God save the ligne…

Les Rochester (scénario de Jean Dufaux, dessin de Philippe Wurm, éditions Dupuis)

Voilà de la BD franco-belge comme on l’aime (aussi) sur IDDBD : scénario équilibré (en 48 pages, l’histoire se tient, sans "creux narratifs"), dessin "ligne claire" classique qui devrait plaire à un large public peu coutumier (ou peu amateur) de la BD dite expressive, et personnages attachants, garants d’une bonne série.

Après ces considérations "pseudo-intellos", que dire de plus des Rochester ? Que cette série (5 tomes à ce jour) est moins lisse qu’il n’y paraît de prime abord. Certes, les personnages, John Lord et Lady Elza Rochester sont un peu caricaturaux car de natures très contrastées : alors que les manières de John ne peuvent absolument pas le faire passer pour un Lord (malgré son patronyme), Lady Rochester, elle, dispose de tous les attributs inhérents à son rang (beauté et classe naturelles, élocution parfaite, bonne manières, éducation et relations aristocratiques…). Que font donc ces deux là ensembles ? Mariés après un coup de folie de la Lady, ils se sont rapidement séparés… sauf lorsqu’il s’agit de mener l’enquête ! Cette situation de départ permet ainsi à Jean Dufaux de faire évoluer son duo de détectives dans tous les milieux sociaux qui peuplent l’Angleterre et de montrer (de critiquer ?) leurs relations (aristocrates, bourgeois, ouvriers, domestiques, immigrés…), sans que l’on sache précisément d’ailleurs s’il s’agit de l’Angleterre d’aujourd’hui, d’hier ou de demain : l’auteur mêle habilement des éléments disparates qui donnent un effet assez intemporel à la série (lui assurant ainsi de pouvoir durer plus longtemps sans se démoder…).

Outre leur aspect sociologique, les enquêtes des Rochester présentent une deuxième qualité : elles sont facilement compréhensibles par une large majorité de lecteurs potentiel. Nul besoin de se creuser la cervelle en essayant de suivre les digressions "politico-financiéro-stratégico-militaro-criminelles" de certaines série. Ici, les situations s’appréhendent aisément, les actions s’enchaînent sur un rythme qui permet de ne jamais lâcher le fil conducteur, sans pour autant que la chute soit téléphonée. En bon deus ex-machina, Jean Dufaux maîtrise ses rebondissements et ses retournements de situation, n’hésitant pas à faire disparaître (violemment) certains personnages principaux !

Si vous ajoutez à ce cocktail tonic (sans maux de tête à la clé) le dessin impeccable de Philippe Wurm, vous obtenez ce que l’on annonçait en début de chronique : Les Rochester est assurément un futur « grand classique » franco-belge, plaisant à lire, ouvert à un large public (même non bédéphile) qui y (re)trouvera ce qui faisait le sel de séries « historiques » plus anciennes…

A lire : la fiche album de la série (avec des liens vers chacun des 5 premiers tomes) sur le site des éditions Dupuis

A lire : les biographies des deux auteurs sur le site Casterman (chez qui ont été publiés les deux premiers tomes de la série ! Voyez la couverture du tome 1 à droite...)

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