mauvy, un odieux personnage à la mine grasse et aux accents vulgaires. Traité au rang d’animal ou d’outil par la plupart des habitants, Silence n’éprouve pourtant aucun ressentiment. Mais un jour, alors qu’il a été prêté par son maître à un autre paysan, sa curiosité le pousse à pénétrer dans une grange interdite où il va faire la connaissance de La Sorcière, une étrange et pénétrante femme qui lui révèle alors une secret enfoui depuis plus de 20 ans… un secret qui va l’amener à découvrir le chemin de la haine. Considérer Silence comme LE chef d’œuvre de Comès apparaît presque comme une évidence. En effet, cet album pose déjà les bases du travail qu’il réalisera pour Casterman tout au long des années 80/90. Un trait obscur mélangeant réalisme et caricature, un jeu précis de lumière avec les noirs et les blancs (on évitera pour profiter pleinement de l’œuvre les éditions colorisés, merci !) et surtout le sens du récit. Il construit l’intrigue, fait rebondir l’histoire tout en lui donnant une direction que l’on devine tragique et inéluctable. Après tout, Silence est une histoire de vengeance et d'injustice. Mais, et c’est sans doute l’une des premières fois en BD, ces histoires de vengeance, trahisons et autres coups tordus ne se passent pas dans les ors d’un palais mais au plus profond de la campagne. Dans cet îlot perdu au milieu du monde, le petit royaume crasseux de Beausonge est peuplé de lâches, de crédules, de manipulables, de traîtres, de profiteurs. Bercés entre les croyances chrétiennes et païennes, ces gens semblent bien vivre dans un univers à part où la consanguinité à fait son effet. Finalement, seuls les idiots ou les étrangers y font preuve d’humanité. Mais voilà, les étrangers dérangent et les idiots font peur… Alors le règne de la honte et de la terreur prend sa place… avec son lot de sorciers et de bêtise humaine. Didier Comès frappe fort, sa compromission, sans facilité. Il décrit, taille dans cette mauvaise herbe et laisse cette atmosphère pesante gagnée en puissance pour l’apogée finale. Lire Silence, c’est pénétrer dans ce monde, se laisser prendre et n’en sortir qu’avec une part de dégoût dans la bouche. Le genre humain est ce qu’il est… et il n’y a rien de bien glorieux. Silence a fêté ses 30 ans en 2009. Si le graphisme n’est sans doute plus aussi novateur qu’à l’époque, l’efficacité de la construction et du propos reste efficace. Évidemment, pour les habitués des mangas et du trait des années 2000, Comès peut surprendre et rebuter. Mais combien de bonnes lectures aurions-nous manquer si nous n'étions pas passer outre le graphisme (pour ma part au moins 20 et surtout V pour Vendetta...) ? Sans être moraliste (enfin ne le prenez pas comme ça hein !), lire Silence, c’est se forger une culture historique de la bande dessinée en mettant le doigt dans les œuvres des années 70/80, celle des Futuropolis, (A suivre), Metal-hurlant ou Fluide Glacial (de la grande époque). C’est découvrir la richesse artistique de cette période et de cette génération qui a ouvert la voie à des éditeurs et à des auteurs artistiquement ambitieux des années plus tard. Bref, lire Silence et Comès, c’est s’ouvrir des portes pour comprendre la BD d’aujourd’hui et plus que tout, c'est redécouvrir un trésor. Trésor qui a obtenu le prix du meilleur album à Angoulême en 1981. A lire : le dossier Retour sur Images consacrés à Silence chez BD Paradisio Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

Welcome to the Death Club

(scénario et dessins de Winshluss, 6 pieds sous terre/Cornélius (2002), (2010) ) Quand vous aimez l’humour noir, quand Les Idées Noires de Franquin sont autant de textes sacrés pour l'athée que vous êtes, le titre même de cet album à quelque chose d'attirant. Pour la plupart issues de la magnifique et démoniaque revue Jade (oui, je soupçonne les gens de 6 pieds sous terre d’avoir pactisé avec le démon pour réaliser leur revue !!), ces nouvelles de Winshluss sont des petites pierres à l’édifice de l’humour sombre, décalé, franchement gore et politiquement incorrect. Vous, ô ami respectueux de la belle BD, du beau graphisme, de la belle morale à la fin qui finit bien, du scénar’ qu’ont a vu 10 fois, de la série à 19 tomes qu’on vous remet un 2e cycle derrière parce que la vache a encore un peu de lait, passez votre chemin. Welcome to the Death Club est une insulte à tout ce que vous aimez, mais certainement pas à la bande dessinée. Si le dessin reste en noir et blanc (revue Jade oblige), on retrouve déjà ce trait énergique à la fois expérimental et très inspiré des comics underground. Winshluss s’amuse et varie son trait en fonction de ses besoins. Mettant tour à tour en scène, et sans aucun dialogue, un écrivain bohème, un détrousseur de cadavres, le fils de la mort rêvant d’être un ange, la Mort elle-même passant un bien mauvais quart d’heure au bord d’une route, un mécano rêvant d’être célèbre, bref toute une galerie de personnages qu'il va maltraiter au plus haut point. Winshluss joue avec les petits et les grands travers de l’humanité pour rendre ses histoires encore plus cyniques, sordides, immorales… et drôles. Car ne l’oublions pas, l’humour noir est ici la règle d’or. Et quand l'humour noir devient satire sociale, alors on atteint des sommets dans le macabre. Évidemment, cet album est bien en-dessous du chef d’œuvre stratosphérique qu’est Pinocchio (ne cherchez pas il n’est pas encore sur IDDBD). Mais Welcome to the Death Club est une petite pépite à lire et à relire les soirs de dépr… Euh, non quand il fait beau et que vous venez d’avoir une augmentation. A noter, initialement publié chez 6 pieds sous terre en 2002, l’album a été réédité (en version augmentée) en 2010 par Cornélius avec toujours ce même souci de qualité. On les en remercie (encore) ! A lire : les chroniques sur Le Cafard Cosmique et Fluctuatnet A voir : le reportage de l'emission Kultur sur Arte consacré à Winshluss et son Pinnochio Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

L’Agenda d’avril (part II) par IDDBD…

Printemps des Légendes

Du 23 au 25 avril 2010 à Monthermé (Ardennes) : festival de féerie regroupant salon du livre, illustrateurs, auteurs de roman, artistes, artisans, spectacles et musique.... les légendes et la féerie sous toutes ses formes....

Le site du festival

Festival BD-Bulles de Hautvillers

La 4e édition du Festival aura lieu du 23 au 25 avril 2010 sous la présidence d'Olivier Schwartz, dessinateur du "Groom vert-de-gris", une aventure de Spirou et Fantasio.

Une exposition sera par ailleurs consacrée à Schwartz durant le festival.

Une vingtaine d'auteurs y seront en séances de dédicaces, et Frank Pé et Philippe Bonifay réaliseront une performance BD basée sur l'univers de leur série, "Zoo".

Le site du festival

Salon européen de la Bande Dessinée à Nîmes (Gard)

Du lundi 26 avril 2010 au mardi 27 avril 2010. Le Salon européen de la BD, dans les Jardins de la Fontaine à Nîmes, a choisi Philippe Francq, le père de Largo Winch, comme président de sa 9e édition.

Au programme : deux jours de rencontres, dédicaces, ateliers pour les enfants, remise des prix "BD en Bulles", expositions…

Renseignements au 04 66 76 05 91 (Association BD en Bulles)

Les sorties d’avril (part II) sélectionnées par IDDBD…

Peter et Miriam (scénario et dessin de Rich Tommaso, traduction de Sidonie Van den Dries, lettrage de Anne Beauchard, éditions Ca et Là, sortie le 16 avril 2010, 104 pages n&b, 13 euros)

Miriam Capaldi et Peter Martinelli sont amis depuis le début de l’école primaire et plus précisément depuis le 26 juillet 1977, quand Miriam, sept ans, a rencontré pour la première fois Peter, huit ans. C’est le début d’une amitié sans faille, qui connaîtra néanmoins des hauts et des bas, ainsi que quelques non-dits de taille. De la primaire au collège, puis au lycée et à la fac, Peter et Miriam retrace sur une vingtaine d’années la relation parfois compliquée de ces deux jeunes américain du New Jersey.

Rich Tommaso imbrique subtilement des histoires se déroulant à différentes périodes, de l’enfance jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. Il décrit aussi des personnages secondaires hauts en couleurs comme Roy Franco, ex photographe militaire, ancien caméraman de Russ Meyer, et sujet d’un documentaire réalisé par Peter pour son école de cinéma. Ce premier volume sera suivi d’autres qui auront pour protagonistes les deux même personnages, et également leur entourage familial. Véritable étude de caractère, Peter et Miriam brosse par petites touches le portrait sensible de deux ados et des années 1980.

Mon avis : amitié, nostalgie, trait américain... A priori les ingrédients de BD que j'ai aimées. Peut-être aussi parce que certains détails me rappellent le trait de Seth...

A lire : un extrait sur le site des éditions Ca et Là, puis la bio express de Rich Tommaso

A visiter : le site de Rich Tommaso

Quai d'Orsay (scénario d'Abel Lanzac, dessin de Christophe Blain, éditions Dargaud, sortie le 16 avril 2010, 98 pages, 15,50 €)

Le jeune Arthur Vlaminck est embauché en tant que chargé du "langage" par le ministre des Affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il se faire une place entre le directeur du cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d'Orsay où le stress, l'ambition et les coups fourrés ne sont pas rares... Inspiré de l'expérience d'Abel Lanzac qui fut conseiller dans un ministère, cet album restitue une vision de la politique à la fois pleine d'acuité et d'humour.

Mon avis : pour les passionnés des coulisses de la politique et les amoureux du dessin de Christophe Blain (Isaac le Pirate, Gus...)

Panique en Atlantique (scénario deLewis Trondheim, dessin de Parme, éditions Dupuis, sortie le 16 avril 2010, 64 pages, 13,50 €)

Suite à une restructuration économique, Spirou quitte le Moustic Hôtel pour devenir groom sur un transatlantique. Son premier (et dernier voyage) sera perturbé par la présence d'un écureuil désobéissant, d'un journaliste-photographe en mal de scoops et d'un vieux scientifique farfelu enquêtant sur un autre navire disparu corps et biens. Mais il n'y a pas que Spip, Fantasio et le comte de Champignac sur ce magnifique paquebot et notre héros aura fort à faire pour calmer une clientèle de milliardaires prompts à paniquer au moindre naufrage.

"Panique en Atlantique", c'est les Marx Brothers qui prennent le Titanic dans une ambiance sixties ! Fabrice Parme et Lewis Trondheim, auteurs, par ailleurs, du "Roi catastrophe", nous emmènent dans une croisière délirante qui sombre très vite dans du pur burlesque comme on n'en avait pas encore vu dans cette collection de "one-shot" de Spirou.

A lire : quelques extraits sur le site des éditions Dupuis

Les Quatre de Baker Street - Tome 2 : Le dossier Raboukine (scénario de Djian et Olivier Legrand, dessin de David Etien, éditions Vents d'Ouest, sortie le 21 avril 2010, 56 pages, 13 €)

Londres, 1890. Billy, l’apprenti détective, Charlie, la petite fille grimée en garçon, et Black Tom le monte-en-l’air sont trois gamins des rues unis par une solide amitié. Accompagnés du matou Watson, ils arpentent les bas-fonds de l’East End, menant enquêtes, filatures et autres missions de confiance pour le compte d’un certain... Sherlock Holmes. Ce nouvel opus voit nos héros se mêler d’une ténébreuse affaire impliquant des révolutionnaires russes exilés à Londres et la police secrète du Tsar... Nos protagonistes vont avoir fort à faire pour déjouer machinations, trahisons et mauvais coups...

Le premier tome de cette série avait fait l’unanimité, grâce au dessin dynamique et étonnant de maîtrise de David Etien et au scénario mené tambour battant de Djian et Legrand. On se replonge avec délectation dans ce second tome, qui nous entraîne dans une nouvelle enquête passionnante et nous fait découvrir un peu plus ces gamins gouailleurs et attachants.

Mon avis : IDDBD avait repéré le premier tome de cette sympathique série...

A voir : quelques planches sur le site des éditions Vents d'Ouest

Le Cercle de Minsk - Tome 5 (scénario de Franck Giroud, dessin de Jean-Marc Stalner, collection Grafica, éditions Glénat, 48 pages, 13 €)

Le cercle va bientôt se refermer…

La conclusion en apothéose d'un thriller philosophique et politique, bourré d'action et d'érudition, et mené par l'auteur du Décalogue
Que faire lorsque l'on est coincé dans une pièce totalement hermétique et se remplissant d'eau à une vitesse inquiétante ? C'est la question à laquelle Iannis va devoir vite répondre s'il veut pouvoir mener à son terme son enquête sur le Cercle de Minsk, projet utopiste mené par cinq soldats qui avaient décidé de changer la face du monde grâce à une fortune colossale obtenue par un coup du sort…
Orchestrée par Franck Giroud et Jean-Marc Stalner, une ultime plongée au coeur du secret pour la conclusion étonnante de cette saga.

A voir : quelques planches sur le site Glénat

Un Jour sans (scénario de Rémy Benjamin, dessin de Pero, éditions Ankama, sortie le 22 avril 2010, 80 pages, 13,90 €)

A la veille du départ de Roland pour la Terre Sainte, une énième dispute conjugale vient gâcher la nuit de ce sinistre seigneur, salace et brutal. Au petit matin, Roland, accompagné de ses hommes, se met en route pour une croisade qu’il espère riche en réjouissances. Son périple s’avère toutefois plus tourmenté que prévu : une succession de mésaventures et de malheurs s’abat sur notre seigneur et son expédition tourne au cauchemar. Au prix d’un difficile retour, il découvrira les raisons de son infortune, à des lieues de ce qu’il pouvait imaginer…

Alan passe à l’Est

Guibert, japonais (dessins et textes d’Emmanuel Guibert, éditions Futuropolis)

En 2005 et 2007, Emmanuel Guibert devient lauréat de la Villa Kujoyama. Pour simplifier les choses, cette récompense offre la possibilité à un artiste, écrivain ou autres créateur de s’expatrier sous l’égide du ministère de la Culture et de travailler en résidence d’auteur au cœur même du Japon. Emmanuel Guibert y fera deux séjours de 15 jours et 3 mois. Ce magnifique livre est le résultat de ses pérégrinations au pays du soleil levant.

Attention Guibert, japonais n’est pas une BD, c’est un recueil. D’abord un recueil de textes, des petites histoires personnelles ou imaginées d’un artiste en voyage, des histoires de rencontres et/ou d’incompréhensions, des histoires de vie ou de décalages culturels complexes, bref des histoires de quotidien. Ces récits
japonais ont en commun la plume magnifique voire même magique d’un homme qui aime l’expression dans toutes ses formes et la communication dans son plus noble rôle, celui de partager. Mais ça, Guibert nous y avait habitué, c’est un magnifique conteur d’histoire (De La Fille du professeur au Photographe en passant par La Guerre d’Alan etc…)

Mais Guibert Japonais, c’est aussi une galerie de dessin dont le but est là encore de nous faire ressentir les événements. De la planche de bois au petit carnet d’écolier comme support, de techniques photographiques en essence de kaki comme outil, il donne vraiment l’impression d’avoir tout essayé. Et son travail est saisissant de diversité et de créativité. Esquisses, croquis, tableau, c’est un voyage pour lui et une vague de sensation pour nous. Les images habituelles du japon sont là : les temples, rues, calligraphies… Mais l’importance, la sensibilité se retrouve dans des détails : une mèche de cheveux, un policier, un vélo, des reflets de soleil sur la banquette arrière d’un taxi, un oiseau perché… Finalement des choses relativement proches de nous. Et le tour de magie est réussi, l’évidence même de l'existence de ce livre apparaît simple, implacable, n’ouvrant pas la moindre discussion : Emmanuel Guibert est japonais et jusqu’à la fin du livre, il nous offre un élément de cette identité afin que nous aussi, nous en faisions partie. Le livre fermé, c’est l’envie de repartir qui reprend ses droits. Ouvrir de nouveau ce livre devient alors tout aussi évident.

A lire : la fiche album sur le site de Futuropolis
A découvrir : le site de la villa Kuyojama

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

Duval & Pécau Space Oddity…

Jour J - Tome 1 : Les Russes sur la Lune ! (scénario de Fred Duval et Jean-Pierre Pécau assistés de Fred Blanchard, dessin de Philippe Buchet, couleurs de Walter, couverture de Manchu et Fred Blanchard, collection Série B, éditions Delcourt)

Décidément, j'ai parfois l'impression d'avoir un peu la poisse. Non, je vous assure, c'est vrai ! Rappelez-vous ma chronique sur Jason Brice. Le dessin ne m'avait pas toujours emballé, enfin insuffisamment pour que je vous en parle (ce qui n'est pas le genre de la la maison où l'on préfère ne pas chroniquer les albums qui ne nous ont pas plu à 100 %).

Et là, rebelote avec ce premier tome de Jour J (Les Russes sur la Lune !). J'avais repéré cet album sur le site de Delcourt il y a quelques semaines déjà et je vous l'ai même signalé parmi les sorties du mois d'avril.

Les sujets abordés (l'uchronie, la conquête spatiale, l'histoire contemporaine) me passionnent et je pensais trouver là le cocktail parfait qui me scotcherait au fauteuil le temps de dévorer ces 56 pages.

Or, si je n'ai pas pris la grande claque graphique et narrative attendue (avec impatience) avec Les russes sur la Lune ! , j'ai tout de même passé un bon moment de BD dès lors que j'ai réalisé que Duval et Pécau m'entraînaient, certes dans l'uchronie, mais - surtout - dans la série B et qu'il fallait prendre toute cette histoire au second degré ou tout au moins avec l'esprit léger et décalé propre à la série B...

"Léger", parce qu'il faut bien reconnaître que le dessin de Buchet ne brigue pas le premier prix artistique. Ne voyez là aucune perfidie : dans le contexte de l'histoire, le trait de Buchet est efficace et colle parfaitement au caractère un peu barré du scénario de Duval et Duval.

"Décalé", parce que précisément ce scénario repose sur le (désormais) fameux principe uchronique du "Et si..." mais sans se prendre vraiment au sérieux ! Certes, ce n'est pas l'impression que l'on a au début (les cinq ou six premières planches que j'avais lues sur le site de Jour J). En fait l'histoire démarre comme un vrai roman d'uchronie : la mission Apollo 11 connaît un petit souci avant l'alunissage ! Oh, rien de grave, je vous rassure : une micro-météorite percute le LEM, déchiquette la gueule de Neil Armstrong, et réduit en poussière le module américain... Un peu moins de deux mois après, le 19 septembre 1969 pour être précis, les russes réussissent - eux - à se poser sur la Lune ! Quelques années plus tard, après que les américains aient - enfin ! - réussi à atteindre le satellite terrestre, deux bases lunaires cohabitent...

Et c'est là que Duval et Pécau se lâchent vraiment ! Sur une trame absolument plausible, voire historique (la paranoïa des blocs américains et soviétiques pendant la Guerre Froide), les scénaristes imaginent des situations de plus en plus rocambolesques et délirantes (yes man, y-a de la beu sur la Lune...), jusqu'à un final pour le moins inatendu (ce qui est, entre autres, le critère d'un bon scénario, non ?).

Alors c'est vrai qu'il faut prendre cette histoire au second degré. On n'est pas dans l'uchronie "dure" à la William Gibson (La Machine à différences) ou Philip K. Dick (Le Maître du Haut Château). On est dans la Série B. La bonne vieille série B où l'on prend du plaisir aux situations les plus improbables, aux rebondissements les plus abracadabrants. En tout cas de quoi passer un bon moment d'évasion, simplement, sans se prendre la tête.

Attention toutefois : selon les infos collectées de ci de là, il semblerait que les prochains tomes de Jour J (Paris, secteur soviétique ; Septembre rouge ; Octobre noir ; Qui a tué le président) renoue avec une approche plus "sérieuse" de l'uchronie (tant en ce qui concerne le dessin que les scénario). A suivre donc...

A visiter : le site de Jour J

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Rêver c’est déjà ça…

Malamine : un africain à Paris (scénario de Edimo, dessins de Simon-Pierre Mbumbo, éditions Les Enfants Rouges)

C’est au détour d’un salon du livre que j’ai rencontré le dessinateur Simon-Pierre Mbumbo. Grand gaillard au sourire avenant, grand bavard à la mine de crayon-bille acéré, capable de vous faire une dédicace tout en vous parlant des coûts exorbitants des impressions au Cameroun, son pays natal. Passionné et enthousiaste, bourré d’idées pour développer la BD en Afrique, j’étais persuadé, en lisant les premières planches, que je vous en parlerai de son album sur  IDDBD. Pour une fois, j’avais vu juste !

Docteur en économie, jeune intellectuel enthousiaste, Malamine aspirait à un horizon doré dans son pays d’Afrique noire. Mais voilà, né dans la mauvaise tribu, bloqué par un ministre, il a dû repartir en France. C’était il y a 10 ans et depuis, il vit dans une chambre d’étudiant sous les combles. Obnubilé par son passé, il lutte pour se faire une place "digne de son statut" dans une société européenne qu’il méprise. Devenu brancardier, il refuse d’oublier l’Afrique et tente d’ignorer les "tentations" des blancs.

Dès les premières planches et les premières scènes de cette histoire d’immigrant, on remarque la justesse du ton et du trait. Un dessin simple, presque crayonné, en noir et blanc, un découpage efficace et rythmé, jouant sur les décors et les plans rapprochés lors des dialogues, couplé avec une mise en place rapide des lieux, des événements et des personnages. Entre les amis du cercle, les collègues blancs de l’hôpital, son futur éditeur et les exaltés rencontrés par leur anti-héros, Edimo et Simon-Pierre Mbumbo dresse le portrait de toute une communauté. Noirs intégrés (que Malamine méprise autant que les blancs), intellectuels africo-centristes aux grands discours théoriques et altermondialistes, jeune femme en situation irrégulière, ils sont bien là, chacun avec sa part de galère, de souffrance ou d’oubli.

Évidemment, Malamine possède également sa propre part de frustration. Symbolisée par ses rêves étranges, cette frustration et ce dégoût de soi est caché par son mépris affiché pour le reste du monde. Mais au fil de l’histoire, ce verni craque et Malamine devient touchant de par sa naïveté et son aveuglement. Incapable de faire face au monde dans son univers de grands discours, il se montre, comme la plupart des hommes du récit bien incapable de comprendre les événements. Mais je n’irais pas plus loin pour ne pas vous gâcher le plaisir d’une très bonne et très intelligente lecture.

Encore une fois, il faut remercier le magnifique travail de la petite (mais talentueuse) maison d’édition Les Enfants Rouges. Sur IDDBD, c’est une maison d’édition que l’on aime bien (pas seulement parce que nous avons des parts chez eux hein !) car ils dénichent régulièrement pour notre plus grand plaisir de très bons auteurs. Encore une fois, cette vérité se justifie avec Malamine.

A voir :
la fiche album sur le site des Enfants Rouges

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Brice de Londres

Jason Brice (scénario de Didier Alcante, dessin de Milan Jovanovic, collection Repérages, éditions Dupuis, 2 tomes parus)

Bon, commençons par ce qui fâche pour nous concentrer ensuite sur ce qui fait de Jason Brice l'un des coups de coeur d'IDDBD. Autant vous avouer honnêtement que je ne suis pas toujours resté pantois devant le dessin de Jovanovic. C'est injuste, ce n'est absolument pas partagé par la très grande majorité des chroniqueurs et vous ne serez vous-mêmes pas obligés d'adhérer à ce point de vue totalement personnel. Ne me faites pas non plus dire ce que je n'ai pas écrit : si j'estimais que le dessin n'était pas à la hauteur, je me serais bien gardé de vous infliger cette chronique. Je regrette simplement que le trait de Jovanovic me paraisse parfois inégal : alors que certains décors et certaines cases sont magnifiquement traités, les personnages manquent parfois de fluidité...

Ce qui n'est absolument pas le cas du scénario imaginé par Didier Alcante qui vous tiendra en haleine de la première page du premier tome ("Ce qui est écrit") à la dernière du deuxième ("Ce qui est caché"), le troisième opus étant prévu dans le courant de l'année (il clôturera le premier cycle). C'est bien simple, Xavier Dorison pourrait en être l'auteur (et lorsqu'on connaît la dévotion d'IDDBD pour ce scénariste...) ! Tout y est : une dose de paranormal qui s'épaissit au fur et à mesure, une mécanique narrative particulièrement bien huilée, une intrigue magnétique, de vrais personnages (à commencer par le héros éponyme, Jason Brice) que leur épaisseur psychologique rend immédiatement crédible... Bref, tous les attributs de l'excellente histoire qui sait accrocher son lecteur, le mener par le bout du nez et le relâcher, haletant, après deux fois 56 pages passionnantes. Autant vous dire que nous attendons le troisième tome sur des charbons ardents !

Mais au fait, de qui, de quoi parlons-nous exactement ? Qui est ce Jason Brice ? Un enquêteur privé qui, dans le Londres 1920, démystifie les charlatans ésotériques, spirites, médiums et autres voyants abusant les faibles et les crédules désepérés. Avec lui, le paranormal en prend un sérieux coup, au sens figuré comme au sens propre... Et c'est à lui que s'adresse une jeune femme, Theresa Prendergast, qui a trouvé - dans la maison qu'elle vient juste d'acquérir - un ouvrage annonçant très précisément les signes précédant son proche assassinat ! Or, ce carnet illustré - appartenant à un mystérieux M.F. - daterait d'une dizaine d'années... Alors, arnaque ou phénomène paranormal ? Pour le savoir, fondez-vous dans l'ombre de Jason Brice, accompagnez-le dans une enquête qui va peu à peu tourner à la quête... Mais méfiez-vous tout de même ; comme l'affirme la quatrième de couverture du premier tome : "Avant de franchir un seuil, il faut s'assurer que l'on est prêt...".

A lire et à voir : le pitch et quelques planches du premier tome (évitez de lire la fiche du deuxième tome pour ne pas en apprendre trop...)

A voir : la bande-annonce sur Dailymotion

A lire : une excellente interview de Didier Alcante sur le blog Couverturedebd

A voir : deux planches (en noir et blanc) du troisième tome, tirées du site Actuabd.com

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD !

Les sorties d’avril (part I) sélectionnées par IDDBD…

La Malédiction d'Edgar - Tome 3 : This is the end

(scénario de Marc Dugain, dessin de Didier Chardez, éditions Casterman, collection Ligne Rouge, tome 3, sortie le 7 avril 2010, 48 pages, 10,40 €)

Si aujourd’hui le FBI est plus souvent évoqué dans les séries télévisées américaines comme l’organisation qui protège le citoyen des pires menaces criminelles comme celles de la Mafia, des trafiquants de drogue ou du terrorisme, il n’en a pas toujours été ainsi. La Malédiction d’Edgar remet en perspective la véritable histoire de la création du FBI sous la direction de son fondateur John Edgar Hoover, expert en manipulation des politiques comme des truands. De Roosevelt à Nixon, aucun président américain n’a réussi à déboulonner celui qui tenait chaque américain par le pantalon.

Mon avis : j'ai aimé le propos et le dessin des deux premiers tomes (je précise que je suis fans d'American Tabloïd... et que le trait réaliste ne me rebute pas). J'attend donc ce troisième tome avec impatience !

Jour J - Tome 1 : Les Russes sur la Lune ! (scénario de Jean-Pierre Pécau, Fred Duval et Fred Blanchard, dessin de Philippe Buchet, couleurs de Philippe Buchet et Walter, série Jour J, collection Neopolis, éditions Delcourt, sortie le 7 avril 2010, 13,95 €)

18 septembre 1969. Les Soviétiques sont les premiers à se poser sur la Lune. À Washington, le président Nixon donne carte blanche à la NASA pour que l'Amérique devienne la première nation à établir une base lunaire permanente. Dix ans plus tard, alors que la tension monte entre les USA et l'URSS, la Lune se prépare à devenir le théâtre inédit d'un nouvel épisode de la guerre froide.

Mon avis : de l'uchronie, de la conquête spatiale, de la guerre froide, Pécau et Duval au scénario... pour moi, ça ne peut qu'être bien !

Les champs d'azur - Tome 1 (scénario de Franck Giroud, dessin de Luc Brahy, collection Grafica, éditions Glénat, sortie le 7 avril 2010, 48 pages, 13 €)

Une envoûtante saga familiale dans l'univers des pionniers de l'aviation. Aussi documentée que romantique.
À la frontière algero-marocaine. Le soldat français Théodore Fayard utilise le mur d'enceinte du petit poste militaire dans lequel il s'ennuie pour lancer un modèle réduit d'avion. Simple passe-temps ? Non : une passion dévorante ! Car Fayard a des ailes plein la tête et de l'or dans les mains. Une double bénédiction dont il compte bien se servir pour construire des avions révolutionnaires ! Une ambition qui va progressivement porter le jeune homme sur les vents de la réussite, mais aussi sur ceux des intrigues, des déceptions, de l'amour et des trahisons... En compagnie de Franck Giroud et Luc Brahy, embarquez pour une grande saga historique, qui de 1909 à 1970 vous fera traverser le siècle et les aventures de la famille Fayard, au gré des découvertes aéronautiques qui construisirent nos temps modernes.

Mon avis : de la BD, des avions et Franck Giroud en commandant de bord !

Uchronies - New Harlem - Tome 3 (scénario de Corbeyran, dessin de Tibéry, éditions Glénat, sortie le 14 avril 2010, 56 pages, 13 €)

Seul prescient capable de voir aussi le passé, Zack est devenu l’icône de l’opposition à la domination des Noirs, celui qui doit révéler la vérité. Après avoir échappé à une tentative d’assassinat, Zack se remet à l’hôpital. Son père est auprès de lui. Grâce à ses révélations et aux visions qu’il a pendant sa convalescence, Zack commence à comprendre son histoire, qui a commencé dans une autre réalité…

Les ponts entre les trois mondes deviennent plus évidents : si certains individus existent dans chacun d’eux, avec les mêmes forces et faiblesses mais des destinées différentes, d’autres semblent voyager de l’un à l’autre... On comprend dans ce troisième et ultime tome de ce cycle à quel point le scénario de Corbeyran est époustouflant d’habileté : les liens apparaissent entre les univers parallèles, et la vérité se dévoile sur la famille Kosinsky et sur la mystérieuse Tia.

A voir : quelques planches sur le site de Glénat

PATHETIK - Smilin' Joe & Captain Bulb choient dans l'espace intericonique (scénario et dessin de James et la Tête X, éditions 6 pieds sous terre, sortie le 15 avril 2010, 56 pages N&B,10 €)

Ils sont de retour ! Le duo infernal  James et la Tête X, déjà responsables d'un odieux Les mauvaises humeurs de James et la Tête X qui brocardait en son temps -et c'était il y a peu- avec une nonchalance de dandy toutes les saintes institutions de la bande dessinée, les voilà qui nous reviennent, le regard torve et la glotte chatouilleuse, avec une forme de marathonien s'apprêtant à gravir le Baxter building pour le plus grand désespoir de la profession.
En effet, mettant en scène les aventures d’un candide candidat à la profession d'auteur de bande dessinée, dûment accompagné de son fidèle guide spirituel et moral, les deux tristes sires en remettent une couche, et des plus vitriolée, sur les aléas de l’ascension aux sommets du neuvième art.
Smilin’ Joe, l’heureux prétendant et Captain Bulb, le scrupuleux témoin, vivront ainsi les étapes successives d’une comédie très réelle, peuplée de séances de dédicaces, d’interviews, de nouveaux médias et de produits dérivés, oscillant sans cesse entre le statut de rat de laboratoire et celui de pigeon, ce qui finalement n'est pas dépaysant pour de la bande dessinée animalière (ou presque).
En partie pré-publié dans la la nouvelle mouture de la revue Jade, les aventures de Smilin’ Joe et Captain Bulb réutilisent opportunément les ingrédients ayant fait le succès des Mauvaises Humeurs : la forme et le contenu d’un bon vieux comics, de la page de jeux au courrier des lecteurs en passant par la trading-card.
Tout n’est que faux et apparences, ricanements de hauts de pages et couvertures flashies car qui aime bien châtie dans les détails et les détails, justement, sont dans les petites lignes en bas des contrats de ce vibrant hommage aux trésors cachés de la bande dessinée. Comment y résister ?

Mon avis : je suis fan de James (mais oui ! et de la Tête X aussi !), donc sélection strictement subjective (comme les autres d'ailleurs !).

Le 15 avril, la suite des sorties sélectionnées par IDDBD...

L’Agenda d’avril (part I) par IDDBD…

Festival BD "Des bulles dans la Cartagène"

La 8e édition du festival se déroulera les 3 et 4 avril 2010 à Massilargues-Atuech (dans le Gard).

Étienne Davodeau, qui a réalisé l'affiche, sera le Président du festival. 

Le site du Festival

1er festival de bande dessinée de Renaison (Loire)

Où et quand ?
Samedi 03 et Dimanche 04 Avril 2010, à Renaison (42)
de 09 h à 20 h Samedi, et de 10 h à 17 h Dimanche.

Tarifs
Entrée gratuite

Comment venir ?
Au nord ouest de Roanne
> Mairie de Renaison, au centre du village.
- Les animations principales et expositions ont lieu dans les deux salles principales de la mairie : le caveau et la salle des associations.
- Les conférences débats au collège de la côte
- Les ateliers à l'école maternelle

Le site du festival

4ème Festival BD de l'Alpes d'Huez en partenariat avec les éditions Glénat

Les 9, 10 et 11 avril 2010 au Palais des Sports et des Congrès de L’Alpe d’Huez. La plus haute dédicace du monde (3330 m) aura lieu le samedi 10 avril de 14h à 16 h. Par ailleurs, des auront lieu au Palais des Sports et des Congrès de L’Alpe d’Huez de 18h à 20h le Vendredi 9 Avril, de 17h à 20h le samedi 10  Avril, et de 16h à 18h le Dimanche 11 avril.

Toutes les infos concernant le festival

Festival "des Bulles à Bois-Colombes"

Les 10 et 11 avril 2010 au Centre Charlemagne, 7 rue Félix-Braquet 92270 Bois-Colombes, de 10h à 18h.

Le détail des activités et animations prévues ainsi que toutes les infos pratiques se trouvent sur le site du festival.

3èmes Rencontres BD en Mayenne

Les portes des Rencontres BD en Mayenne seront ouvertes le samedi 10 avril 2010 de 14 à 19H et le dimanche 11 avril 2010 de 10 à 18H. Les Rencontres BD en Mayenne se dérouleront aux Ondines (6, place Christian d'Elva) à Changé (53).

Blog des Rencontres BD