Du grand Sf’art !

Professeur Bell (scénario de Joann Sfar, dessins de Joann Sfar et Hervé Tanquerelle, collection Machination, éditions Delcourt, 5 tomes parus) Les lecteurs réguliers et anciens d'IDDBD (ça ressemble un peu au nom d'une loge maçonnique, non ?) savent bien que lorsque je m'attaque à un album ou une série de Joann Sfar, j'ai toujours un peu le trac. Entendons-nous bien. Cela n'a rien à voir avec le statut de star que le public et les médias ont conféré à Joann Sfar. Si je dois reconnaître que je peux me montrer assez fanatique du travail d'un auteur (jusqu'à la mauvaise foi, je dois bien l'admettre...), je n'en ai pas pour autant l'âme "groupie". Ce qui m'intéresse avant tout, c'est l'oeuvre de l'artiste. Puis l'artiste le cas échéant, lorsqu'il en vaut la peine humainement. Ne fréquentant qu'une seule artiste fréquentable (mon épouse), je ne me permettrai pas d'émettre un avis sur des artistes que je ne connais pas personellement... Mais alors, me demanderez-vous, après cette (trop) longue introduction, pourquoi avoir le trac de parler de Professeur Bell, cette épatante série imaginée par Joann Sfar, dont les deux premiers tomes ont été dessinés par lui puis par Hervé Tanquerelle à partir du troisième. J'ai déjà eu l'occasion de le dire au sujet du Chat du Rabbin, chroniquer une oeuvre de Sfar, c'est toujours être en-deçà de l'intelligence du propos de ses récits et ne décrire que trop imparfaitement le talent absolu de son dessin. Bien entendu, on retrouve dans Professeur Bell, toute la finesse d'esprit de Sfar, ses obsessions aussi, qui tournent autour de la mort et de l'amour, et de la difficulté de vivre tout en sachant que la première est inéluctable alors que le second est tellement fragile. Quant au trait de Joann Sfar, reconnaissable entre mille, son "expressionnisme" rebutera les ayatollah du classicisme le plus conservateur (si, si, il y en a) et ravira les autres. Non pas les saduccéens contre les pharisiens, les anciens contre les modernes ou les nostalgiques de la ligne claire contre les tenants de la nouvelle BD française (qui peuvent parfois se révéler aussi "ayatollesques" que les conservateurs). Non, lorsque je parle des "autres", je pense à ceux qui ont suffisamment d'ouverture d'esprit pour envisager d'autres expressions graphiques dans la BD. Un peu comme en peinture lorsque les demoiselles d'Avignon foutaient un beau bordel dans le bel ordonnancement académique construit depuis cinq siècles... Bien sûr, à la fin de cette chronique, vous n'en savez pas plus sur le Professeur Bell si ce n'est que les intrigues de Joann Sfar raviront les fans de mystères, d'enquêtes à la Sherlock Holmes (mais dans l'univers de l'occultisme et du paranormal), et de philosophie appliquée. Pour le reste, je vous invite à découvrir les sites proposés en liens. Ce n'est pas de la flemme mais, au cas particulier, autant laisser parler le Maître de ses albums... A lire : les pitchs et les commentaires de Joann Sfar sur la série Professeur Bell (c'est sur son site) A lire (aussi) : une excellente critique du tome 2, Les poupées de Jérusalem, sur l'excellentissime site du9.org A lire (enfin) : une interview de Hervé Tanquerelle et une autre de Joann Sfar sur actusf.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *