J’étais perdu…

Voyage en Italie T1 Trieste-Bologne (scénario et dessins David B. , Delcourt, Shampooing)

David B est un grand. Indéniablement. De ces auteurs qui, albums après albums, marquent toute une génération d’auteur. Son œuvre est immense en qualité comme en quantité. L’Ascension du Haut Mal est justement considérée comme l’une des séries les plus importantes de ses 20 dernières années (premier tome en 1996). David B est également l’un des fondateurs de L’Association, c’est dire l’importance du bonhomme dans le renouvellement du médium dans les années 90. Je ne parlerai même pas de Marjane Satrapi (qu’on ne présente pas) ou de Craig Thompson (l’auteur de Blankets) qui se revendiquent directement de son influence graphique.

Mais j’ai un problème avec David B., je suis (enfin j’étais sinon je n’écrirai pas cette chronique) totalement "laissé sur le bas-côtés" de son travail. J’avais beau le lire, je n’arrivais pas à l’apprécier (à part les œuvres qu’il a pu faire en collaboration). Même L’Ascension du Haut Mal a été difficile à lire pour moi. David B portait trop de choses qui me dérangeait, trop de malaise, de souffrances, de conflits. Une œuvre sans doute un peu trop surréaliste également. Mais c'est un grand auteur, je le répète. Et les grands auteurs méritent qu’on y revienne.

Et, bien entendu, c’est le hasard d’un cadeau qui m’a fait lire ce Voyage en Italie… avec appréhension certes, mais avec une pointe de curiosité. Comme à chaque fois d’ailleurs.

Voyage en Italie est un carnet, le carnet de notes d’un homme découvrant un pays des plus étonnants. En fait non, c’est un carnet de pensées plutôt, composé d’histoires formant un tout non pas logique, mais cohérent. Cohérent comme peuvent l’être les associations d’idées. Par exemple : vous me dites "vache", je vous répondrais "asticot". Rien à voir à première vue, mais cohérent dans ma tête… OK, je suis tordu, je vous l’accorde.

Avec Voyage en Italie, nous sortons de l’espace de sa pensée inconsciente, celle de ses rêves qu’il a
longuement décrits (Le Cheval blême, Les Complots nocturnes…), nous sommes dans sa pensée, directe, folle, érudite, formidablement érudite, magnifiquement érudite même, la pensée d’un conteur, d’un observateur du quotidien cherchant dans chaque détail, dans chaque instant la possibilité de raconter. Raconter quoi ? Mais tout ! Ou rien. L’histoire d’un juif vénitien prônant la construction d’une tour de Babel, la description de la grand-mère de son amie, sorte de lutin énergique et fantasque, l’histoire de ces chats errants partageant leur monde avec les chiens, les rats, les cafards et les peurs enfouies dans des caves surnaturelles, les promenades et les discussions au fil des rues. Voyage en Italie est l’histoire d’un conteur qui se nomme David B.. Et au travers de ces histoires, il se livre un peu, évoquant son métier, sa conception du travail d'auteur, de son idée de partage et de respect. Tout cela dans un dessin tranchant avec ses œuvres précédentes qui étaient teintés de couleurs directes, agressives, d'un noir pur, de terribles soldats et de profondes chimères. Ici, le dessin est plus tranquille, plus aérés, les couleurs sont douces, les femmes sont belles et les rues lumineuses.

Étrangement, en lisant Voyage en Italie j’ai pensé à Blast. Je sais c’est comme l’histoire de la vache et de l’asticot, vous ne voyez pas le rapport ! J’explique. En fait, j’ai simplement eu la même sensation d’apaisement des auteurs en lisant ces livres. Mais quand Larcenet se pose, son dessin devient sombre tandis que le dessin de David B devient lui plus calme, plus ouvert, pas moins beau mais beaucoup plus accessible.

David B, en tout cas dans cet album, a changé. Il livre un carnet personnel d’une très grande sobriété, à la fois pleine de trouvailles géniales et d’humanité. Très égoïstement, j’ose croire qu’il m’a laissé une porte ouverte, histoire d'aller et venir dans ses oeuvres. Une lecture que je conseillerai à ceux qui ne connaissent pas encore l'auteur.

A lire :
la chronique toujours de qualité sur du9.org
A lire : une biographie/bibliographie
de David B.

2 réflexions au sujet de « J’étais perdu… »

  1. Et bien… merci !<img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=571beabe45cffd18df07c6de4b347b97&size=40"&gt; Ta chronique fait partie de ces critiques encore dignes de porter ce nom. C'est à dire des articles ayant suffisamment d'âme pour y voir un peu de lumière, et assez de références et d'à propos pour y accorder sa confiance. Je connais David B depuis quelques temps déjà (et ai eu la chance d'ailleurs d'une dédicace en… 2001 ? 2002 ?) et n'ai pas eu le sentiment de "rejet" aussi fort que tu as pu ressentir, mais me faisait curieusement justement la réflexion ce soir du pourquoi de l'abandon de certaines séries des cadors de l'Association… Je me disais qu'il faudrait que je me remette aux dernières nouveautés de gens comme David B (…)…En fait si, j'ai quand même ressenti une lassitude à la lecture des récits de ses trois dernières années qui trainent effectivement des poncifs à force. (Des traits et des thèmes répétitifs… ?) Aussi, je te rejoins et cette chronique me redonne donc pleinement envie de me plonger dans ces carnets….C'est pas beau ça ?

  2. Et bien… merci !!<img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=c9471dcc6ce724a98bd6f01a1267323c&size=40"&gt; Ouais, là franchement, c'est un joli compliment Cher Hector. Je suis très heureux que cette chronique te donne envie de lire ces carnets. D'autant plus, que je ne pensais pas donner un jour envie de lire David B.Encore une fois, ce "rejet" que je ressens est purement personnel. L'oeuvre de David B étant ce qu'elle est, je ne rentrais pas dedans – hormis L'Ascension du Haut Mal, Le Capitaine écarlate (avec Guibert) ou Hop-Frog (avec Christophe Blain) – et avait la désagréable sensation de passer à côté de quelque chose.Et puis, j'ai l'impression que son départ de l'Association(assez rude) a changé pas mal de chose. Et en particulier une sortie des thèmes récurrents que tu soulignais dans ton commentaire.Après je ne connais pas suffisamment David B pour être catégorique.

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