Trois temps

Bottomless Belly Button (nombril sans fond) (scénario et dessins de Dash Shaw, traduction de Sidonie Van Den Dries, Editions Ça et là)

"Notre histoire, Le nombril sans fond, commence par une légère altération du graphique familiale lorsque – après 40 ans de mariage – la mère et le père Loony annoncent leur divorce."

Voici le pitch de ce pavé (720 pages) réduit à l’extrême. La problématique du récit est aussi simple : quelles seront les réactions de la famille face à ce chamboulement ? Partant de ce principe, le jeune auteur (seulement 25 ans !) de cette œuvre singulière nous convie à une semaine de vacances dans la maison familiale des Loony, sur une plage des États-Unis. Un endroit paradisiaque ? Oui… et non.

Car dans cette famille assez classique où les parents ne sont pas plus maladroits que les autres, je demande les enfants (de l’aîné au benjamin): Dennis, journaliste au chômage, émotionnellement fragile, marié à Aki et père d’Alex ; Claire, fraichement divorcée et mère de Jill, une ado assez classique dans le genre, et enfin Peter, le benjamin de la famille (la vingtaine tout de même), mal dans sa peau, puceau, cinéaste raté, représenté sous la forme d’une grenouille durant tout le récit. Voici planté le tableau et le récit démarre sur ces 700 pages pouvant en décourager plus d'un.

Peu à peu elles défilent et la qualité de l’album semble évidente. Malgré son jeune âge, Dash Shaw maitrise complètement les codes de la bande dessinée, jouant sur le rythme, travaillant sur de subtiles mises en abyme ou sur des flash-back d’un passé envahissant, variant les plans et les points de vue, taillant au cordeau les histoires de chaque personnage et leurs psychologies. L’auteur laisse aux choses, aux évènements et aux personnages le temps de se répondre. C’est fascinant de voir les héros se confronter sous nos yeux. Le rythme se prend, comme une semaine au bord de la mer, alternant moments de folies douces et contemplations. On ne s’ennuie jamais ce qui, sur de genre de pavé, est assez rare pour être souligné. Bien sûr, il y a quelque écueils liés à la jeunesse de l'auteur (dessins, abus de certains effets) mais dans l'ensemble le récit est parfaitement mené.

Encore une fois (c’est un peu comme Frederik Peeters, ça revient souvent), les éditions çà et là on fait un travail d’adaptation remarquable sur le contenu comme sur le contenant. Un papier magnifique, couvertures et dos splendides ! Un bien bel écrin pour le meilleur roman graphique de l’année selon le New York Times. En France, ce statut se confirme, car on retrouve cet album dans presque toutes les sélections de prix de ce début d’année : Angoulême, Association des critiques de BD, Prix Libération… Bon, je sais ces prix sont parfois (souvent) relatif, mais avec Bottomless Belly Button, Dash Shaw apparaît déjà comme un grand auteur. A suivre évidemment.

A voir : la page dédié à Bottomless Belly Button sur le site des éditions çà et là (avec un extrait à télécharger)

A découvrir : le site de Dash Shaw (in english)

A lire : la chronique (avec pleins de mots compliqués) sur Chronic’art

A lire : la chronique (plus modérée) de du9.org

A faire : voter pour Jibé et Sans Emploi pour la révélation Blog

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