Derrière toi !

Trouille (adaptation du roman de Marc Behm, dessins de Joe G.Pinelli, scénario de J-H Oppel, Casterman, Collection Rivages/Casterman/Noir)

Joe Egan est un type bizarre. Sympathique mais complètement affolé. Il passe sa vie à sauter dans des bus et des avions, perdre et gagner au poker, quitter les femmes qu’il aime. Bref, il se conduit comme un parfait cinglé ou comme quelqu’un qui aurait tout simplement la trouille. Bien sûr, il y a cette femme vêtue de noir qui le suit partout depuis des années. Mais qui, à part Joe Egan, va croire que la Mort existe et qu’elle s’habille en blonde ?


En 2008, Casterman lançait la collection Rivages / Casterman / Noir adaptant les romans de la maison d’édition Rivages (enfin de sa collection Noir). Polar ou romans, bien souvent américain (mais pas toujours), la collection Rivages noirs est depuis longtemps un signe de qualité chez les amateurs du genre. On pouvait légitimement se demander si Casterman ne cherchait pas à faire un coup en nous refilant des pseudo-adaptations. Alors ?

Personnellement, c’est la seconde que j’ai l’occasion de lire un titre de cette drôle de collection. Malheureusement, je n’ai pas lu les romans originaux alors je serais bien mauvais juge de la qualité de l’adaptation. Mais en ce qui concerne la BD, les deux lectures ont été positives… et même un peu plus.

Si la qualité de l’adaptation de Shutter Island de Denis Lehane par Christian De Metter n’est pas vraiment
une surprise, connaissant les univers de l’un et de l’autre on aurait été déçu par un ratage, je dois avouer que les noms figurant sur Trouille m’était tous inconnus. Et c’est ainsi que je suis entré dans cet album, ne connaissant ni  l’auteur du roman original, ni les adaptateurs.

Trouille est un album sans cases, les planches sont autant de tableaux aux bulles très rares mais où la voix d’un narrateur inconnu est discrète mais omniprésente. Trouille est un album où l’écriture est avant tout graphique, laissant le lecteur entrer mais pas ressortir… avant l’ultime fin de cette fuite immuable et illogique. Trouille est un album étrange, surprenant par sa forme et dérangeant par son fond, comme peuvent l’être les bons romans noirs. Bref, Trouille est une réussite, tout en symbolisme, abordant des thèmes puissants et universels. Que dire de plus sinon vous conseillez de le lire pour cette qualité d’écritureet, on le devine même sans avoir lu l’original, de l’adaptation. Bravo à Casterman pour cette collection, prouvant une fois de plus les énormes possibilités du média bandes dessinées… mais nous, on le savait déjà !

PS : si vous avez lu les deux, je serai curieux d'avoir votre avis sur l'adaptation. J'attends vos éventuels commentaires 🙂

A lire : l'interview des auteurs sur le site Casterman
A lire : les chroniques des albums de cette collection sur le site BD Blogs Sud Ouest

4 réflexions au sujet de « Derrière toi ! »

  1. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=35c819677d22a668b08f2a244538ec29&size=40"&gt; Je n'ai malheureusement pas ressenti cette force graphique, probablement perturbé par le côté volontairement inachevé de certains dessins (esquisses sous jacentes, texte initial non gommé…) contrastant justement avec le côté "beau dessin" de Pinelli… La dédicace réalisée par Pinelli est, elle, une des plus somptueuses de ma "collection".Plutôt déçu donc, et du coup pas "billetisé"!)Cette adaptation donne néanmoins envie de découvrir d'autres livres d'Oppel.Dans la même collection, j'ai lu et vous recommande le très beau "Pauvres Zhéros" de Pierre Pelot, superbement adapté par Baru.

  2. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=c9471dcc6ce724a98bd6f01a1267323c&size=40"&gt; Si tu parles des premières et dernières pages, je pense pour le coup que ça participe à cette "force graphique". Moments où le personnage est en complet délire. Mais c'est une interprétation de ma part. C'est aussi la force (et la faiblesse) de cet album, reposant sur la sensibilité du lecteur. Moi, j'ai été touché mais je ne prétends pas avoir le monopole du bon jugement :-)Effectivement, cette collection donne envie d'en lire un peu plus.Je n'ai pas lu le Baru mais, connaissant l'animal, ça doit valoir le coup. Je note merci !

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