Festival d’angoulême II

Baru président !!

Sur IDDBD on ne grogne pas souvent (d'ailleurs c'est notre ligne de conduite). En revanche, quand nous sommes heureux on aime en parler. Et là, nous ne pouvions pas ne pas saluer Baru, le nouveau grand prix d'Angoulême, et donc, comme le veut la tradition, le futur président de l'édition 2011.

Baru est un auteur génial (oui rien que ça), signant toujours des albums d'une grande qualité graphique et scénaristique (L'enragé, La piscine de Micheville, L'autoroute du soleil, Vive la classe ! et j'en passe). Bref, il est de ceux qui, depuis plus de 20 ans, ont  prouvé aux vieilles bibliothécaires à chignon (bisous les filles) que la BD était autre chose qu'un média pour gamins. Encore bravo Monsieur le président !

Comme j'ai signé un pacte avec Mike lorsque j'ai commencé à écrire sur IDDBD, je ne râlerai pas (en tout cas sur IDDBD) mais je dois avouer que je suis assez dubitatif concernant le prix du meilleur album : Pascal Brutal de Riad Sattouf... Surpris par le peu d'envergure de cet album qui succède à Pinnochio, NonNonba, Le Combat ordinaire ou Jimmy Corrigan... Enfin, c'est un avis personnel.

Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles aventures !!!! (plus régulière promis, surtout que j'en ai plein de chose à dire 🙂 )

A voir : Le palmarès 2010 sur le site du festival avec une biographie complète de Baru en prime...

Père à feu

Un drôle de père : 5 volumes parus (scénario et dessin de Yumi Unita, Delcourt, Akata Collection Johin, Série en cours)

Daikichi a 30 ans. Célibataire malgré lui, il n’est pas franchement le Don Juan qu’il espérerait mais il fait avec. Le jour où son grand-père décède toute sa famille fait la connaissance de Rin, 6 ans, fille caché du grand-père et donc demi-tante de
Daikichi !  Deux grandes questions se posent alors : où est sa mère et qui va s’en occuper ?
Alors, à la grande surprise de ses parents (et de à la sienne), il prend une décision inattendue :  s’occuper de la petite fille. Et comme dirait l’autre : c’est pas gagné.

Voici un série bien sympa à la fois drôle et émouvante, comme peuvent l’être
les films, séries télés, romans et autre sur le thème de la création d’une relation particulière entre enfants et adultes. Les deux parties se regardent au début, font des erreurs et bien entendu apprennent l’un de l’autre. Voici un moteur de scénario bien simple mais qui marchent même s'il faut alors un peu de finesse pour éviter l’écueil d’un sentimentalisme niais.

Heureusement, Yumi Unita l’évite avec beaucoup de talent. Certes, Un drôle de père ne succédera sûrement pas à NonNonba au palmarès d’Angoulême, mais ce manga tranche de vie est d’une grande qualité. En effet, la mangaka sait rendre l’émotion de ses personnages, non pas à l'aide de grands discours ou de plans complexes mais par des situations et des petits détails. Le choc dans la petite vie de
Daikichi avec la venue de cette petite fille est merveilleusement bien exploité. Crèches, vêtements, télévision, organisation, travail : tout est sujet à interrogations et/ou à paniques. Si les événements s’apaisent parfois, chaque chapitre est prétexte à des situations nouvelles, tout en maintenant un scénario cohérent et prenant. En ajoutant quelques mystères sur le passé de la petite fille, Yumi Unita invite un peu plus son lecteur à la suivre dans cette histoire.

Et on y croit ! Car les personnages sont très bien rendus :  Daikichi en faux grand dadais se révélant face à ses obligations et Rin en petite fille pas tout à fait comme les autres avec son apprenti-papa.

En septembre 2009, le tome 5 a marqué un tournant dans la série car 10 ans ont passé. Rin a 16 ans et avec l’adolescence, de nouvelles situations encore plus rocambolesques risquent de voir le jour pour (je l’espère car je ne l’ai pas encore lu) le plus grand plaisir des lecteurs !

Un drôle de père est donc une série à lire pour se faire plaisir, à mettre dans les mains des jeunes parents (ou pas) et des vieux fans de Punky Brewster… Et il y’en a encore !

A voir : la page sur le site Delcourt/Akata

Derrière toi !

Trouille (adaptation du roman de Marc Behm, dessins de Joe G.Pinelli, scénario de J-H Oppel, Casterman, Collection Rivages/Casterman/Noir)

Joe Egan est un type bizarre. Sympathique mais complètement affolé. Il passe sa vie à sauter dans des bus et des avions, perdre et gagner au poker, quitter les femmes qu’il aime. Bref, il se conduit comme un parfait cinglé ou comme quelqu’un qui aurait tout simplement la trouille. Bien sûr, il y a cette femme vêtue de noir qui le suit partout depuis des années. Mais qui, à part Joe Egan, va croire que la Mort existe et qu’elle s’habille en blonde ?


En 2008, Casterman lançait la collection Rivages / Casterman / Noir adaptant les romans de la maison d’édition Rivages (enfin de sa collection Noir). Polar ou romans, bien souvent américain (mais pas toujours), la collection Rivages noirs est depuis longtemps un signe de qualité chez les amateurs du genre. On pouvait légitimement se demander si Casterman ne cherchait pas à faire un coup en nous refilant des pseudo-adaptations. Alors ?

Personnellement, c’est la seconde que j’ai l’occasion de lire un titre de cette drôle de collection. Malheureusement, je n’ai pas lu les romans originaux alors je serais bien mauvais juge de la qualité de l’adaptation. Mais en ce qui concerne la BD, les deux lectures ont été positives… et même un peu plus.

Si la qualité de l’adaptation de Shutter Island de Denis Lehane par Christian De Metter n’est pas vraiment
une surprise, connaissant les univers de l’un et de l’autre on aurait été déçu par un ratage, je dois avouer que les noms figurant sur Trouille m’était tous inconnus. Et c’est ainsi que je suis entré dans cet album, ne connaissant ni  l’auteur du roman original, ni les adaptateurs.

Trouille est un album sans cases, les planches sont autant de tableaux aux bulles très rares mais où la voix d’un narrateur inconnu est discrète mais omniprésente. Trouille est un album où l’écriture est avant tout graphique, laissant le lecteur entrer mais pas ressortir… avant l’ultime fin de cette fuite immuable et illogique. Trouille est un album étrange, surprenant par sa forme et dérangeant par son fond, comme peuvent l’être les bons romans noirs. Bref, Trouille est une réussite, tout en symbolisme, abordant des thèmes puissants et universels. Que dire de plus sinon vous conseillez de le lire pour cette qualité d’écritureet, on le devine même sans avoir lu l’original, de l’adaptation. Bravo à Casterman pour cette collection, prouvant une fois de plus les énormes possibilités du média bandes dessinées… mais nous, on le savait déjà !

PS : si vous avez lu les deux, je serai curieux d'avoir votre avis sur l'adaptation. J'attends vos éventuels commentaires 🙂

A lire : l'interview des auteurs sur le site Casterman
A lire : les chroniques des albums de cette collection sur le site BD Blogs Sud Ouest