Monument !

Lapinot et les carottes de Patagonie (500 planches d’improvisation par Lewis Trondheim. L’Association. Collection Ciboulette. 1992) Cher IDDBD, la trondheimite me reprend. Je viens de (re-re-re)terminer le fabuleux, l’extraordinaire, que dis-je, le titanesque Lapinot et les carottes de Patagonie ! La 500e planche terminée, un doute m’assaille. Avons-nous chroniqué cet extraordinaire, ce fabuleux, ce titanesque album ? Et bien non ! Nous dont le but avoué est de faire découvrir la bande dessinée et de nous faire plaisir, comment avions-nous pu passer à côté ? Donc cher IDDBD, malgré les oreilles de lapin qui me poussent et mon éruption de Donjon, je prends mon clavier à deux mains et entreprend cette chronique titanesque. Commençons par le début : "Tout commence à une réunion de l’association en 1990 où je vois les premières planches du Galérien de Stanislas. Leur gabarit simple et constant de trois cases sur quatre ainsi que leur côté feuilletonesque et improvisé me donne envie de faire pareil. Seulement, je ne sais pas dessiner. Alors je me suis dit qu’on n’allait pas s’embêter pour si peu". (Trondheim dans l’avant-propos du livre). Trondheim résume tout seul les maîtres mots de son livre : simplicité, régularité, improvisation, approximation du dessin. Simple et régulier dans la forme : un gaufrier de 12 cases par planches. Aucune exception, aucune mise en page. La simplicité même. Le dessin en apprentissage. Pour vous convaincre d'une relative approximation, quand vous aurez le livre dans la main (librairie ou bibliothèque) vous tenterez une expérience. Vous prendrez le livre dans une main, puis vous le feuilleterez très rapidement du début vers la fin (ou inversement, je ne suis pas pénible). Et vous verrez le dessin de Trondheim se transformer peu à peu. D’un dessin au trait bien gras ("pour cacher mes défauts", dit-il) on passe à un trait de plus en plus fin et détaillé. Bien sûr, nous n’en sommes pas à la qualité du dessin d’Ile Bourbon 1730 mais pour un pur scénariste... L’improvisation. Il serait très difficile de vous résumer l’histoire, en fait les rebondissements et le nombre de personnages étant tellement important qu’il est presque impossible de s’y retrouver. En fait, les personnages semblent totalement échapper à Trondheim. En lisant Lapinot et les carottes de Patagonie vous êtes en face d’un réel premier jet. Pas de retouche au dessin, pas de retouche au scénario. Et cette totale improvisation est bien la grande force de cet album. Tout en gardant une certaine cohérence au scénario, Trondheim fait varier les rythmes de son histoire. Histoires dans l’histoire, tous les personnages ont une existence avant, pendant et après la BD. Ils sont réunis, puis séparés, puis à nouveau réunis. On jongle et on s’amuse de voir les méandres des pensées de Lewis Trondheim. Et puis, 500 planches c’est un temps exceptionnel pour prendre le temps de raconter une histoire. Car, rendons à l’Assoc’ ce qui est à L’Association, faire un album de 500 planches en 1992 (date de la 1ere édition), époque où l’ultra-standard est le 48cc (48 planches couleurs cartonnées) est un pied de nez des petits aux grands éditeurs ! Raconter une histoire aussi délirante, d’une manière totalement improvisé dans ce format, montre le caractère radical de la démarche de L’Association (copié et repris depuis). La BD indépendante existe. Alors Lapinot et les carottes de Patagonie est-il un des premiers albums que les cercles intellos de la hype - qui n’ont jamais ouvert un Thorgal - qualifieraient de roman graphique ? Moi je dis non, juste une façon différente de faire de la bande dessinée. A plus d’un titre, Lapinot est un album marquant dans l’histoire du 9e art. C'est un mélange d’Oubapo, d’underground et de p’tits mickey ; une pierre, peut-être pas porteuse, mais importante, d’une nouvelle génération d’auteurs. Pour finir, cher IDDBD, je tiens juste à dire que le Lapinot des carottes de Patagonie, n’est pas tout à fait celui que l’on retrouvera plus tard dans les Formidables aventures... Mais il en constitue déjà les prémisses. Merci IDDBD, j’ai calmé ma Trondheimite. Je peux désormais sortir m’acheter des nouvelles chaussures (taille 74) avant de passer à l’ambassade de Patagonie. A bientôt. L’info du jour Avant-hier, l’adaptation de Persepolis par Marjane Satrapi et José Parrondo était présentée au festival de Cannes. Outre les très bonnes critiques, L’Association a édité une intégrale de cette magnifique série. A redécouvrir donc !

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