Canetor : vilain, mais beau !

Canetor (scénario de Charlie Schlingo, dessin de Michel Pirus, éditions Les Requins marteaux, 2007) Il va de certaines lectures comme de certains films, à savoir qu'elles vous laissent un goût d'indémodable, du statut de culte dés leur commencement, et jusqu'à leur toute fin. Canetor fait partie de cette catégorie. On referme le livre satisfait et convaincu, convaincu que l'on tient là un essentiel de la contre-culture. Car c'est bien de cela dont il s'agit ... mais, sans doute l'aviez-vous déjà deviné ? J'écoute en ce moment même "Sweet nothing" du Sonics Rendez-vous band, un autre groupe culte américain que l'ami Schlingo n'aurait sûrement pas renié. Rock'n'roll et BD, on savait déjà le lien qui unit ces deux, mais Canetor, l'anti Mickey, le Donald défoncé du pauvre est comme une sorte de Quimby the mouse à la française, avec cette dose de non sens d'irrespect, et surtout de sadisme gentillet qui fait la marque des grands créateurs (underground). Pirus est un dessinateur/scénariste respecté mais mal connu du grand public (à part quelques titres phares chez Delcourt ou Albin Michel avec Mezzo), plutôt publié dans la presse rock'nroll et chez certains petits éditeurs depuis le début des années 80. Tandis que Schlingo, décédé l'année dernière est un autre dessinateur/scénariste, révélé dés la fin des 70's, tout aussi culte, qui s'est fait connaître avec une poignée d'albums pré-publiés pour la plupart dans Metal Hurlant époque 80's. Son style un peu trashy, bien déjanté n'a jamais vraiment marché commercialement parlant (tu parles !), mais il est souvent cité parmi les créateurs influents de ces vingt dernières années dans le domaine de la satire sociale en bande dessinée. Canetor est comme qui dirait leur ultime chef-d'oeuvre. Un chef-d'oeuvre à deux mains mélant le fond : de superbes strips en deux pages non-sensiques et plein d'humour mettant en scène un petit canard noir, sa soeur, sa copine et son entourage dans un pavillon de quartier tranquille, ...à la forme : un dessin carré trés lisible  aux couleurs agréables, rendant une nouvelle fois hommage au style d'Herriman (Krazy cat), après une précédente tentative (cf Plip la planète rectangle, éditions Delcourt, 1995), ainsi qu'à Mc Cay et Little nemo. (voir les cauchemards de Canetor). Pas mal, pour un gars trashy, non ? On ne raconte pas ce genre d'album... on le lit et on le relit, comme un petit trésor précieux. Bref, c'est un incontournable... made in France (cocoricoooo !) ! A voir : le site des Requins marteaux, avec les bio des auteurs. A fouiller : Un site perso sur Schlingo, avec pas mal de documents rares. A dépouiller : les périodiques des deux auteurs sur BD oubliées.

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