De l’art et du cochon…

UpSkirt (scénario et dessin de Totoz et Nunusse, collection Révolution, éditions Carabas, 2007)

Prenez deux loosers bien grattinés : un peintre qui refuse, par principe, de vendre son âme aux marchands du temple de l’art contemporain, et un petit teigneux dont le seul talent est de vouloir à tout prix coacher son compère pour se faire un max de blé. Le premier, c’est Totoz, le catogan au vent, mal rasé et vivant dans un appartement qui relève plus du squatt que du petit home cosy. Le deuxième, c’est Nunusse, lunettes noires constamment vissées sur le nez, mal rasé et vivant dans le squatt de son pote Totoz qui ressemble de moins en moins à un appartement.

Ajoutez à ce duo de « poissards » quelques personnages pas piqués des hannetons. Tenez, voilà le "gros", obsédé par les photos qu’il prend de nanas rencontrées via Internet, prêtes à tout pour se voir décerner le titre de modèle du siècle (version cordelettes et bottes de cuir...). Et puis, il y a aussi Tchoupi, un artiste peintre au coeur pur, parcourant le monde en creusant son sillon, jusqu’au jour où il bute sur une caillasse de taille : une directrice artistique aux dents aussi longues que son hypocrite amour de l’art...

Secouez tout ça entre les soirées branchées organisées par des galeristes vulgaires (« Plus de chatte ! Plus de chatte ! ») et les sauteries du milieu parisien (« Je vois le vent comme une dynamique aléatoire qui s’inscrit dans une perspective fragmentaire... ») et vous obtiendrez UpSkirt, une chronique acide (et lucide) du petit monde de l’art contemporain.

Décapantes, drôlissimes, jubilatoires : telles sont les aventures de Totoz et Nunusse, servies par un dessin nerveux et une mise en scène efficace en diable ! Ah ! J’allais oublier le détail qui tue, la cerise sur le gâteau : les extraits hallucinants de Zantar, le fils de la jungle, qui ponctuent l’album... UpSkirt, c’est jouissif vous dis-je !

Bon réveillon à tous les lecteurs d'IDDBD !

Web comics Made in talent

Maliki. T1 : Broie la vie en rose (scénario et dessins de Maliki, Ankama, 2007).
Ah que c'est bon ! Alors que je m'apitoyais sur mon sort depuis des jours, lisant des albums décevants et/ou aux élans intellelectualo-masturbatoires, voilà que je reçois un lien dans ma boite mail. Il s'agissait du site de Maliki. Depuis septembre 2004, cette dessinatrice au style manga y livre 1 strip par semaine. Elle raconte simplement son quotidien avec un sens certain de l'auto-dérision, de l'observation et, c'est important, de la révolte. Je répondrais tout de suite à une remarque : si Maliki a un dessin très manga, elle évite l'écueil du "vouloir faire comme". Elle a un style bien à elle pour raconter ses histoires et démontre chaque semaine un réel talent.
Pourtant, ce n'est qu'en septembre 2007 que les éditions Ankama publient un recueil de ce qu'elle considère comme ses meilleurs strips. A l'époque, cette sortie avait fait son chemin dans les esprits du petit monde de la BD (il faut dire que son site compte 400 000 visiteurs par mois !!!). Et c'est vrai que c'est frais et efficace ! La plupart du temps vraiment drôle (Gout-Gueule le génie d'Internet, le Kro-Meugnon) les histoires de Maliki sont aussi tendres, cruelles, tristes ou poétiques. Bref, elle dresse tout un panel d'histoires menées tambours battants. C'est qu'elle a du talent la p'tite ! Si par un improbable hasard, Maliki lisait ces lignes, je m'excuse d'avance pour cette appellation de "p'tite". Mais bon, à force de parler de son quotidien, de ses deux chats (Feanor et Fleya), de ses galères partagées par beaucoup d'entre nous (pour moi aussi un déménagement est un improbable Everest) et de ses bonheurs, Maliki apparait comme la bonne copine. Celle qui est franche, drôle, qui nous embarque dans des irrésistibles galères, bref celle que l'on préfère. Tout ça pour dire que "la p'tite", c'est affectueux. Pour certains, c'est "mon gros" alors faut pas qu'elle se plaigne non plus, hein ! Pour une fois, une conclusion simple : le site de Maliki, c'est par là ! A lire : Une interview sur le site Gamekaz

600ème chronique d’IDDBD : Le Sauveteur

Le sauveteur (scénario et dessin de Jirô Taniguchi, éditions Sakka, 2007) Pour la 600ème chronique d'IDDBD, il nous fallait du lourd, un album qui vaille vraiment la peine d'être conseillé, comme ces bons tuyaux qu'on se refile entre initiés... Le sauveteur, du maître mangaka Jirô Taniguchi, est de cette trempe d'album. Je passe rapidement sur le fait qu'il s'agit d'un manga. Si vous lisez régulièrement les chroniques d'IDDBD, vous savez que l'on a dépassé depuis bien longtemps le débat stérile et idiot de savoir si le manga est ou non de la BD digne d'intérêt pour l'homo occidentalus que nous sommes. Dans Le sauveteur, Jirô Taniguchi nous donne une fois de plus une magistrale leçon de son humanité et de son talent. En 330 pages, il réussit tout à la fois à nous tenir en haleine, à nous émouvoir et à nous faire réfléchir. Son héro, Shiga, est un montagnard pur et dur, un homme habitué à surmonter les difficultés qui ne manquent pas de survenir dès lors que l'on se confronte à la nature en général, et à la montagne en particulier. Mais cette force de caractère est aussi emprunte d'humilité. Shiga, Le sauveteur, n'est pas un conquérant. C'est un homme qui a compris quelle était sa place dans ce monde, vis à vis des autres humains qui l'entourent et vis à vis du monde lui-même. Quelqu'un qui a compris le sens des liens qui nous relient aux autres et au monde. Qui connaît la valeur des promesses prononcées... Aussi, lorsque Megumi Sakamoto, la fille de son meilleur ami décédé en montagne, disparaît dans l'un des quartiers interlopes de Tokyo, Shiga n'hésite pas à quitter ses Alpes méridionnales japonaises pour se lancer à sa recherche et tout mettre en oeuvre pour la retrouver. Mais à sa manière. Avec détermination, calme et humilité... même s'il lui arrive de se défendre contre certains specimens de la faune nocturne de Tokyo (mais sans jamais ressembler à un Charles Bronson nippon tout de même...). Comme la plupart des oeuvres de Jirô Taniguchi, cet album one-shot est donc un mélange subtil d'aventure, d'émotion et de réflexion sur de nombreux sujets qui concernent nos sociétés modernes et notre "civilisation". Bien qu'il s'agisse d'un manga, les thèmes abordés dans Le sauveteur sont absolument universels. La marque des grandes oeuvres, non ? Et indéniablement celle des grands auteurs...

Info du jour : cher confrère !

L'info du jour Ne dit-on pas "plus on est de fous, plus on rit" ? Si ? Bon et bien voilà un nouveau blog de chroniques BD qui apporte sa pierre à l'édifice du 9ème art. Son principe ? Une chronique par jour sur un album que vous aurez tout intérêt à découvrir puisqu'il a plu aux chroniqueurs de BDNews (c'est le nom de ce nouveau blog...). IDDBD souhaite longue vie à BDNews qu'il ira consulter régulièrement pour y piocher des idées de lecture (j'ai dit de "lecture", pas de chroniques ! Raaaahhhhh, les mauvaises langues tout de suite...).

Info du jour : Vincent Perriot

L'info du jour Vous vous rappelez peut-être de la série de chroniques publiée cet été sur IDDBD au sujet des maisons d'édition alternatives. Parmi celles-ci, nous avions repéré les éditions de la Cerise qui avaient sorti un album absolument magnifique, Entre Deux de Vincent Perriot. Si vous ne vous en souvenez pas, allez voir quelques extraits de cet album sur le site des éditions de la Cerise : vous en aurez le souffle coupé ! Mais pourquoi en reparler maintenant ? Tout simplement parce que le superbe site Coconinoworld publie Entre Deux en intégralité ! Oui, vous avez bien lu ! En intégralité ! C'est donc une bonne raison pour se précipiter sur Coconinoworld (section Village des Auteurs...) et dévorer cet Entre Deux sublime... Ce qui constituera également une bonne entrée en matière pour découvrir tout le contenu de Coconinoworld, dont une autre publication intégrale : Colibri de Guillaume Trouillard. IDDBD vous a déjà parlé également en novembre dernier... Bonnes lectures ! A lire (aussi) : les chroniques d'IDDBD au sujet (directement ou indirectement) de Coconinoworld

Info du jour : Death Note

L'info du jour J'attaque le 7ème tome de Death Note, manga révélé aux lecteurs d'IDDBD par David, et je dois dire que cette série est certainement l'une des meilleures (ex-aequo avec Monster) qu'il m'ait été donné de lire dans ce domaine... Scénario, personnages, dessins : tout est fait pour que vous soyez happés par cette histoire fantastique. Et si vous vous dites que le manga n'est pas pour vous, sachez que vous passez à côté d'un petit bijou du 9ème art ! A lire : 20 page du 7ème tome sur kanabox.com

Info du jour : votez sur BD’Gest

L'info du jour IDDBD prend quelques jours de congés pour les fêtes (on en a bien besoin si vous voyez ce que je veux dire...). Mais on ne pouvait pas vous laisser comme ça sans rien faire ! Outre qu'il y aura quelques infos intéressantes de temps en temps (ça, c'est juste pour vous attirer...), vous pourrez vous creuser un peu la tête et aller sur le site de BD'Gest pour élire un Meilleur Album, un Meilleur Scénario, un Meilleur Dessin, de Meilleures Couleurs, une Meilleure Couverture, un Meilleur Album Jeunesse, et un Meilleur 1er album. Vous avez jusqu'au 4 janvier 2008 pour faire votre choix après vous être inscrit sur le site (c'est 30 secondes...). Et après, IDDBD vous soumettra sa propre liste (composée d'un maximum d'albums déjà chroniqués ici)... En attendant, n'hésitez pas à laisser vos commentaires ! Vous pourrez également participer (jusqu'au 2 janvier 2008) à un concours sur l'univers des dragons... Bonnes fêtes à tous les lecteurs d'IDDBD !

Toujours plus haut !

Au-delà des nuages - Tome 2 : Combats (scénario de Régis Hautière, dessin et couleur de Romain Hugault, collection Cockpit, éditions Paquet, 2007) Autant vous prévenir dès le début de cette chronique : elle est aussi courte que ce deuxième tome du dyptique Au-delà des nuages est une pure merveille de BD. Certes dans son genre, la BD aéronautique, mais une pure merveille tout de même. Un chef d'oeuvre ! Franchement, je plains les dessinateurs et les auteurs qui passeront dans ce domaine après Régis Hautière et Romain Hugault... A ce jour, je n'ai jamais lu une bande dessinée traitant aussi bien d'aviation. C'est aussi simple que celà. Tout y est : l'histoire, particulièrement émouvante (surtout dans ce deuxième tome) ; le dessin, sublime ; le niveau de détail des avions dessinés par Romain Hugault... Bref, je n'ai rien trouvé dans ces deux albums qui me fasse tiquer. Un pur chef d'oeuvre, vous dis-je, un vrai petit bijou comme l'on dit ici ! Pour le pitch, je vous laisse découvrir celui des éditions Paquet qui, entre nous, ont réalisé le coup du siècle en signant Régis Hautière et Romain Hugault... A lire : la chronique d'IDDBD sur le premier tome d'Au-delà des nuages

Chaud devant !

Arctica - Tome 1 : Dix mille ans sous les glaces (scénario de Daniel Pecqueur, dessin de Bojan Kovacevic, couleurs de Pierre Schelle, collection Neopolis, éditions Delcourt) Après le psychodrame d'hier, je sais ce qu'il vous faut : une bonne BD de saison qui débuterait dans le froid extrême (alors que vous-même seriez confortablement blotti dans votre fauteuil préféré), construite autour d'un scénario en béton (genre film à grand spectacle... mais en mieux), servi par un dessin efficace et de très haute tenue (pour renforcer l'effet cinéma...). Et bien bingo ! Vous avez une chance incroyable, IDDBD a une telle BD en stock ! Enfin, quand je dis IDDBD, c'est plutôt du côté de chez Delcourt qu'il faut se tourner, Delcourt et sa collection Neopolis au sein de laquelle nous avons déjà pu découvrir des séries comme Arcane majeur, Carmen Mc Callum, Golden City, Golden Cup, L'Histoire secrète, Nävis, Sillage et bien d'autres... Arctica s'inscrit parfaitement dans cette collection et son esprit "thriller techno, aventure, SF". Jugez par vous même : "Depuis la mort de sa fille due à la radioactivité d’un débris de satellite retombé sur Terre, Dakota, un as de l’aviation, consacre sa vie à débarrasser l’espace des épaves dangereuses. Suite au réchauffement climatique, il est aussi réquisitionné pour détruire les icebergs dérivants sur les routes maritimes. Au cours d’une de ses missions, il met à jour un cylindre métallique. L’examen de l’objet amène l’état-major à classer l’affaire secret-défense...". Le scénario est concocté par Daniel Pecqueur, le père d'Angela, de Golden City et Golden Cup : on a donc droit à une histoire intelligente et palpitante de bout en bout, qui laisse augurer d'une série à la hauteur des précédentes (ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas). De vrais héros (surtout Dakota...), de l'action et du suspens, certes, mais épaulés par un arrière-plan qui reflète aussi les préoccupations de l'époque... Evidemment à IDDBD, on ne boude pas notre plaisir à déguster cette histoire... surtout que le dessin de Bojan Kovacevic, également dessinateur d'Arcanes, colle parfaitement au récit. Arctica est l'un des (nombreux tout de même...) exemples d'adéquation parfaite entre le ton et la teneur du récit et le style du dessin... Bref, avec ce premier épisode d'Arctica, vous avez l'assurance de passer un excellent moment de BD. En cette saison, franchement, que demander de plus ?