N’oublie pas non plus

Le pays des cerisiers (scénario et dessin de Fumiyo Kouno, éditions Kana, 2006) Entre la chronique d'hier et celle d'aujourd'hui, vous allez penser qu'IDDBD s'est transformé en mausolée à la mémoire des victimes de la barbarie. Tel n'est pas notre ambition même s'il est bon, au milieu des tonnes de BD de divertissement que nous lisons, de nous arrêter sur quelques oeuvres plus sérieuses, plus émouvantes. Les hasards de mes lectures (bien que je ne crois pas au hasard...) ont voulu que je lise à la suite Auschwitz et Le pays des cerisiers. Comme vous avez pu le lire hier, le premier traite de la Shoah. Dans Le pays des cerisiers, Fumiyo Kouno aborde l'après Hiroshima, 10 ans, 30 ans puis 60 ans après la Bombe. Contrairement à Auschwitz ou à Gen, le dessin de Fumiyo Kouno ne traduit presque pas (à quelques cases près) les effets terrifiants de l'irradiation. Son trait est celui du manga classique, presque romantique, à la limite du Shojo c'est dire ! Mais Le propos ! Le récit ! Quelle claque ! Et l'on comprend peu à peu ce décalage volontaire entre la forme très douce et le fond d'une très grande violence émotionnelle. Le récit s'attache aux victimes, celles du 6 août 1945, pudiquement évoquées, mais surtout les hibakusha, les personnes irradiées mais survivantes. Pour combien de temps, dans quelles conditions ? Comment transmettre la mémoire en même temps que la volonté de construire un avenir meilleur ? Ce sont ces réponses que nous donne à voir Fumiyo Kouno... Ce manga one-shot constitué de trois chapitres (dont on découvre qu'il s'agit d'une même histoire...) est un petit bijou précieux comme savent les fabriquer certains auteurs dont la sensibilité n'a d'égal que le talent. Le pays des cerisiers conduit aussi à réfléchir un peu sur cet étrange fait qui transforme des libérateurs, célébrés à juste titre comme des héros partout dans le monde, en bourreaux dont on atténue les horreurs commises les 6 et 9 août 1945 à Hiroshima et Nagasaki, horreurs qui ont pourtant perduré plusieurs décennies après le largage des bombes. Etrange monde où les bourreaux d'hier deviennent victimes et où les victimes se muent parfois en prédateurs implacables... Etrange monde, vous avez dit étrange ? Comme c'est étrange... A lire : la fiche très intressante rédigée par la Bibliothèque Municipale de Lyon avec deux liens pour en savoir plus sur le thème d'Hiroshima dans le manga et la biographie de Fumiyo Kouno A lire : l'évidemment excellente critique de du9.org (qu'est-ce que c'est rageant qualité de ce site !)

2 réflexions au sujet de « N’oublie pas non plus »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *