Nononba : esprit : est-tu là ?

Nononba (scénario et dessin de Shigeru Mizuki, éditions Cornelius, 2006) Ce manga d'un auteur encore inconnu du grand public français il y a quelques mois a été récompensé du prix du Meilleur album 2006 à Angoulème en Janvier dernier. Epais, (414 p.), et publié dans la collection Pierre, Nononba est un pavé jeté dans la mare des publications BD française et dans celle des mangas tout court. Il faut évidemment aimer cette littérature et goûter aux plaisirs du manga dit "adulte" (rien à voir içi avec l'érotisme) pour apprécier pleinement ce gros volume en noir et blanc où l'action ne prime pas; mais quel plaisir,  quelle jubilation !... Mizuki est né en 1922 et se pose donc comme l'un des plus anciens créateurs de manga encore vivant. Il a eu une vie plutôt exceptionnelle, puisque malgré des aptitudes précoces au dessin,  pris jeune dans les  méandres de la guerre du pacifique, on nous explique dans sa bio (site Cornelius) qu'il a été mutilé et que prisonnier, il a vécu au sein de tribus autochtones avant de revenir au pays et de faire sa carrière de mangaka. Il a gardé de ces expériences et de l'accompagnement, enfant, d'une grand-mère portée sur la sorcellerie un fort penchant pour le surnaturel, thème de la plupart de ses ouvrages (les fameux Yokaïs, esprits frappeurs traditionnels), mais aussi une grande humanité que l'on retrouve très présente dans ses récits. Certaine scènes, tellement fortes, et aux dialogues si bien choisis ne peuvent d'ailleurs être que des moments vécus. C'est en grande partie ce qui fait la qualité de ce Nononba, du nom de la même grand mère complice de notre jeune héro Shigéru Muraki. Au niveau graphique, on cite souvent Taniguchi et ses trames très propres (trop ?) lorsqu'il s'agit de qualité dans le manga. Içi, nul classissisme au cordeau, mais plutôt un mélange entre souplesse d'un trait un peu gras et rigueur d'une trame fine souvent horizontale . Une sorte de mix improbable entre un Nakazawa, l'auteur de Gen d'hIroshima et un Taniguchi... Je ne peux résister à l'envie de vous proposer un extrait de philosophie pure, tirée des nombreuses cases consacrées aux moments de discussion entre Shigéru et son père. Mêlés au fil fantastique du récit et à sa poésie inhérente (la mer qui refloue, la séparation d'avec la petite fille, les discussions entre enfants...) , ces moments d'échanges intimes apparaissent finalement comme  ce que l'on fait de plus fort en littérature, ce qui porte aussi souvent un roman, et ceux-ci pourront rappeler aux plus cinéphiles l'ambiance de films de réalisateurs japonais comme Mizoguchi ou Imamura. ...Meilleur album ?... sans aucune réserve, et à mettre entre toutes les mains !! A lire aussi : chez le même éditeur : Kitaro le repoussant et 33 rue des mystères Pour aller plus loin : une présentation de l'univers des mangas adultes (fichier PDF) *photo de l'auteur provenant de son site officiel : http://www.japro.com/mizuki/

3 réflexions au sujet de « Nononba : esprit : est-tu là ? »

  1. Un indien avertit…<img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=571beabe45cffd18df07c6de4b347b97&size=40"&gt; Hummm… désolé Monsieur David. Si j'avais lu IDDBD plus en détail et réalisé que tu avais rédigé cette très bonne chronique, je n'aurais pas récidivé, en toute franchise.Mea culpa. C'est du temps de perdu en plus. M'enfin, ça reste pour la bonne cause, alors… je me console ainsi. Ca ne se reproduira plus chef. Promis.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *