N’oubliez pas matelots…

L’Homme bonsaï (scénario et dessins de Fred Bernard, Delcourt, Collection Mirages)

 

« Des branches, un tronc, la mer, la mer, un tronc des branches. Voilà qui défilait devant nos yeux ronds. De haut en bas et de bas en ahut, au rythme de la houle. Entre les rafales salées, les déferlanresn le souffle de la tourmente, le brouillard liquide, entre le vacarme de l’océan et celui du ciel, un arbre gigantesque nous narguait. »

Et ainsi commence l’histoire d’Amédée le Potier narré par le Capitaine O’Murphy devant un auditoire de quatre marins impressionnés (et pourtant fort peu impressionnable). Et ainsi commence l’histoire d’un homme qui raconte l’histoire d’un arbre. Mise en abyme délicieuse et propre à la tradition des contes.

Car, à l’image de son narrateur, Fred Bernard est sans aucun doute de la race des conteurs. Écrivain héritier d’une tradition orale, millénaire et universelle, il laisse son lecteur se mettre à l’aise dans sa petite histoire et peu à peu, sur la pente douce de la fantaisie, le transporte dans un lieu où sensibilité et sensualité sont les maîtres mots.

Ces maîtres mots que l’on retrouve si souvent dans ses œuvres. Les ingrédients de La Tendresse des Crocodiles ou de Lily Love Peacock sont là mais avec, cette fois-ci, une dose non négligeable de magie et de surnaturel. Je ne vais pas rentrer dans les détails afin de ne pas risquer de gâcher ce qui a été construit avec tant de talent, mais sachez que tous les éléments du récit d’aventure sont là : errances, abandons, oublis, vengeances, amitiés et surtout Amour profond et déraisonnable. Jouant avec ces éléments, cette histoire, ce conte moderne plutôt, surprend encore et encore, ne laissant jamais le lecteur sans réaction, toujours à le taquiner dans la joie comme dans la détresse.

Que dire sinon remercier (encore) Fred Bernard pour cette belle histoire et comme dans toute bonne fable, de ne pas oublier que « les mauvaises graines s’attaquent aux matelots, pas aux capitaines » C’est une belle morale… pour une des plus belles BD de l’année (sans rire, si vous n’aimez pas dites-le moi, je refais cette chronique pour vous convaincre une fois de plus).

A noter : cette histoire, comme pour Les aventures de Jeanne Picquigny, est également adaptée en livre pour la jeunesse (magnifiquement illustré par François Rocca). Je vous invite à y jeter un coup d’œil ainsi qu’à tous les livres de ces deux splendides auteurs.

 

A lire : l’interview de Fred Bernard dans Bodoi

A (re)lire : Nos chroniques des albums de Fred Bernard : Les Aventures de Jeanne Picquigny et Lily Love Peacock

4 réflexions au sujet de « N’oubliez pas matelots… »

  1. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=c9471dcc6ce724a98bd6f01a1267323c&size=40"&gt; Bienvenue chez nous !Je précise, comme à chaque fois, que ce n'est pas MON blog, car je ne suis pas le créateur. Je rends donc à Mike, ce qui lui appartient car la plupart des chroniques sont de son (bon) cru (j'irais jusqu'à dire millésime).N'hésite pas à poser quelques commentaires ici et là, nous on aime bien les commentaires… Surtout les bons 🙂

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