Info du jour : On a marché sur la bulle

L'info du jour Ah, ah, ah !! Je ris, car il fut un temps où IDDBD était un peu à la ramasse côté infos ! David s'en souviendra certainement, nous rations pas mal de chose, quelques fois avec plusieurs jours, mois et années de retard... Et bien cette fois, nous vous l'avions annoncé dès le 31 mars ! Quoi ? Mais le superbe festival de l'association On a marché sur la bulle, les fameuses Rencontres de la Bande Dessinée d'Amiens (les 12èmes cette année) qui se dérouleront le week-end prochain (je n'ose vous révéler où...). Alors, parmi les points forts de l’édition 2007 : - L’affiche originale de Jirô Taniguchi, bien évidemment, et l’exposition d’originaux qui l’accompagne (une première en Europe). - La venue de Hiroshi Hirata, auteur japonais de L’âme du Kyudo (sortie en exclusivité) et Satsuma, l’honneur de ses samouraïs chez Delcourt, ainsi que le débat sur son œuvre le dimanche 3 juin à 11h00, avec Dominique Véret, éditeur et spécialiste des mangas, en complément d’une grande exposition originale d’initiation à la bande dessinée japonaise. - L’exposition Lou ! d’après la série de Julien Neel, une expo 100% ludique et interactive, parmi les 13 expositions originales proposées, sur le site et dans la ville ! - L’exposition Guarnido, sur le parvis de la cathédrale, suite de son travail sur la cathédrale d’Amiens en 2004, et de son lien si particulier avec sainte Ulphe. - Un plateau d’auteurs varié et de qualité, avec près de 75 auteurs, parmi lesquels, pour n’en citer que quelques-uns, Alfred, Chauzy, Didier Conrad, Dodier, Gillon, Guarnido, Goossens, Kokor, Lepage, Neel, Ptiluc, Tebo, Vatine ou encore Yoann… - La remise du 9ème Prix Meilleur Album des Lycéens Picards à Yannick Corboz, le samedi 2 juin à 16h00, et la remise du prix du concours régional de bande dessinée, le dimanche 3 juin à 16h00 également. Et avant ça, vous vous envolerez en un clic vers le site de l'association On a marché sur la bulle. Où ça ? Mais par là, pardis !

Portraits de femmes

Une demi-douzaine d’elles 5 tomes parus (scénario d’Anne Baraou, dessins de Fanny Dalle-Rive, L’Association, Collection Mimolette) Le monde est petit. Anne Baraou et Fanny Dalle-Rive partent de cette idée simple pour chroniquer la vie de 8 femmes toutes liées les unes aux autres par une connaissance, l’amitié ou simplement une situation commune. Portraits de 8 femmes, 8 vies, plusieurs générations. On suit d’abord Armelle Naïve, trentenaire célibataire et au chômage. Armelle réfléchit beaucoup et se laisse entraîner par ses rêves. Puis c’est au tour de Marine Sex, trentenaire également, libre et largement préoccupée par un sujet dont je tairai le nom pour ne pas heurter les plus jeunes lecteurs d’IDDBD. Son problème est qu'elle ne sait pas "finir" une histoire. Michèle Roman a 40 ans, elle est prof de lettres et écrivain en manque d’inspiration. Elle fait la connaissance d’un auteur italien, rescapé des années de plomb, et tout s’enchaîne. Enfin (en fait je n’ai pas encore lu le tome 5), Véra Haine est une ado de chez ado. Elle en veut à la terre entière (et surtout à sa mère) et puis voilà... Chroniques sans prétention, chroniques intelligentes jouant sur les clichés en les détournant, Une demi-douzaine d’elles est une lecture agréable. Les filles se retrouveront un peu dans le caractère de ses héroïnes, les garçons essayeront encore de comprendre le mystère des femmes (je vous rassure mesdemoiselles, ils échoueront). Des petits formats de chez l’Association qui, sous des aspects simples, demandent une lecture attentive. Si de (trop) nombreuses séries tentent de faire des chroniques du quotidien sans beaucoup de succès, je trouve qu’Une demi-douzaine d’elles réussit son pari : nous divertir avec des états d’âmes sans pour autant se répéter. Chaque héroïne est différente (âge, situation affective, passé...) et diversifie les points de vue sur un même événement. Une demi-douzaine d’Elles est de ces séries qui forment un tout. Du coup, on relit chaque partie avec un plaisir nouveau car tous les albums enrichissent les autres. Un joli travail de scénariste ! A lire : une interview d’Anne Baraou sur BD séléction

Special Festival de Serignan II

La farce de Maître Pathelin (scénario et dessin de David Prudhomme, couleurs d'Alexandre Clérisse, éditions de l'An 2) Comme je vous le disais dimanche, IDDBD s'est déplacé jusqu'à Serignan pour visiter le 12ème Festival BD de cette charmante bourgade héraultaise. Le déplacement en valait la peine puisque je devais y rencontrer Alexandre Clérisse, Dominique Bertail et David Prudhomme dont je n'avais pas encore réellement (et en tout cas suffisamment) découvert le travail. Et bien, comme dit l'adage, "mieux vaut tard que jamais" tant passer à côté de La farce de Maître Pathelin aurait été une erreur autant qu'une faute de goût ! Pour une fois, commençons par le dessin : le trait de David Prudhomme est expressif, vivant, joyeusement gouailleur, faussement approximatif et merveilleusement bien servi par la mise en couleur d'Alexandre Clérisse. Il trouve tout naturellment sa place au milieu des plus grands noms de ce courant (mieux médiatisés et donc plus connus du grand plublic) tels que Sfar, Blutch ou Blain (je ne sais pas s'il appréciera la comparaison mais c'est un compliment sincère)... La mise en page est sobre (généralement quatre cases par page) et colle parfaitement à l'ambiance de l'histoire qui nous conte, à la manière d'un fabliau médiéval, la rocambolesque intrigue de Maître Pierre Pathelin (à noter que l'histoire originale est réellement un fabliau comique du Moyen-Âge...). Alors, qui est-il ce fameux Maître Pathelin ? Un avocat désargenté doublé d'un fiéfé menteur, roublard (ah ! la scène d'anthologie où il meurt en divers patois !), beau parleur, enjoliveur, escroc, hypocrite, qui - lorsque nous le rencontrons - monte "un coup" pour détrousser le riche maître drappier de la ville en l'embobinnant dans d'invraisemblables sornettes... Rien que ça ? Non, car, comme toute fable médiévale qui se respecte, notre Maître Pathelin ne s'en sortira pas aussi facilement qu'il n'y paraît jusque vers la fin... Avec La farce de Maître Pathelin, David Prudhomme réussit l'exploit doublement artistique de nous happer dans son univers graphique et littéraire dont on sent bien la profondeur malgré l'apparente simplicité... A lire : l'excellente chronique de La Factory A découvrir : le dossier spécial consacré à David Prudhomme par CoconinoWorld et sa Station Delta

Spécial Festival de Serignan I

Jazz Club (scénario, dessin et couleurs d'Alexandre Clérisse, prépublié sur CoconinoWorld.com, collection Long Courrier, éditions Dargaud) Comme vous le savez, fidèles lecteurs, IDDBD avait repéré, il y a plus d'un an maintenant (le 9 mars 2006 pour être précis...). Voici ce que nous en disions à l'époque : "Jazz Club est l'histoire de Norman, saxophoniste doué qui perd du jour au lendemain son talent de musicien. Enfin, du jour au lendemain... surtout depuis qu'Emily, sa fiancée, l'a quitté. Pour quelle raison, on n'en sait rien. Et à la limite, peu importe. Ce qui compte après tout, c'est ce que va devenir Norman... Alexandre Clérisse est très fort : passé la première surprise du trait (que l'on imaginerait mieux dans un hebdomadaire new-yorkais...), son scénario et son dessin sont une pure merveille d'émotion (mais aussi de suspense). On vit le désarroi de Norman, ses douleurs, son apaisement enfin... et on le suit dans des aventures dont certaines réjouiront les amateurs de sectes apocalyptiques et mélomanes ! Mais attention, la BD n'est pas terminée ! Alexandre Clérisse nous réserve encore des surprises !". Et des surprises, la suite de Jazz Club nous en a réservé de superbes ! Jusqu'au final qui, il faut bien le dire, est tout simplement sublime d'émotion ! Cet album, publié en dur dans la prestigieuse collection Long Courrier de Dargaud, est de ceux que l'on est fier d'avoir dans sa bédéthèque, de ceux que l'on est fier de faire découvrir à ces amis avec cet air entendu que l'on a affaire là à une véritable oeuvre d'art graphique doublée d'un récit romanesque à la hauteur... Et quand on a eu la chance, en plus, de rencontrer l'auteur, le bonheur est total... Alexandre Clérisse travaille actuellement sur un autre projet de BD dont IDDBD vous reparlera le moment venu... A suivre donc (et de près !). A visiter (d'urgence) : le site consacré à Jazz Club avec deux histoires inédites (deux épisodes de la vie de Norman...), les recherches d'Alexandre Clérisse pour la couverture (où l'on apprend incidemment que Jazz Club aurait pu s'appeler Cool Jazz... mouais...) et quelques images inédites... Ah ! Et puis, vous pourrez lire Jazz Club en ligne (pas mal, non ? même si rien ne vaut, finalement, d'avoir l'album cartonné...) A (re)lire : l'interview d'Alexandre Clérisse sur IDDBD, les 27 et 28 mars 2006, et l'Info du Jour du 16 janvier 2007 (avec des liens vers la bio de l'auteur...) A visiter : le site de la Maison des Auteurs d'Angoulême d'où est issu Alexandre Clérisse

Info du jour : festival de Serignan

12ème Festival BD de Serignan Aujourd'hui, IDDBD était en déplacement à Serignan, charmant petit village du sud de l'Hérault où se déroule, depuis hier et jusqu'à demain (lundi 28 mai), le 12ème Festival de BD. Et si c'est un peu par hasard que je me suis rendu, le hasard fait bien les choses puisque, sur place, j'ai pu rencontrer trois auteurs issues de la galaxie Coconino World dont IDDBD vous a déjà parlé, à savoir Alexandre Clérisse, David Prudhomme et Dominique Bertail ! Sans oublier quelques autres tels que Pékélé et Paul Drouin... Outre les traditionnelles dédicaces, le vrai bonheur était de rencontrer des auteurs dont le talent n'a rien à envier à la toute simple humanité... Du coup, vous aurez droit dès demain à des chroniques en bonne et due forme de Jazz Club, de La farce de Maître Patelin et de Shandy...

Monument !

Lapinot et les carottes de Patagonie (500 planches d’improvisation par Lewis Trondheim. L’Association. Collection Ciboulette. 1992) Cher IDDBD, la trondheimite me reprend. Je viens de (re-re-re)terminer le fabuleux, l’extraordinaire, que dis-je, le titanesque Lapinot et les carottes de Patagonie ! La 500e planche terminée, un doute m’assaille. Avons-nous chroniqué cet extraordinaire, ce fabuleux, ce titanesque album ? Et bien non ! Nous dont le but avoué est de faire découvrir la bande dessinée et de nous faire plaisir, comment avions-nous pu passer à côté ? Donc cher IDDBD, malgré les oreilles de lapin qui me poussent et mon éruption de Donjon, je prends mon clavier à deux mains et entreprend cette chronique titanesque. Commençons par le début : "Tout commence à une réunion de l’association en 1990 où je vois les premières planches du Galérien de Stanislas. Leur gabarit simple et constant de trois cases sur quatre ainsi que leur côté feuilletonesque et improvisé me donne envie de faire pareil. Seulement, je ne sais pas dessiner. Alors je me suis dit qu’on n’allait pas s’embêter pour si peu". (Trondheim dans l’avant-propos du livre). Trondheim résume tout seul les maîtres mots de son livre : simplicité, régularité, improvisation, approximation du dessin. Simple et régulier dans la forme : un gaufrier de 12 cases par planches. Aucune exception, aucune mise en page. La simplicité même. Le dessin en apprentissage. Pour vous convaincre d'une relative approximation, quand vous aurez le livre dans la main (librairie ou bibliothèque) vous tenterez une expérience. Vous prendrez le livre dans une main, puis vous le feuilleterez très rapidement du début vers la fin (ou inversement, je ne suis pas pénible). Et vous verrez le dessin de Trondheim se transformer peu à peu. D’un dessin au trait bien gras ("pour cacher mes défauts", dit-il) on passe à un trait de plus en plus fin et détaillé. Bien sûr, nous n’en sommes pas à la qualité du dessin d’Ile Bourbon 1730 mais pour un pur scénariste... L’improvisation. Il serait très difficile de vous résumer l’histoire, en fait les rebondissements et le nombre de personnages étant tellement important qu’il est presque impossible de s’y retrouver. En fait, les personnages semblent totalement échapper à Trondheim. En lisant Lapinot et les carottes de Patagonie vous êtes en face d’un réel premier jet. Pas de retouche au dessin, pas de retouche au scénario. Et cette totale improvisation est bien la grande force de cet album. Tout en gardant une certaine cohérence au scénario, Trondheim fait varier les rythmes de son histoire. Histoires dans l’histoire, tous les personnages ont une existence avant, pendant et après la BD. Ils sont réunis, puis séparés, puis à nouveau réunis. On jongle et on s’amuse de voir les méandres des pensées de Lewis Trondheim. Et puis, 500 planches c’est un temps exceptionnel pour prendre le temps de raconter une histoire. Car, rendons à l’Assoc’ ce qui est à L’Association, faire un album de 500 planches en 1992 (date de la 1ere édition), époque où l’ultra-standard est le 48cc (48 planches couleurs cartonnées) est un pied de nez des petits aux grands éditeurs ! Raconter une histoire aussi délirante, d’une manière totalement improvisé dans ce format, montre le caractère radical de la démarche de L’Association (copié et repris depuis). La BD indépendante existe. Alors Lapinot et les carottes de Patagonie est-il un des premiers albums que les cercles intellos de la hype - qui n’ont jamais ouvert un Thorgal - qualifieraient de roman graphique ? Moi je dis non, juste une façon différente de faire de la bande dessinée. A plus d’un titre, Lapinot est un album marquant dans l’histoire du 9e art. C'est un mélange d’Oubapo, d’underground et de p’tits mickey ; une pierre, peut-être pas porteuse, mais importante, d’une nouvelle génération d’auteurs. Pour finir, cher IDDBD, je tiens juste à dire que le Lapinot des carottes de Patagonie, n’est pas tout à fait celui que l’on retrouvera plus tard dans les Formidables aventures... Mais il en constitue déjà les prémisses. Merci IDDBD, j’ai calmé ma Trondheimite. Je peux désormais sortir m’acheter des nouvelles chaussures (taille 74) avant de passer à l’ambassade de Patagonie. A bientôt. L’info du jour Avant-hier, l’adaptation de Persepolis par Marjane Satrapi et José Parrondo était présentée au festival de Cannes. Outre les très bonnes critiques, L’Association a édité une intégrale de cette magnifique série. A redécouvrir donc !

Planètes

(scénario et dessin de Makoto Yukimura, éditions Panini Comics) Après vous avoir baladé dans pas mal de contrées et d'époques différentes, IDDBD vous entraîne aujourd'hui dans le futur proche de la conquête spatiale. En 2070, si la grande épopée spatiale se poursuit, avec la préparation d'une expédition vers Jupiter, le quotidien de l'espace, ce sont les vols de navettes entre les grandes capitales terrestres, la vie de milliers de scientifiques et d'ouvriers dans les stations orbitales et lunaires... et le travail incessant des récupérateurs de ces détritus qui polluent l'espace proche de la Terre. Sur fond de conquête spatiale, Makoto Yukimura a choisi de nous raconter le destin de trois de ces dépolueurs de l'espace. En quatre tomes très denses, il nous livre les espoirs, les peurs, les regrets, les blessures et les joies de Yuri, Fee et Hachimaki. Le tout sans niaiserie mais d'une manière subtile et intelligente, multipliant les histoires paralèlles et les flash-back dans le passé de nos trois héros ordinaires. En définitive, leurs portraits sont non seulement réalistes mais également très attachants. Planètes est de ce point de vue une heureuse surprise. Les passionnés de l'espace (dont IDDBD fait partie...) y trouveront tout aussi leur compte qu'après avoir visionné 2001, l'odyssée de l'espace de Kubrik ou l'Etoffe des Héros de Philip Kaufman, d'autant que la série de Makoto Yukimura va plus loin que les simples considérations scientifiques habituelles : il envisage aussi les conséquences politiques du développement de l'industrie spatiale (terrorisme, guerre...). Les autres lecteurs y trouveront quant à eux une histoire profondément humaine dont la morale finale nous ramène à notre plus petit commun dénominateur : l'amour... Planètes, c'est du très grand art comme seuls savent nous l'offrir les meilleurs mangaka dont Makoto Yukimura fait indéniablement partie ! A lire : les chroniques de Benzinemag, de Mangaverse, de Krinein et de BD sélection A savoir : Planètes est aussi une série animée disponible en vidéo...

Un Manwha adulte, qu’est-ce que c’est ?

L'amour est une protéine (scénarios et dessins de Choi Kyu-Sok, collection Hanguk, éditions Casterman) Quoi ? Un nouveau rédacteur dans IDDBD ? Mais ça devient l'autoroute de l'information içi !!  Comme quoi la passion ça a du bon et que comme disait l'autre veux sage :  "mieux vaut un blog bien rempli et efficace que dix peu visités !". C'est donc avec raison que je vais tenter de laisser les chroniques BD passionnées mais irrégulières de mon propre blog : le Blog d'Hectorvadair pour rejoindre l'équipe de joyeux lurons d'IDDBD. En espérant que mon rythme va retrouver au sein de cette team sa promptitude originelle. Hector. ... Découvert par hasard à la médiathèque de  Roanne (42) , ce manhwa (manga coréen) m'a d'abord attiré par sa couverture quelque peu bizarre. Normal me direz-vous ? Pas tant que ça. Il s'agit en effet d'un one shot, ou plus précisément d'un recueil d'histoires, et donc non pas d'une série telle qu'on a l'habitude d'en lire généralement dans la culture BD asiatique et japonaise plus précisement. Choi Kyu-sok est né en 1977 et c'est sa seconde publication française après un titre chez Kana en 2003 (collection Made in). L'éditeur décrit lui-même l'auteur comme ayant un trait novateur et une vision acerbe de la société. C'est le moins qu'on puisse dire. Les 6 histoires qui agrémentent ce recueil sont en effet toutes originales et assez dérangeantes. Il se dégage de leurs scénarios une atmosphère à la fois oppressante et provocante, qui nous lie très rapidement à l'auteur. La première (L'amour est une protéine) donne le ton. Celle-ci, mettant en scène trois copains qui commandent du poulet rôti et qui voient arriver le père du poussin rôti en sanglot nous plonge dans un délire comico-psychanalitique. Le style réaliste de Choi Kyu-sok, réhaussé parfois à l'ordinateur, avec des couleurs pastels de trés bon goût contre-balance le sentiment de malaise qui peut s'installer dans un premier temps. L'hommage au trait en noir et blanc dans Dinosaure Dooly au personnage créé par Kim Su-Jeong, bien que hors références puisque ce personnage n'a pas été traduit en France montre toute la force, la poésie et donc le talent dont est capable le jeune auteur sur ce récit de science-fiction. Cocaman, ou Ma décision, autres épisodes durs dans le ton nous donnent à lire des incursions du point de vue d'un jeune homme (l'auteur lui-même ?) dans la société coréenne moderne. On imagine sans mal une approche biographique dans la triste histoire de Cocaman, mais le contexte politique sous-jacent du deuxième récit ouvre des perspectives intéressantes quant à l'engagement de l'auteur de manwha. La dernière histoire : Aiguille de pin, se déroulant dans une Corée antique fleure bon les répères japonais d'autres récits de mangas du même style, et je n'ai personnellement pas pu  m'empêcher de penser, tant au niveau du trait que de certaines ambiances au Tajikarao de Jimpachi  Mori. Celui-ci fini de dérouler le tapis des thématiques et des différents styles abordés par Choi Kyu-Sok, sans oublier le Léviathan, conte acide et farce politique réalisé sous forme de tableaux peints. Ce qui, en fin de compte, sur 173 pages offre un bilan plus que positif pour une découverte. Un auteur dont on aura j'espère l'occasion de lire en tous cas d'avantage de récits dans le futur. A lire : la fiche album sur le site Casterman A lire (aussi) : la chronique de sceneario.com A découvrir : Bededazi autre blog sympa traitant de BD asiatiques.

Texarkana

Texarkana (scénario de Patrick Neighly, dessin de Donny Hadiwidjaja, couleurs d'Anne-Marie Horne, collection Colors, éditions Akileos) Les lecteurs réguliers d'IDDBD le savent : les éditions Akileos publient depuis quelques années des BD venues d'outre-atlantique (quand ce n'est pas d'outre-tombe !) qui apportent un souffle nouveau (pour nous, lecteurs européens) et complémentaire aux comics traditionnels (Strange et autres...), à la BD franco-belge, au manga (et depuis peu au manhwa) ainsi qu'au "roman graphique". Finalement, tout ceci va dans le bon sens, celui d'une offre plus large, plus riche et plus éclectique, dont les lecteurs profitent en définitive... Ces considérations pompeuses étant faites (mais vous en avez l'habitude si vous suivez les chroniques d'IDDBD...), entrons dans "le vif du sujet". Et Dieu sait que cette expression n'a jamais été plus adaptée qu'en ce qui concerne Texarkana ! Car Texarkana, c'est de l'action en barre ! Mais, étrangement, sans références explicites ou évidentes au genre comics ou manga dont nous parlions plus haut. En même temps, je mens un petit peu en vous disant cela : les références existent mais elles ne sautent pas immédiatement aux yeux et en tout cas, elles appartiennent à de nombreux genres que nous connaissons bien... Illustration. L'univers de Texarkana pourrait s'inscrire dans celui de Rails ou de bien d'autres BD franco-belge pour son aspect "politique-anticipation" : l'Amérique du Nord est ravagée par la guerre civile et seul un état, le Texarkana (capitale : Dallas), maintient un semblant d'ordre sur son territoire et, dans une moindre mesure, sur New Asia (constituée des anciens états de la Côte Ouest). Cet ordre, ce sont des équipes judiciaires qui l'assurent au quotidien. Constituées de juges, d'un avocat et d'un exécuteur, elles rendent une justice expéditive, et souvent définitive, directement dans les rues. La constatation des crimes et délits, l'instruction, le procès et la sentence sont exécutés en moins de dix minutes... En ce sens, on sent l'influence des ligues de justiciers (Watchmen...) chères aux comics américains traditionnels... Dans le premier tome (publié il y a quelques jours), on suit l'une de ces équipes judiciaires que vient de rejoindre Simon Hills, un jeune diplômé de l'Académie des Juges de Dallas. Premières interventions, premiers doutes, puis première vraie mission d'infiltration sur les terres de New Asia... A Tsin Tsin, l'histoire prend une tournure plus "manga", surtout du fait de l'ambiance de New Asia... Autre lieu, autre influence... Malgré tout, l'histoire conserve une cohérence propre (scénario trépidant et superbe dessin) qui sait habilement mêler action, suspense, et psychologie des personnages (même si certains d'entre eux sont un peu taillés à la hache...). Et ça marche ! On s'attache vraiment à cette équipe de la première à la dernière page de ce premier tome qui nous laisse un goût d'impatience à attendre les suivants... A découvrir : les précédentes collaborations de Patrick Neighly et Donny Hadiwidjaja pour Zoe, sur le blog (en anglais) weblogs.variety.com , pour Black-eye Susan, sur le blog (toujours en anglais) the fourth rail A visiter : la rubrique Nouveautés du site Akiléos où vous retrouverez la fiche album de Texarkana et une planche... L'info du jour Toujours chez Akiléos, notez la parution de Louna et sa mère, un album doux-amer sur la vie d'une petite fille de parents divorcés à l'âge où la vérité sort de la bouche des enfants. Emouvant, attendrissant, amusant... A feuilleter : deux planches sur le site de la FNAC

Cité 14

Cité 14 (scénario de Pierre Gabus, dessin de Romuald Reutimann, éditions Paquet) Je ne vais pas vous faire le même coup que celui de la chronique du 14 mai dernier et celui de David hier : vous dire qu'IDDBD vous avait annoncé la parution du premier épisode de Cité 14, le nouveau feuilleton mensuel publié par Paquet... Non, je vais juste vous dire qu'une fois de plus IDDBD avait eu du nez en repérant cet OVNI (vas-y le mégalo !). Mais au fait, c'est quoi Cité 14 ? Comme je suis un peu flemmard (vas-y la "grosse feignasse" !) et que j'aime bien le talent des autres (vas-y le faux-cul et faux modeste !), je préfère laisser la parole à Pierre Gabus, le scénariste de Cité 14 : "Même avec la meilleure volonté du monde, j’aurais du mal à expliquer ce qu’est Cité 14… Alors je vais vous expliquer ce que Cité 14 n’est pas. -Tout d’abord, Cité 14, ce n’est pas cher… 1 euro c’est rien du tout. -Ensuite, Cité 14, ce n’est pas long à revenir… 1 mois ça passe trop vite. -Cité 14, ce n’est pas tout à fait un manga … mais ça en a le format. -Cité 14, ce n’est pas tout à fait du Comics … mais il y aura des super-héros. -Cité 14, ce n’est plus vraiment du franco-belge… même si Romuald et moi, nous habitons en Normandie. -Cité 14, ce n’est pas un feuilleton télé puisque c’est du papier… mais ça fonctionne en saison annuelle de 12 épisodes. Des épisodes qu’on peut lire séparément… mais le mieux c’est quand même de tous nous les acheter. -Cité 14, ce n’est pas une seule histoire, c’est une multitude d’histoires qui courent en même temps dans un univers insolite qu’on découvre petit à petit. -Cité 14, ce n’est pas tout à fait un jetable, même si ça lorgne du côté des petits formats d’antan… Il y a même un coffret de prévu pour ranger tous les épisodes à la fin de la saison. -Cité 14, ce n’est pas non plus un collector… mais n’attendez pas un éventuel recueil pour l’acheter… Il n’y aura pas de recueil (juste un joli coffret, mais ça je l’ai déjà dit). -Cité 14, ce n’est pas un chef d’œuvre mais ce n’est pas dénué d’ambition. Et l’ambition qui anime Cité 14, c’est la même que celle qui anime la rondelle de saucisson, au moment de l’apéro ou l’éclair au chocolat dans la devanture du pâtissier." Au-delà de cet inventaire à la Prévert, sachez tout de même que le premier épisode de ce feuilleton laisse entrevoir une série qu'il vous faudra absolument avoir dans votre bédéthèque... Même si je ne vous dirai rien du scénario ébouriffant de Pierre Gabus, magnifiquement servi par le dessin de Romuald Reutimann (vas-y, dis-en plus !). Aussi, le 1er juin prochain, vous vous débrouillez comme vous voulez, mais je veux tous vous voir arracher le n° 2 de Cité 14 du présentoir de votre libraire (vas-y le fou furieux !). Ouais bon, après lui avoir laché une pièce d'un euro sur le comptoir... A fouiller : le site de Cité 14