Pitch du jour : Ouya Pavlé

Le pitch du jour A peine sorti du four (il est publié aujourd'hui...), IDDBD vous propose de déguster... Ouya Pavlé, les années yougo (scénario et dessin de Marcel Couchaux, collection Plantigrade, éditions 6 pieds sous terre) Ouya Pavlé, nouvelle figure mythologique serbe, raconte quelques pages sombres de la tumultueuse histoire des Balkans. Cette histoire, comme tant d'autres, s'est forgée dans le sang des batailles, qui ont opposé pendant des siècles l'orthodoxe Serbie et l'empire Ottoman. Ouya Pavlé raconte sa vérité, une vérité portée par une violence absurde, tellement humaine, dans une région où rien ne semble simple. Après Zatopek, les années Mimoun, Marcel Couchaux adopte une approche très historique, mais son arme reste l'humour pour donner sa vision des Balkans et transmettre le souvenir de ses voyages dans la Yougoslavie de Tito des années 70.Habitué des terrains à l'humour corrosif, Marcel Couchaux (alias Coucho) en profite pour inventer un personnage haut en couleurs : Ouya Pavlé, sorte d'Oncle Paul slave pétri de culture comme de certitudes.         A découvrir : sept pages sur le site de 6 pieds sous terre

La Poisse

Jinx (scénario et dessins de Brian Michael Bendis, éditions Delcourt) Vous ne m'en voudrez pas mais je passe un petit message personnel. Cette humble chronique est spécialement dédicacée à mes collègues de Poissy que j'ai quitté cette semaine avec un certain regret. Merci pour.... pffff au moins tout ça ! Et puis en même temps, spécial dédicace aux lecteurs de la médiathèque, des lecteurs d'une incroyable curiosité que j'ai eu la joie de conseiller, avec qui j'ai beaucoup échangé et appris. C'était un privilège. Et puis si le Bib de Poissy, c'est fini, l'histoire continue à la médiathèque de Vernon (dans l'Eure). Je ne quitte pas la BD pour autant. Fin de mon message personnel. Vous pouvez reprendre une lecture de chronique normale.
Dans les bas-fonds de Cleveland, Juliet "Jinx" Alameda est chasseur de prime. Si c’est un boulot typiquement masculin la troublante jeune femme, travaillant en charme et en efficacité, s’est fait un nom parmi ses collègues gros bras/gros flingues. Goldfish et Columbia quant à eux, sont deux escrocs minables se méprisant mutuellement et cherchant sans cesse à se trahir. Le plus grand des hasards leur offre la possibilité d’empocher la somme rondelette de 3 millions de dollars, de quoi passer des vacances tranquilles. Tous les trois n’ont pas le choix pour quitter les quartiers miteux de Cleveland : se lancer à la recherche du magot… Mais dans ces cas-là, il faut s’attendre à prendre des coups, surtout quand l’argent vient des milieux mafieux de la ville.
J’aime le polar noir en BD quand il dépasse la simple histoire de gros flingue et de flics véreux. J’aime le polar noir en BD quand il ne néglige pas ses personnages au profit d’une ambiance glauque. J’aime le polar noir en BD quand un scénariste de la trempe de Brian Michael Bendis s’y atèle avec talent. Nous vous avions déjà parlé de Bendis lors de la chronique de Torso, enquête historique sur le premier serial-killer de l’histoire des Etats-Unis (dans les années 1930). Nous voici donc de retour dans le monde moderne, dans une ville sombre et violente où la vie n'est éclairée que par quelques rayons de soleil.
Jinx est une chronique de trois paumés. L'héroïne éponyme tout d'abord est une belle trentenaire brune et charismatique, malheureuse et sombre, détestant chaque jour un peu plus la vie qu’elle doit mener. Son surnom "Jinx" signifie "la poisse", c'est dire ! Goldfish ensuite est un petit escroc au grand cœur, intelligent, aussi manipulateur que manipulé, rêveur et romantique. Enfin, Columbia est un abruti fini, violent et perdu. A travers ces trois personnages, ces trois anti-héros, Bendis dresse le portrait d’une société désespérée, où justice (uniquement représenté par les chasseurs de primes), morale ou même amour sont perdus et pervertis. Et même, quand l’espoir ou simplement un projet naissent, ils semblent aussi fragiles qu’un souffle et deviennent des rêves bien trop éloignées d’une vie accablante. Comme bien souvent dans le polar noir, bien au-delà de l’argent ou du mystère, c’est en partie eux-mêmes que Jinx, Goldfish et Columbia vont chercher. Au risque de se perdre… ou de se trouver, ce qui ne vaut peut-être pas mieux.
Utilisant un dessin noir et blanc très inspiré de Frank Miller, le maître en la matière (sur Sin City en particulier), Bendis tord et dissèque l’esprit et le crâne de ses personnages. Alternant action pure, flash-back, discussions et suspense, il distille avec talent des petits bouts de mystères et de troubles à chaque page. Autrement dit, plus vous avancerez dans les 400 pages de ce polar, moins vous aurez envie de le lâcher et croyez-moi, j’en parle d’expérience ! Et si vous avez envie de prolonger votre plaisir, lisez également Goldfish, l’œuvre précédant Jinx, où Bendis raconte l’arrivée du héros à Cleveland. A (re)découvrir : le site officiel de BM Bendis (en anglais)
A lire : les chroniques de BD Gest', de sceneario.com et, une fois n'est pas coutume, les littéraires de ZazieWeb parle de comics. Bonus musical : Joy Division - She's lost control...

Heureux qui comme Corto, a fait un long voyage…

Corto Maltese (scénario et dessin d'Hugo Pratt, éditions Casterman) Après une chronique sur Biggles, Redwan Rezzak, notre plus jeune chroniqueur (15 ans, il y a quelques jours à peine...) nous revient avec ses impressions sur un mythe du 9ème art... Aujourd'hui IDDBD s' attaque sans le moindre complexe à ce que l'on peut sans exagérer, qualifier de monument de la BD : Corto Maltese d'Hugo Pratt. Pourquoi ? Tout simplement pour rappeler à votre bon souvenir – ou mieux - faire découvrir cette magnifique œuvre retraçant les pérégrinations de Corto (de 1904 à 1925) , marin mystérieux, "gentilhomme de fortune", tour a tour épris de justice et sans scrupules.

J' entends d' ici les détracteurs de la série s' interroger sur l'utilité de ressortir cette « vieille série poussiéreuse sans le moindre intérêt ». A cela je ne dis qu'une chose. Lire un Corto n' est en aucun cas une perte de temps, on ne peut que sortir enrichi (je parle pas d' un chèque ! ) de ce récit tout en suggestion .

Plus qu'un récit d' aventure, c'est de la poésie à l'état pur . Ce personnage si attachant nous fait voyager à travers ses songes , au hasard de ses rencontres. Son caractère tout en contraste le rend véritablement passionnant : tour à tour chevaleresque, romantique puis bagarreur et pirate à l'occasion, ironique mais jamais sarcastique, flegmatique par son père, il tient aussi de sa mère un goût prononcé pour la magie... et tout cela dans une ambiance unique, née du mélange subtil entre la réalité et le rêve, la fable, les légendes, et les songes.

J' espère que cette chronique aura donné envie aux connaisseurs de se replonger dans les ballades du marin maltais, et à ceux qui ne connaissent pas encore de les découvrir. Juste avant que son souvenir ne s'estompe dans les brumes de Venise, ou au détour d'une île lointaine...

A visiter : le site officiel de Corto Maltese

A feuilleter : tous les albums de Corto Maltese sur le site de Casterman

A lire : le dossier du Routard sur Corto Maltese

A voir : par curiosité, la partie du site Swatch (oui, oui, les montres...) consacrée à Corto Maltese (choisissez ensuite la langue française et visitez également la partie consacrée à Hugo Pratt...)

A admirer : la bande-annonce du film...

A cause des garçons…

Hélène Bruller est une vraie salope (scénario et dessin d'Hélène Bruller, éditions Vent des Savanes, groupe Glénat, 2008) Raaaaahhhhhh ! Cet album d'Hélène Bruller est un vrai dilemme ! Vous le savez bien que sur IDDBD, on aime pas dire du mal des gens et encore moins des albums (quand on aime pas, on chronique pas...). Là franchement, attaquer avec un titre comme ça, nous, ça nous rend malade ! D'autant que dire que Hélène Bruller est une vraie salope n'est pas tout à fait exact : Hélène Bruller vit, souffre, espère, souffre, espère à nouveau... Et ce n'est pas parce qu'elle règle quelques comptes au passage qu'elle est une salope (bien que ce mot puisse convenir à une femme dans un maximum de situation si l'on en croit la planche 57 d'Hélène Bruller) ! On aurait pu dire que tout le monde en prend pour son grade sous la plume acérée d'Hélène Bruller. On aurait pu, mais on aurait été encore en deçà de la vérité objective ! Pour être tout à fait exact, dans Hélène Bruller est une vraie salope, tout le monde passe au chalumeau et au vitriol d'Hélène Bruller ! De son "ex" (particulièrement nul, il faut le reconnaître) à son actuel Suisse (Zep, pour ceux qui ignorerait encore qu'il partage la vie d'Hélène Bruller), en passant par les copines (aahhh, le copines !), les soeurs (aahhh, les soeurs !) et la mère (aahhh, la mère !), tout le monde en prend pour son grade. Pour notre plus grand bonheur de sales voyeurs salauds ! Car Hélène Bruller a la douleur impudique typiquement française, comme pourrait le dire Zep justement. Lorsqu'elle souffre ou se venge, il faut que ça se voit ! Hélène Bruller parle d'exhibitionnisme sentimental et se l'applique à elle-même ! J'aimerai dire : "heureusement" ! Cela nous permet de suivre avec délectation ses aventures sentimentales sans trop nous impliquer personnellement. Et à part ça, on n'est pas des salauds nous ? Alors même qu'au-delà de la volonté de nous faire rire et sourire (qui marche à tous les coups !), on sent dans Hélène Bruller est une vraie salope que l'auteure s'est parfois livrée sincèrement et peut-être plus profondément qu'il n'y paraît de prime abord. Nous, on a aimé... A lire : une dizaine de planche sur le site des éditions Glénat A savoir : Hélène Bruller sera en dédicace demain, lundi 28 avril 2008, à la librairie Boulevard des Bulles, Paris 5ème...

The Chritophe Bec’s Project !

Sarah - Tome 1 : Les enfants de Salamanca (scénario de Christophe Bec, dessin de Stefano Raffaele, collection Repérages, éditions Dupuis, 2008) Et un de plus ! Un de plus quoi ? Mais de story-teller français, voyons ! De quoi ? De story-teller, ces raconteurs d'histoires (souvent fantastiques mais pas seulement...) jusqu'à présent quasiment tous anglo-saxons... Christophe Bec rejoint le club très fermé de ces scénaristes français (Fabien Nury et Xavier Dorison en tête...) capables de tenir la dragée hautes aux meilleurs raconteurs d'histoires anglais ou américains, tels Stephen King, Graham Masterton ou Dean Koontz, rien de moins ! Et Sarah, sa nouvelle série, représente son ticket d'entrée définitif dans ce club ! Rythme maîtrisé, suspens parfaitement dosé, dialogues réalistes : tout y est pour tenir le lecteur en haleine de la première à la 64ème page (particulièrement effrayante !) de ce premier tome efficace en diable... Tiens d'ailleurs, en parlant de diable, je ne sais pas exactement ce qui se cache dans les sous-sols et les forêts de Salamanca, ce petit bled perdu de Pennsylvanie, mais ça a l'air particulièrement violent et avide de sang. J'imagine que ça doit avoir un rapport avec les enfants du village, comme le titre de ce premier opus le suggère, ce qui expliquerait que les habitants aient fermé et condamné la seule école du village et que l'on ne voit plus de jeunes à Salamanca. Mais que sont exactement ces formes aux yeux rouges et aux dents pointues que l'on entr'aperçoit furtivement au fond des galeries de mines abandonnées, dans la forêt ou dans les caves des maisons, ça, il nous faudra attendre encore un peu pour mieux le savoir... Si le premier tome de Sarah pose de nombreuses questions, il apporte tout de même quelques commencements de réponses. Avec cette histoire fantastique (dans tous les sens du terme), racontée de main de maître, Christophe Bec tient surtout son lecteur en état de tension quasi-permanente. Du grand art ! Quant au dessin de Stefano Raffaele, il n'est pas en reste, loin de là ! Réaliste, nerveux, alternant quelques plans larges et d'autres au contraire très serrés, il sert parfaitement le récit. Il est une très belle illustration (sans jeu de mot...) de la complémentarité artistique entre l'auteur du récit et son "metteur en images" qui aboutit à de petits bijoux tels que Sarah. Une série qui mérite d'ores et déjà, et sans l'ombre d'une hésitation, un "Recommandé par IDDBD"... Dans vos bacs le 7 mai prochain ! A (re)lire : le pitch de Sarah, repéré par IDDBD le 8 avril dernier A voir : la bande-annonce de Sarah sur le site des éditions Dupuis

Pitch du jour : Tom Sawyer

Le pitch du jour Tout juste sorti hier (à ne pas confondre avec l'autre adaptation de Tom Sawyer... chez Soleil !)... Les Aventures de Tom Sawyer, de Mark Twain - Tome 2 (scénario-adaptation de Jean David Morvan et Frédérique Voulyzé, dessin et couleurs de Séverine Lefebvre, collection Ex-libris, éditions Delcourt) LA SÉRIE

Tom Sawyer, c’est l’Amérique !…” Pour tous ceux et celles qui ont chanté à tue-tête ce refrain, l’occasion est donnée de découvrir les véritables aventures de Tom Sawyer. Une fidèle adaptation de ce chef-d’œuvre de la littérature américaine ! RÉSUMÉ DE L'ÉPISODE

Témoins d'un meurtre commis de sang froid par Joe l'Indien, Tom Sawyer et Huck jurent de garder le secret absolu sur cette affaire. Ils sont néanmoins rongés par la culpabilité de laisser un innocent risquer la corde et quittent alors la ville. Les deux amis voguent sur le Mississippi en quête d'aventures et décident de changer de vie pour devenir... pirates ! A lire : quelques planches du premier tome sur le site des éditions Delcourt

In Bidot veritas…

L'éternel - Tome 1 : Le Saint (scénario, dessin et couleur de Laurent Bidot, collection La Loge Noire, éditions Glénat, 2008) Dimanche dernier, IDDBD vous annonçait la sortie du premier tome de L'éternel, la nouvelle série de Laurent Bidot (auteur des quatre tomes de Le Linceul, également à La Loge Noire). Aussitôt annoncé, aussitôt lu, aussitôt chroniqué (pour une fois...) ! Autant vous dire qu'IDDBD a encore eu du nez en vous signalant L'éternel ! Dans la plus pure veine des BD ésotériques, voire religieuses, ce premier tome pose une intrigue palpitante. L'un des personnages principaux est un historien, Thomas Landon, dont le prénom et le nom illustrent son rôle : il est à la fois attaché à recueillir des preuves tangibles (un peu comme Saint Thomas) de la "sainteté" des candidats à la canonisation sélectionnés par le Vatican, mais il est aussi impliqué dans une quête ésotérique, comme le personnage principal du roman de Dan Brown (le Robert Langdon du Da Vinci Code...). Il ne s'agit d'ailleurs pas du seul clin d'oeil à ce best-seller : le romancier qui attire l'attention de Thomas Landon sur Saint Scutaire (le saint du titre) n'est autre que Dan Brixman, le jumeau littéraire de l'autre, hostile à la Curie Romaine... Et puisque l'on parle de clins d'oeil, vous ne raterez pas ceux de la planche 29, dans le cimetière, où deux tombes mentionnent respectivement Laurent Bidot lui-même (1967 - 2007) et... Achille Talon (1937 - 1985) ! Mais pour en revenir à L'éternel, le personnage central auquel s'intéresse - pour des motifs très variés - de nombreuses personnes, est bien Saint Scutaire. Son surnom, il le doit à sa légende d'immortalité. Et les indices semblent démontrer qu'en effet, l'homme aurait connu la Rome des premiers chrétiens, mais aussi la période trouble de l'Occupation nazie en France. Alors, supercherie ou réalité ? Si l'on en croit les péripéties de Thomas Landon, son enquête risque d'être non seulement mouvementée mais également très dangereuse. D'autant que Saint Scutaire ne paraît pas disposé à faciliter la tâche de ses poursuiveurs... Si vous avez aimé le Da Vinci Code ou le Triangle Secret, vous aimerez L'éternel ! Si vous avez détesté le Da Vinci Code ou le Triangle Secret, vous aimerez aussi L'éternel ! Car Laurent Bidot a réussi à trouver le ton juste, cet équilibre subtil mais efficace pour titiller la fibre ésotérique de tout lecteur de La Loge Noire sans laisser sur le bord du chemin les amateurs de thriller plus classiques. Et Dieu sait (sans jeu de mots...), que Laurent Bidot sait y faire pour nous attirer dans son piège dès les premières cases pour nous lâcher, à la quarante-huitième page, avec presque autant de questions que de réponses... Certes, l'homme n'en est pas à son coup d'essai. Mais reconnaissons qu'il est plutôt rare de trouver un auteur vraiment complet, aussi bon scénariste que dessinateur et coloriste. Indéniablement, Laurent Bidot est de ceux-là. Et sa nouvelle série en est encore une fois l'illustration concrète. Son dessin et ses couleurs sont à la hauteur de son récit : impeccables et redoutablement efficaces ! Bien que nous attendions le deuxième tome (Le Sang du Martyre) pour lui attribuer un "Recommandé par IDDBD" (ce deuxième tome concluera un premier cycle qui devrait se poursuivre au moins par un troisième opus, déjà écrit), L'éternel se place déjà en bonne position pour être canonisé par IDDBD ! A lire : les interviews de Laurent Bidot sur sceneario.com et actuabd.com, pour en savoir plus sur cet auteur chrétien... A visiter : le blog de Laurent Bidot

Info du jour : Death Note

L'info du jour Avec quelques jours de retard (mais ça, vous commencez à y être habitués...), IDDBD vous informe de la sortie (depuis le 11 avril...) du tome 9 de Death Note, un manga-thriller très très haut de gamme (les fanatiques de contorsions et autres pirouettes de kung-fu-shaolin peuvent passer leur chemin...). Le tome 10 sort le 6 juin prochain. Autant vous dire qu'à deux tomes de la fin, on est sur les dents... Bien entendu, le tout est d'ores et déjà un pur "Recommandé par IDDBD" !

Terre !

Les nouveaux pirates (scénario et dessin de Lionel Richerand, couleurs de Véronique Fusier et Lionel Richerand, collection Somnambule, éditions La joie de lire, 2008) Des histoires de pirates, IDDBD a déjà eu l'occasion de vous en recommander : Long John Silver, Sept pirates, ou Isaac le pirate ont fait votre bonheur il y a quelques semaines, quelques mois, voire quelques années. Ce que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui (enfin, le 15 mai prochain pour être tout à fait exact...) est encore une histoire de pirates (chacun ses marottes...). Mais attention, pas n'importe laquelle ! Les nouveaux pirates est un récit de piraterie d'avant les histoires de pirates ! Après que vous ayez embarqué, vous vivrez une aventure extraordinaire, sur des océans d'imagination déchaînée, en compagnie du Peter Pan d'avant James Matthew Barrie, jetant l'ancre sur une Ile au trésor d'avant Robert Louis Stevenson, jusqu'à votre destination finale : les terres vierges de vos jeunes années... Cette magie primordiale du monde des pirates et des récits qui ont bercé notre enfance, Lionel Richerand nous la fait revivre au travers des aventures oniriques du jeune Thomas. Lors d'un séjour en Bretagne, ce pirate en herbe retrouve la trace du fameux Barbe Noir et de son équipage fantôme. Et malgré les apparences, le plus retors des deux n'est pas celui que l'on imagine ! En tout cas, Thomas en fera voir des vertes et des pas mûres au vieux boucanier, et à nous par la même occasion ! Oh, mais j'entend déjà vos remarques aussi fourbes que le regard d'un matelot mutin : "Les nouveaux pirates, c'est bon pour les enfants !". Evidemment, la collection Somnambule des éditions La joie de lire s'adresse au premier chef aux enfants. Mais si vous êtes là, à lire cette chronique, c'est - je l'espère ! - que vous n'avez pas enterré votre âme d'enfant au fin fond d'une clairière, sur une île désertée par votre imagination ! Si vous n'avez pas oublié vos après-midi de vacances à jouer aux pirates, aux cow-boys et aux indiens, aux gendarmes et aux voleurs, alors vous retrouverez chez Les nouveaux pirates, intacte, toute la fraîcheur de cette époque. D'autant que le dessin de Lionel Richerand vous plongera instantanément dans cet univers que vous n'avez finalement pas tant oublié que ça : son trait est plein (c'est ce que l'on avait déjà aimé dans Petit conte léguminesque), charnel, palpable, plein de vie. On a vraiment l'impression de pouvoir évoluer dans son univers au-delà même de la case dessinée. De la 3D poétique, évocatrice, onirique en quelque sorte (comme quoi, l'exploration des formes n'est pas encore terminée en bande dessinée...) ! Servie qui plus est par une mise en couleur tout simplement superbe... Allez, signez là matelots. Et embarquez dès le 15 mai de l'an de grâce 2008 avec Les nouveaux pirates : une aventure éblouissante et humaine vous attend... A visiter : le blog de Lionel Richerand où vous pourrez admirer son exemplaire des Nouveaux Pirates (avec la vraie couverture) ! A savoir : si votre libraire préféré ne vous propose pas Les nouveaux pirates, vous pourrez vous le procurer sur les sites d'achat en ligne (je précise tout de même qu'IDDBD ne perçoit pas un centime de royalties !)

La voie de l’arc

L’âme du Kyudo (scénario et dessins de Hiroshi Hirata, collection Akata, éditions Delcourt)
En 1606, un samouraï, héros de la fameuse bataille de Sekigahara qui unifia le Japon, établi un record bien particulier. Il venait de faire passer une cinquantaine de flèche le long de la galerie extérieure d’un temple de la ville. Cette nouvelle frappa les autres fiefs qui tentèrent à leur tour de battre ce record.  L'épreuve du Tôshiya était née. L’âme du Kyudo raconte ce défi entre clans et à travers lui, l’histoire de Kanzaemon Hoshino (Kanza), jeune samouraï de basse classe, qui voit dans cette épreuve surhumaine le moyen de venger la mort injuste de son père. Mais bien au-delà d’une simple histoire de lutte intestine et honorifique entre clans de samouraï, L’âme du Kyudo est une œuvre sur un l’art et l’esprit du kyudoka (pratiquant de l’archerie traditionnelle japonaise). Traversant les siècles, cette histoire est relatée avec brio par l’un des plus grands auteurs de gekiga, auteur également du splendide (mais violent) Satsuma, l’honneur des samouraï (chez Delcourt également). Pour information, le gekiga est un style à part dans le manga. Destiné à un public adulte, il se caractérise par un dessin ultra-réaliste, loin des critères graphiques habituels du manga. Les gekiga (littéralement traduit par "drame réalisé sur du papier") abordent des thèmes très sérieux, très souvent historiques et parfaitement documentés. En effet, la plupart des évènements relatés dans ce récit sont historiquement vérifiables. Bref, tout ça pour dire qu’à travers cette histoire, Hiroshi Hirata se pose presque en ethnologue. Tout comme il l’avait fait dans Satsuma, il cherche à décrire l’état d’esprit des samouraïs du 17e siècle. Bien entendu honneur et déshonneur, concentration et fureur, force et maîtrise sont au rendez-vous ce cette fresque historique passionnante. Mais pas seulement, car sous les images d’Epinal se cachent des hommes avec leur faiblesse. L’âme du Kyudo fêtera l’année prochaine ses 40 ans, pourtant ce gekiga n’a pas subi les affres du temps. Même si on ne s’intéresse pas forcément au kyudo, ses 400 planches se dévorent et s’apprécient avec délectation. Preuve, s’il en fallait encore une, que les années n’ont pas de prise sur les chefs d’œuvre. Incontournable, évidemment. A lire : les chroniques de Satsuma, l’honneur des samouraï et de Les Vents de la colère, un autre magnifique gekiga de Tatsuhiko Yamagami A voir : le site français de la fédération de Kyudo. Excellent site pour en apprendre plus. A lire : un avis contraire à mon point de vue sur Krinein.com. Contraire jusqu’au genre. D’après eux, c’est un shonen (pour ados)… Vous jugerez.
A lire : deux critiques sur Chronic’art et