Plumes de nerfs…

Lune de guerre (scénario Jean Van Hamme, dessin de Hermann, collection Aire Libre, éditions Dupuis, 2000) "Foouuyyââ !", comme on dit dans la région de Saint-Etienne (Loire) "IDDBD nous en a bien balancé d'la violence c'tte s'maine !". Et je dois reconnaître que notre lecteur stéphanois à raison : depuis lundi, il pleut de la violence sur IDDBD comme pluie au mois d'août (à Saint-Etienne !). C'est un peu La loi des séries, une sorte de malediction (d'Edgar), la douce vengeance du pot de miel contre le pot de m....(Homère), bref c'était la mafia story sur IDDBD ! Et pour finir cette semaine de la violence, il nous fallait un album en forme d'apothéose, une BD grandiose, digne d'une tragédie grecque, et au dessin qui soit à la hauteur. Dans ces cas là, une seule solution : convoquer des pointures du 9ème art, des monstres sacrés qui accepteraient une collaboration comme ça en passant, sans faire de genre... Pas facile à dénicher, cette perle rare existe : Lune de guerre de Van Hamme et Hermann ! Est-il vraiment besoin de vous convaincre que cet album vaut la peine d'être lu lorsque l'histoire est concoctée par Jean Van Hamme et les pinceaux tenus par Hermann. Franchement, ce serait faire injure aux talents respectifs de ces deux immenses artistes. Et pourtant, bravant toute honte, refoulant (du goulot) toute sorte de respect de soi et de ses lecteurs, occultant une maîtrise approximative de la langue française, IDDBD se lance et n'hésite pas à faire l'article... Avant d'être une BD, Lune de guerre est une leçon magistrale de maîtrise totale du scénario et du dessin, l'équilibre parfait entre le texte et l'image. A cet égard, ceux qui ne connaissent pas encore le dessin d'Hermann peuvent jeter un coup d'oeil aux quelques planches et dessins qui illustrent cette chronique : cela se passe de commentaire tant le trait est maîtrisé, harmonieux, sans pour autant perdre de sa force. Sublime ! Les dessins sont tirés du site d'Hermann... Quant au récit, Jean Van Hamme maîtrise lui aussi son art de conteur d'histoires à suspens. Comme pour les meilleurs d'entre elles, tout part d'une situation a priori banale qui va très vite (à peine cinq planches) se transformer en véritable cauchemard, le tout de façon absolument cohérente (le lecteur n'a jamais l'impression de se jeter tête baissée dans l'invraisemblable...). Son secret ? Peut-être sa fine observation et sa connaissance poussée de la nature humaine et de ses ressorts les moins avouables. C'est en tout cas ce que vous retrouverez dans Lune de guerre, où le déchaînement de violence - qui éclate entre deux clans pour une simple histoire de tomates à la crevette - est d'abord le prétexte pour explorer toutes les régions les moins reluisantes des hommes et des femmes (29 au total) qui peuplent ce récit halletant et halluciné...

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