Albertine Ralenti : l’interview en couleur !

Il y a quelques semaines, le 23 février 2007 précisément, IDDBD vous avait conseillé de faire un petit tour sur le site d'Albertine Ralenti, une talentueuse coloriste qui avait notamment participé aux albums Koma, Polly et les Pirates et Comix Remix... Aujourd'hui, IDDBD vous propose l'interview qu'elle a eu la gentillesse de nous accorder, malgré un emploi du temps surchargé... N'ayons pas peur des mots, Albertine Ralenti est une artiste épatante ! IDDBD : Bonjour Albertine. Avant d'entrer dans le vif du sujet (et pour copier les émissions TV...), qu'elle est ton actualité ? Albertine Ralenti : Bonjour IDDBD ! Je viens de terminer le sixième et dernier tome de la série "Polly et les Pirates" ainsi que le tome 1 d'une nouvelle série "Chess". IDDBD : Deux séries que nous vous recommandons et que nous chroniquerons prochainement... Sinon, pourquoi et comment devient-on coloriste ? Pour les jeunes intéressés par ce métier artistique, existe-t-il des formations privilégiées ou les choses se font-elle un peu au hasard (des cursus, des expériences, des rencontres...) ? Albertine Ralenti : C'est au cours de mes études que je me suis rendue compte de cette affinité avec la couleur. J'ai commencé à rencontrer des éditeurs sur des festivals à cette époque. J'aime créer des univers colorés et de nouvelles ambiances et j'aime la bande dessinée, c'est ce qui m'a conduit à mettre en couleur des planches. A ma connaissance, il n'existe pas (encore!) de formation spécifique au métier de coloriste en France. Le mieux qu'on puisse faire est une école d'arts où on pourra dessiner, peindre, expérimenter différentes techniques et se forger une culture de l'image. Rencontrer des auteurs et des éditeurs, échanger avec des dessinateurs est aussi important. IDDBD : Conseils judicieux que peuvent suivre les apprentis coloristes... Mais, être coloriste, n'est-ce pas parfois un peu frustrant par rapport aux dessinateurs et aux scénaristes, plus souvent sous les feux de la rampe ? Ne regrettes-tu pas qu'il n'y ait pas de récompenses spécifiques pour les coloristes lors des festivals BD (en tout cas, à IDDBD, on le regrette vivement)? Albertine Ralenti : Non, personnellement je voulais devenir coloriste et cela me convient parfaitement ! Je pense que les coloristes sont de plus en plus reconnus, certains sont même sollicités pour leur style. Nous sommes devenus "visibles" par rapport à 20 ans en arrière. Une récompense spécifique pour la couleur? Pourquoi pas ! Ca viendra peut-être. Dans certaines albums, il est vrai que ce sont les couleurs qui donnent réellement le ton et l'ambiance et aident à la démarcation d'un titre par rapport à d'autres. Mais au lieu de tout systématiquement fragmenter (scénario, dessin, encrage, couleurs, lettrage…), peut-être vaudrait-il mieux associer tous les acteurs aux prix en général, car la bande dessinée peut vraiment être un travail d'équipe. IDDBD : Exact. Et à ce propos, comment travailles-tu (techniques, environnement, habitudes, rituels, etc...) ? Albertine Ralenti : Comme beaucoup, je travaille à domicile. Je commence par lire en entier le scénario pour découvrir les personnages, les relations entre eux, les lieux et l'atmosphère générale de l'histoire. La plupart du temps, je propose des couleurs sur des planches de scènes différentes aux auteurs pour que nous ayons une matière sur laquelle discuter et puissions orienter la suite. Parfois les dessinateurs me font un petit topo en amont  sur ce qu'ils aimeraient, ce qu'ils aiment, leurs références d'ambiances (BD, films, romans, illustrations, animations…). J'ai moins de contacts avec les scénaristes qui généralement (à quelques exceptions près) laissent le soin au dessinateur et au coloriste de produire les planches finales. Une fois qu'on a callé l'axe global que va suivre la couleur, on attaque! En phase de production, je correspond beaucoup par mail avec le dessinateur pour qu'il suive la progression régulièrement. IDDBD : As-tu évolué dans ta façon de travailler depuis que tu exerces de manière professionnelle ? Albertine Ralenti : Oui, j'ai notamment évolué dans la méthode d'un point de vue technique afin de gagner du temps. Des procédés automatisés, des façons de faire définies préalablement… permettent de démarrer mieux. Plus de communication avec les services fabrications des éditeurs aussi. La recherche de documentations a aussi bien augmenté au fil du temps. IDDBD : Les relations avec les éditeurs relèvent-elles du parcours du combattant ? Comment cela se passe-t-il ? Albertine Ralenti : Pour ma part, tout se passe bien ! Un point délicat est le délais de rendu : quand on est en bout de chaîne, on se retrouve parfois à travailler dans l'urgence pour tenter des rattraper les retards accumulés. Les délais de paiement aussi peuvent être un point délicat! La plupart du temps, ce sont les auteurs qui sollicitent le coloriste pour des essais. L'éditeur vient moins vous chercher, ce qui fait qu'on les connait peu parfois. IDDBD : Pour en revenir à ta manière de travailler, l'idée de travailler dans un studio de coloriste te tente-t-elle ou préféres-tu le travail en solitaire ? Albertine Ralenti : Je me le suis souvent demandé… C'est vrai qu'on a parfois des problèmes de recul sur son boulot quand on travaille seul. Et puis, l'isolement peut peser aussi ainsi que l'auto-discipline : il faut se pousser soi-même à avancer. Se regrouper en atelier est un projet dont j'ai discuté avec des copains dessinateurs, mais il faut trouver un local et avoir une organisation pratique très souple qui puisse coller avec le rythme de vie de chacun, ce qui n'est pas simple. IDDBD : Quels sont tes projets éditoriaux à court et moyen terme ? Albertine Ralenti : Je continue Koma et Comix remix et j'ai aussi 3 nouveaux titres en cours qui sortiront entre mai et octobre 2007. IDDBD : Excellent ! Sinon, une dernière question : quelles sont les BD que tu as lues récemment ou celles qui t'ont le plus marquées ? Albertine Ralenti : J'ai lu récemment Marzi et Ingmar (Expresso), Ile Bourbon 1730 (Shampoing), Le peuple des endormis (Aire libre), Gen d'Hiroshima (Vertige Graphic) et Miss Pas Touche (Poisson Pilote). Je viens d'acheter Robinson Crusoe (Ex-libris) et NonNonBâ (Cornélius) que j'ai hâte de commencer! IDDBD : Merci Albertine pour ta gentillesse et ta disponibilité. Nous suivrons ici avec intérêts tes projets et tes réalisations ! A visiter : le site d'Albertine Ralenti

2 réflexions au sujet de « Albertine Ralenti : l’interview en couleur ! »

  1. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=c9471dcc6ce724a98bd6f01a1267323c&size=40"&gt; Mea culpa disait-on chez les romains. J'ai en effet totalement zappé le travail d'Albertine Ralenti dans ma chronique de Koma. Si cette série est aussi bonne c'est aussi grâce à la mise en couleur du travail de Frederik Peeters. Je m'en excuse encore et la prochaine fois, j'aurai l'album sous la main quand je ferais la chronique.

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