Un album brillant…

Constellations - Tome 1 : Dans le Stade (scénario de Daryl, dessin de Popcube, collection Araignée, éditions Ankama, 2008) Bon, autant être franc (non pas que nous ne le soyons pas d'habitude...) : au début, j'étais pas super emballé par les productions BD d'Ankama. Non mais... revenez ! Faites pas la gueule ! C'est vrai, j'adhérais pas trop au concept "croisée des chemins entre BD et jeux vidéo" et à leurs productions. Et puis, petit à petit, j'ai vu arriver des OVNI BD comme je les aime (dans le style des productions Akileos dont je vous parlerai très prochainement, ou des éditions Les Enfants Rouges, Actes Sud-An 2, etc...). Ca a vraiment commencé avec Pandala, mais avant, il y avait eu Chaosland. Maintenant, il y a Constellations. Si ces trois univers n'ont rien en commun (ni graphiquement, ni scénaristiquement), il faut reconnaître que le goût affirmé de leur éditeur et le talent de leurs auteurs font bien le lien entre eux. Car Constellations ne déroge pas aux qualités de ses "prédécesseurs en chroniques" : la qualité est au rendez-vous ! Certes moins spectaculaire que Pandala (en même temps, c'est difficile) mais plus poétique que Chaosland (en même temps, c'est pas difficile), Constellations est un bijou de réflexion et d'intelligence. En nous plongeant dans un monde post-apocalyptique réduit à un immense stade où d'invisibles ennemis de la race humaine viennent régulièrement prélever leur tribut vivant, il nous pousse à réfléchir sur notre monde à nous, celui d'aujourdhui. Comment ne pas s'interroger sur les valeurs qui fondent notre civilisation lorsque l'on observe les rapports entre les humains qui peuplent les différentes strates du stade sans nom de Constellations ? Et ces ennemis invisibles qui viennent tuer de temps en temps les habitants moribonds du stade ne ressemblent-ils pas à la main tout aussi invisible du Marché, celle dont on nous disait qu'elle devait auto-réguler ce même Marché tout puissant alors qu'en réalité elle ne manipule que la grande faucheuse sociale et financière qui lui sert à prélever son tribut régulier de vies humaines brisées ? Comment ne pas s'interroger sur notre rapport à la mémoire historique lorsque que l'on observe les jeunes de Constellations qui ont tout oublié des richesses culturelles du long passé humaine ? Comment ne pas faire le lien avec la déculturation ambiante et le négationisme de moins en moins rampant de "l'époque post-Auschwitz" (pour reprendre une expression récente d'Elie Wiesel) ? Mais Constellations n'est pas seulement riche des questions qu'il nous pousse à nous poser. C'est aussi un superbe recueil de poésie, plein d'images et de silences évocateurs et profonds. Ce tome 1 est vraiment une belle réussite dont on attend qu'elle se bonifie avec les opus suivants. Au début, c'est vrai, j'étais pas super emballé par les productions BD d'Ankama. Et puis il y a eu l'humour potache des barbares, la beauté animale du silence, et aujourd'hui la poésie bouleversante des punk-rock... A découvrir : quelques extraits sur le site des éditions Ankama A lire : le pitch des éditions Ankama :

"Dans le Stade : Un stade désaffecté leur sert de camp de fortune. Autour de ce refuge gît l’inconnu, une frontière qu’ils ne transgressent pas par peur d’être dévorés… Sur cette Terre dévastée, dans ce petit enclos enfoui sous la nuit éternelle, de jeunes adolescents survivent sur les traces d’un passé que leurs grands-parents ont connu. Eux, n’ont hérité que d’une civilisation disparue. Mais dans leurs cœurs germe une révolution silencieuse, contre un ennemi inconnu. Entre mythologie du quotidien et rêve d’un ailleurs impossible, Constellations est la fresque de poche d’un monde incapable de se réinventer."

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