Albertine Ralenti : l’interview en couleur !

Il y a quelques semaines, le 23 février 2007 précisément, IDDBD vous avait conseillé de faire un petit tour sur le site d'Albertine Ralenti, une talentueuse coloriste qui avait notamment participé aux albums Koma, Polly et les Pirates et Comix Remix... Aujourd'hui, IDDBD vous propose l'interview qu'elle a eu la gentillesse de nous accorder, malgré un emploi du temps surchargé... N'ayons pas peur des mots, Albertine Ralenti est une artiste épatante ! IDDBD : Bonjour Albertine. Avant d'entrer dans le vif du sujet (et pour copier les émissions TV...), qu'elle est ton actualité ? Albertine Ralenti : Bonjour IDDBD ! Je viens de terminer le sixième et dernier tome de la série "Polly et les Pirates" ainsi que le tome 1 d'une nouvelle série "Chess". IDDBD : Deux séries que nous vous recommandons et que nous chroniquerons prochainement... Sinon, pourquoi et comment devient-on coloriste ? Pour les jeunes intéressés par ce métier artistique, existe-t-il des formations privilégiées ou les choses se font-elle un peu au hasard (des cursus, des expériences, des rencontres...) ? Albertine Ralenti : C'est au cours de mes études que je me suis rendue compte de cette affinité avec la couleur. J'ai commencé à rencontrer des éditeurs sur des festivals à cette époque. J'aime créer des univers colorés et de nouvelles ambiances et j'aime la bande dessinée, c'est ce qui m'a conduit à mettre en couleur des planches. A ma connaissance, il n'existe pas (encore!) de formation spécifique au métier de coloriste en France. Le mieux qu'on puisse faire est une école d'arts où on pourra dessiner, peindre, expérimenter différentes techniques et se forger une culture de l'image. Rencontrer des auteurs et des éditeurs, échanger avec des dessinateurs est aussi important. IDDBD : Conseils judicieux que peuvent suivre les apprentis coloristes... Mais, être coloriste, n'est-ce pas parfois un peu frustrant par rapport aux dessinateurs et aux scénaristes, plus souvent sous les feux de la rampe ? Ne regrettes-tu pas qu'il n'y ait pas de récompenses spécifiques pour les coloristes lors des festivals BD (en tout cas, à IDDBD, on le regrette vivement)? Albertine Ralenti : Non, personnellement je voulais devenir coloriste et cela me convient parfaitement ! Je pense que les coloristes sont de plus en plus reconnus, certains sont même sollicités pour leur style. Nous sommes devenus "visibles" par rapport à 20 ans en arrière. Une récompense spécifique pour la couleur? Pourquoi pas ! Ca viendra peut-être. Dans certaines albums, il est vrai que ce sont les couleurs qui donnent réellement le ton et l'ambiance et aident à la démarcation d'un titre par rapport à d'autres. Mais au lieu de tout systématiquement fragmenter (scénario, dessin, encrage, couleurs, lettrage…), peut-être vaudrait-il mieux associer tous les acteurs aux prix en général, car la bande dessinée peut vraiment être un travail d'équipe. IDDBD : Exact. Et à ce propos, comment travailles-tu (techniques, environnement, habitudes, rituels, etc...) ? Albertine Ralenti : Comme beaucoup, je travaille à domicile. Je commence par lire en entier le scénario pour découvrir les personnages, les relations entre eux, les lieux et l'atmosphère générale de l'histoire. La plupart du temps, je propose des couleurs sur des planches de scènes différentes aux auteurs pour que nous ayons une matière sur laquelle discuter et puissions orienter la suite. Parfois les dessinateurs me font un petit topo en amont  sur ce qu'ils aimeraient, ce qu'ils aiment, leurs références d'ambiances (BD, films, romans, illustrations, animations…). J'ai moins de contacts avec les scénaristes qui généralement (à quelques exceptions près) laissent le soin au dessinateur et au coloriste de produire les planches finales. Une fois qu'on a callé l'axe global que va suivre la couleur, on attaque! En phase de production, je correspond beaucoup par mail avec le dessinateur pour qu'il suive la progression régulièrement. IDDBD : As-tu évolué dans ta façon de travailler depuis que tu exerces de manière professionnelle ? Albertine Ralenti : Oui, j'ai notamment évolué dans la méthode d'un point de vue technique afin de gagner du temps. Des procédés automatisés, des façons de faire définies préalablement… permettent de démarrer mieux. Plus de communication avec les services fabrications des éditeurs aussi. La recherche de documentations a aussi bien augmenté au fil du temps. IDDBD : Les relations avec les éditeurs relèvent-elles du parcours du combattant ? Comment cela se passe-t-il ? Albertine Ralenti : Pour ma part, tout se passe bien ! Un point délicat est le délais de rendu : quand on est en bout de chaîne, on se retrouve parfois à travailler dans l'urgence pour tenter des rattraper les retards accumulés. Les délais de paiement aussi peuvent être un point délicat! La plupart du temps, ce sont les auteurs qui sollicitent le coloriste pour des essais. L'éditeur vient moins vous chercher, ce qui fait qu'on les connait peu parfois. IDDBD : Pour en revenir à ta manière de travailler, l'idée de travailler dans un studio de coloriste te tente-t-elle ou préféres-tu le travail en solitaire ? Albertine Ralenti : Je me le suis souvent demandé… C'est vrai qu'on a parfois des problèmes de recul sur son boulot quand on travaille seul. Et puis, l'isolement peut peser aussi ainsi que l'auto-discipline : il faut se pousser soi-même à avancer. Se regrouper en atelier est un projet dont j'ai discuté avec des copains dessinateurs, mais il faut trouver un local et avoir une organisation pratique très souple qui puisse coller avec le rythme de vie de chacun, ce qui n'est pas simple. IDDBD : Quels sont tes projets éditoriaux à court et moyen terme ? Albertine Ralenti : Je continue Koma et Comix remix et j'ai aussi 3 nouveaux titres en cours qui sortiront entre mai et octobre 2007. IDDBD : Excellent ! Sinon, une dernière question : quelles sont les BD que tu as lues récemment ou celles qui t'ont le plus marquées ? Albertine Ralenti : J'ai lu récemment Marzi et Ingmar (Expresso), Ile Bourbon 1730 (Shampoing), Le peuple des endormis (Aire libre), Gen d'Hiroshima (Vertige Graphic) et Miss Pas Touche (Poisson Pilote). Je viens d'acheter Robinson Crusoe (Ex-libris) et NonNonBâ (Cornélius) que j'ai hâte de commencer! IDDBD : Merci Albertine pour ta gentillesse et ta disponibilité. Nous suivrons ici avec intérêts tes projets et tes réalisations ! A visiter : le site d'Albertine Ralenti

Un peu de sérieux-killer

Torso (scénario de Marc Andreyko, scénario et dessins de Brian Michael Bendis, Semic Noir) Ah la la, on s’absente un peu et voilà le résultat ! IDDBD, blog sérieux, lieu du bon goût où tous les spécialistes de la BD avant-gardistes se réunissent, s’est transformé en fange de la chronique BD artistiquement douteuse. Non mais franchement, heureusement qu’il y a des gens un peu sérieux et professionnel sur IDDBD pour remonter un peu le niveau des chroniques. 😉 Bon soyons sérieux, aujourd’hui, séances de rattrapage avec Torso, de la BD "neuro-ebulitioniste" comme on l’aime sur IDDBD. Torso est l’histoire (romancée) du premier serial-killer made in USA. En 1935, les Etats-Unis sortent à peine de la grande crise économique. Cleveland est une ville prospère qui est gangrénée par la corruption, le crime et la misère de son bidonville. Eliot Ness (oui le très fameux incorruptible) est engagé par le maire de la ville pour faire le ménage. Mais à peine arrivé, Ness se retrouve face à une série de crimes horribles, des corps sans tête, ni pieds, ni bras sont retrouvés aux quatre coins de Cleveland. Très vite, les journalistes surnomment ce nouveau barbe bleue du doux nom de Torso. Voici, une œuvre sombre comme les affectionne Bendis. Basée sur des faits réels, elle fait froid dans le dos. Des documents d’époque cohabitent avec des dessins noir et blanc. Ces mêmes dessins intègrent parfois des photos ce qui donne au récit une atmosphère sombre et ultra-réaliste. L’histoire nécessitant parfois des interprétations, Andreyko et Bendis la font osciller entre réalité et fiction. Cohérente, l’histoire tourne entre le personnage d’Eliott Ness (bien loin de la légende américaine) et deux flics (les Inconnus) menant l’enquête. Une œuvre réaliste, violente, graphiquement marquante, que l’on rapprochera évidemment de l’étrange From Hell d’Alan Moore. Une référence également. Terrible ! A voir : le site officiel de Bendis A lire : la chronique du toujours excellent Sceneario.com

Golden cup

(scénario de Daniel Pecqueur, dessin d'Alain Henriet, éditions Delcourt) Et allez ! On continue dans la veine de la BD "détente" et pas "prise de tête" pour deux ronds ! IDDBD vous emmène au tour du monde, rien que ça, pour suivre la Golden Cup ! La quoi ? La Golden Cup, cette course qui met en compétition plus de mille véhicules, organisée par Mrs Bank, la dirigeante de Golden City, cette ville flottante indépendante, peuplée de richissimes citoyens. Bien entendu, s'il ne s'agissait que de suivre les exploits sportifs des pilotes de la Golden Cup, cela deviendrait vite lassant, non ? Heureusement que Daniel Pecqueur, le créateur de cette série dérivée de Golden City, a eu la bonne idée de croiser quelques histoires qui se croisent et se recoupent au fil de la course, et nous tiennent en haleine tout au long des trois premiers tomes. Et les personnages qu'il a choisi pour composer son casting ne sont pas en reste : Daytona, le jeune pilote, Caruso, son ancien maître qui cherche à se venger, Kelly Styler, la fille (kidnappée) d'un milliardaire de Golden City, Borano, le détective privé à sa recherche... bref, tout ce petit monde (et bien d'autres) se trouve réuni autour de la Golden Cup. Vous l'aurez donc compris, vous n'attraperez pas mal à la tête en vous plongeant dans Golden Cup : pas de réflexion métaphysique en vue, pas de dénonciation sociale ou politique, pas d'états d'âmes intello-masturbatoires en vue. Mais avec de l'action, du suspense, des personnages attachants, de l'humour (parfois au deuxième degré), une histoire qui se tient et des véhicules au design ahurissant (les fans de Nitro apprécieront le superbe dessin d'Alain Henriet), Golden Cup est un joyeux cocktail pétillant à lire - idéalement - allongé sur la plage, les doigts de pieds en éventail... Surtout si vous avez entre douze et quinze ans d'âge mental, ce qui semble être le cas en ce moment chez IDDBD ! A lire : l'interview d'Alain Henriet pour les Sentiers de l'Imaginaire A lire (pour voir) : la fiche de la série sur le site de Delcourt (en cliquant sur les couvertures des trois titres on arrive à la fiche de chaque album avec quelques planches à voir...)

Rafales

(scénario de Stephen Desberg, dessin de Francis Vallès, couleurs de Marie-Paule Alluard, collection Troisième vague, éditions Le Lombard) Bon, autant vous le dire tout de suite, IDDBD est assez branché BD d'aventure en ce moment. Certes, David vous a récemment parlé de NonNonBâ, mais pour le reste, c'est plutôt léger, il faut bien le reconnaître. C'est comme ça : les lectures se suivent et se ressemblent un peu pendant quelques temps pour changer quelques semaines après... Aujourd'hui, c'est de Rafales qu'il s'agit. Non pas des rafales de fusils mitrailleurs (même si ça canarde un peu au fil des pages...) mais de celles de l'appareil photo du reporter Sébastien Christie qui semble avoir mis le doigt sur un sujet qu'il aurait mieux fait d'éviter (heureusement pour nous, l'homme est franchement curieux et tenace...). Il semblerait que des créatures qui nous ressemblent (presque) en tout point nous aient déclaré la guerre. Attention ! Nous ne sommes pas dans Je suis légion, ne vous méprenez pas ! Malgré le titre du premier tome (Les inhumains), les créatures en question sont des humanoïdes dont les pouvoirs n'ont rien de surnaturels. Découvertes par hasard par un professeur d'anthropologie nazi, en 1943, elles sont seulement un peu plus haut sur l'échelle de l'évolution (le titre du second tome)... Et leur but est simplement d'accélérer le processus d'autodestruction que la race humaine a engagé depuis quelques millénaires... pour prendre notre place. Certains des premiers épisodes de cette trépidante aventure ne sont pas sans rappeler les théories du philosophe américain Daniel Quinn (l'auteur d'un fabuleux livre intitulé Ishmaël...). Mais ces premiers jalons posés, on revient très vite à l'action, dans le plus style du thriller à l'américaine. Et ça fonctionne plutôt pas mal puisqu'on ne voit pas le temps passer. Certes, on n'est pas là dans la BD "d'auteur" comme IDDBD vous en a souvent présenté, mais bon, de temps en temps, on peut aussi juste se détendre en jouant à se faire (un tout petit peu) peur, non ? NB : Marie-Paule Alluard, la coloriste, a aussi mis en couleur la série Dixie Road... Et Stephen Desberg est également le scénariste d'IR$... A visiter (impérativement) : pour en savoir plus sur Rafales, furetez sur rafales.lelombard.com A lire : 16 planches du premier tome de Rafales sur readbox.com

Comix Remix

(scénario et dessin d'Hervé Bourhis, collection Expresso, éditions Dupuis) Comix Remix est aux histoires de super-héros (style Marvel et compagnie) ce que Lincoln est au western et, surtout, ce que les séries polymorphes Donjon (des compères Sfar et Trondheim aux scénarios) sont à l'héroïc-fantasy : une parodie, certes comique, mais aussi intelligente et plus profonde qu'il n'y paraît au départ. Toute capes dehors, nous voilà donc projeté à Towerville (clone de New-York, Gotham City, Metropolis...), gigantesque cité moderne peuplée de grattes-ciel, où les super-héros, réunis au sein de la Corporation, assurent l'ordre et la justice. Enfin, en apparence... car depuis que leur chef, Miss Honolulu (un improbable croisement de Jean-Pierre Coffe - pour la tête et le haut du corps - et de Liza Minelli - pour les jambes), leur a permis d'apparaître dans des publicités pour des shampoings, des pizzas et autres produits de consommation courante (lessives, cola...), rien ne semble plus tourner très rond. Les bons ne paraissent plus aussi bons au fil des pages, et les soi-disant méchants, les super-héros de l'organisation secrète des Clandestins, ne semblent pas animés des intentions démoniaques que leur prête Miss Honolulu. Aussi, lorsque le plus emblématique des super-héros de la Corporation, Mister Mercure, meure, l'équilibre de Towerville bascule et chacun des personnages montre progressivement son vrai visage (un comble pour des super-héros masqués !)... Comix Remix est réjouissant à plus d'un titre. D'abord le dessin d'Hervé Bourhis qui peut rebuter les fidèles lecteurs de Tintin. Les autres (dont les fidèles lecteurs d'IDDBD) auront compris qu'on est là en présence d'un trait expressif, fort, grâce auquel Hervé Bourhis peut exprimer en quelques lignes les sentiments, les émotions, la psychologie de ses personnages, sans rien retirer à l'action. Car de l'action, il y en a ! Le rythme de l'histoire est soutenu tout en laissant de la place à la réflexion sur des questions aussi diverses que profondes (c'est quoi un être humain, devons-nous tous être identiques, sommes-nous manipulés par ceux qui se présentent comme les représentants de l'ordre et de la justice ? etc, etc), le tout avec le sourire et la légèreté de la parodie jouissive. Et, ô joie, le deuxième tome ne démérite pas comparé au premier : il approndit encore l'histoire et les personnages sur le même rythme et la même intelligence que le premier, faisant la part belle à l'héritier de Mister Mercure, le jeune John-John (évidemment), et à la (de plus plus) démente Miss Honolulu... Au fait, les couleurs, qui participent totalement à l'ambiance de la série, sont d'Albertine Ralenti dont IDDBD vous a déjà parlé et vous parlera très prochainement à l'occasion d'une interview exclusive ! A visiter : le mini-site de la collection Expresso consacré aux deux tomes de Comix Remix ("Feu Mister Mercure" et "La république des Monstres") A voir : l'exposition sur Bulledair.com, également consacrée à Comix Remix A farfouiller : le site d'Hervé Bourhis L'info du jour Le deuxième tome de Serge le hamster de l'enfer (tout droit sorti des antres de Carabas) sort prochainement. Surveillez les bacs de vos libraires ! Quoi ? Vous ne savez pas qui est Serge le hamster de l'enfer ? Allez donc faire un tour par (pitch + extraits) en attendant la chronique à venir d'IDDBD...

Troubles fêtes

(scénario de Rose Le Guirec, dessin de Régis Loisel, éditions Les Humanoïdes Associés) Bon, ces derniers jours, IDDBD vous a fait peur (Je suis légion) et vous a fait réfléchir (La gloire d'Albert). Et si on se détendait un peu ? Et quoi de mieux, pour se détendre, qu'une petite fête ? Et quand elle est dessinée par Loisel, c'est nous qui y sommes, à la fête ! Mais bien sûr, vous connaissez tous l'ami Loisel, soit par le biais de La quête de l'oiseau du temps, soit par le biais de Peter Pan ou, plus récemment, par Magasin Général, cette douce chronique québecoise... Avec Troubles fêtes, vous risquez d'être légèrement surpris. Et encore, lorsque je dis "légèrement", c'est plutôt du lourd (en terme de qualité...) auquel on a affaire ici. Loisel y illustre magistralement trois contes érotiques mis en mots par une Rose Le Guirec inspirée qui nous ferait presque rougir. Et l'on se prend à rêvasser de ces fêtes tour à tour mythique, médiévale et carnavalesque en s'imaginant centaure, paladin et maître de cérémonie. Bref, pour vous déstresser en ce printanier week-end, rien de tel que ce troublant Troubles fêtes... A voir : un extrait de Troubles fêtes

La Gloire d’Albert / L’info du jour

(scénario et dessin d'Etienne Davodeau, éditions Delcourt) Il y a des auteurs qui, l'air de rien, collent - non pas à l'actualité immédiate - mais à la réalité sociale. Mais la justesse de leur propos, leur acuité intellectuelle et leur sensibilité sociale font qu'à un moment ou à un autre, leur oeuvre permet d'éclairer les sujets d'actualité qui nous occupent. Etienne Davodeau est de ces auteurs. Qu'il nous parle de syndicalisme, de lutte sociale ou de politique, le ton est toujours approprié et, sans être démonstratif, instructif. En cette période d'élection électorale majeure, La gloire d'Albert nous permet de nous questionner, avec subtilité, sur les motivations profondes des hommes ou des femmes pour lesquels nous nous apprêtons à voter, ainsi que sur nos propres motivations. Au travers d'une histoire qui tient plus de la nouvelle de Vautrin que du roman de Balzac, Etienne Davodeau nous livre encore une fois un petit morceau d'humanité comme il en a le secret. Car chacun peut se reconnaître dans Albert, cet homme pour qui le quotidien et l'avenir sont aussi brumeux et frustrants que les nuits. Certes Albert est marié. Il a même deux jeunes enfants. Il a un travail aussi, chez Monsieurs Jo, le gérant du magasin de bricolage du coin. Il a également une passion, le théâtre, auquel il sacrifie quelques soirées. Enfin, Albert a des idées politiques, certes un peu brumeuses, un peu frustrantes, comme sa vie, mais il a des idées. Des idées extrémistes pour tout dire, celles du parti "Traditions et Convictions". Et lorsque ses idées se confrontent à la réalité, c'est la réalité d'Albert qui dérape... Lire une histoire d'Etienne Davodeau n'est pas anodin. C'est toujours l'occasion de retrouver l'humanité qui est en nous et que l'actualité, le quotidien, nous font parfois oublier. A plus d'un titre, lire Etienne Davodeau est tout simplement salutaire. A lire : le résumé de l'album sur sceneario.com A lire : l'interview d'Etienne Davodeau dans L'Humanité A (re)lire : les chroniques d'IDDBD sur Les mauvaises gens et sur Une homme est mort L'info du jour Les éditions Paquet lancent un feuilleton BD : Cité 14 de Pierre Gabus (au scénario) et Romuald Reutimann (au dessin) ! Chaque volume sera vendu mensuellement au prix de 1 euro (non, vous ne rêvez pas !). Quand à l'histoire... vous saurez tout en allant vous balader sur le magnifique site consacré à Cité 14... Premier volume : le 26 avril 2007. Ah, dernier détail : le dessin est digne de figurer dans les meilleures galeries de CoconinoWorld. Pour moi, c'est un gage de qualité supérieure... Allez, IDDBD vous en dira plus bientôt...

NonNonBâ : Meilleur album Angoulême 2007

(scénario et dessins de Shigeru Mizuki, éditions Cornélius) Shigeru Murata (alias Mizuki) vit dans le petit village de Sakaï-Minato. Dans le japon des années 30, les enfants passent leur temps à jouer à la guerre. Mais Shigeru, lui, dessine. Ses premières histoires sont inspirées par NonNonBâ, une vieille femme pauvre, mystique et superstitieuse que sa famille a recueilli chez lui. Cette femme va lui faire découvrir le monde des Yokaï, les fantômes, esprits et autres manifestations étranges qui peuplent les campagnes et les contes japonais. Chronique d’une époque, d’une société, de croyances ancestrales du japon, de vie quotidienne, on peut qualifier NonNonBâ de chef d’œuvre. Si comme moi, vous avez rêvé en voyant Mon voisin Tottoro,  tremblez devant les esprits du Voyage de Chihiro, combattu au côté de Princesse Mononoke, bref, découvert le cinéma d’animation japonais en compagnie de Miyasaki et des esprits qui hantent ses films, alors la lecture des 400 pages de NonNonBâ est pour vous. Avec le regard d’un enfant de 10 ans, vous entrerez dans le monde des Yokaï et de Shigeru Mizuki. Au rendez-vous angoisse, rire, révolte, bref tout ce qui fait le talent et les très grands auteurs. Avec cet album, prix du meilleur album à Angoulême cette année (pour ceux qui aurait oublié), les éditions Cornélius montrent leur très grand savoir-faire. Non seulement l’adaptation est de très bonne qualité (respect total de l’œuvre originale) mais en plus, ils nous livrent toutes les explications nécessaires pour décrypter correctement les nombreuses références et ainsi prendre la pleine mesure du talent de Mizuki. Messieurs, Dames, voici ce qu’on appelle un éditeur ! Un seul mot, lisez-le, vous manqueriez quelque chose de grand. De ces albums qui marquent leur temps et leur genre. Un chef d’œuvre quoi !

Je suis légion

(scénario de Fabien Nury, dessin de John Cassaday, couleurs de Laura Depuy, éditions Les Humanoïdes Associés) Et si IDDBD vous emmenait au cinéma (ça change du restaurant !) ? Ca vous tente ? Mais rien de gnangnan (promis juré ce n'est pas encore une comédie sentimentale) ou de déjà vu (pas de western donc). Non, du vrai cinoche fantastique, de celui qui vous fait vous recroqueviller dans votre fauteuil, qui vous fait déglutir votre salive en même remps que votre pop-corn, qui vous dilatte les pupilles et fait perler la sueur sur votre front, goutte à goutte... Le titre du film, c'est Je suis légion. Le scénariste, c'est Fabien Nury, le créateur de W.E.S.T. Le cinéaste, c'est John Cassaday, un jeune dessinateur de comics américain. Attention, la lumière s'éteint. L'écran s'illumine. Vous ouvrez les premières pages de l'album et déjà votre nuque vous picotte. 1942. La seconde guerre mondiale est à un tournant mais personne ne le sait encore. Les nazis volent de succès en succès dans toute l'Europe, l'Angleterre est pilonnée par les bombardements incessants de la Lufwaffe et les Etats-Unis viennent à peine d'entrer en guerre. Dans l'ombre, loin des champs de batailles, des forces colossales sont à l'oeuvre. Et ces forces obscures ne sont pas seulement le fait des services secrets ou des réseaux clandestins. Non, deux frères ennemis, deux puissances fantastiques, deux entités aussi vieilles que le monde se cherchent et s'affrontent par le biais des humains qu'elles contrôlent à distance, chacune dans leur propre camp. Comment ? Il suffit qu'un humain reçoivent un peu du sang de ces créatures ancestrales pour qu'il devienne une marionnette entre leurs mains terrifiantes. Ces êtres, les roumains les nomment strigoï. En Occident, ils sont plus connus sous le nom de vampires ou, comme le relate l'évangile de Marc, chapitre 5, verset 9, de démons ("Alors le Seigneur s'approcha de l'homme et lui demanda son nom : "Légion", dit l'homme, "car nous sommes nombreux."). Au moment où nous les rencontrons, les nazis tentent d'utiliser l'une de ses entités qui a pris vie dans le corps d'une petite fille roumaine, Ana. En face, infiltré dans les services secrets britanniques, l'autre créature se glisse violemment de corps en corps, à la recherche de son double... Bien entendu, ses agissements laissent des traces sanglantes. Conduite par Stanley Pilgrim, une équipe d'enquêteurs hors normes (qui n'est pas sans rappeler l'équipe de W.E.S.T.) est chargée d'élucider cette série de meurtres horribles. Malheureusement (ou heureusement...), les policiers anglais ne savent pas encore à quoi ils s'exposent ni ce qu'ils s'apprêtent à affronter réellement... Je vous garantis que vous ressortirez des deux premiers tomes de Je suis légion aussi terrifiés que si vous vous étiez enfermés dans une bonne vieille salle obscure. Fabien Nury nous a - une fois de plus - concocté un scénario époustouflant (histoire, personnages...), mis en dessin par un John Cassaday à la hauteur de sa réputation. Où il est démontré - encore et toujours - qu'une bonne BD n'est pas seulement une série de petites cases dessinées. Alors quand il s'agit d'une excellente BD... Le troisième et dernier tome de Je suis légion n'est pas encore annoncé (en 2008 ?). Ca vous laisse le temps de dévorer les deux premiers... J'ai dis "dévorer" ? A découvrir : le site des éditions Les Humanoïdes Associés consacré à la série Je suis légion A voir et à entendre : l'interview de Fabien Nury sur livres.tv (trouvé grâce au site sceneario.com et à ses excellentes critiques des deux premiers tomes de Je suis légion...)

Dixie Road

(scénario de Jean Dufaux, dessin de Hugues Labiano, couleurs de Marie-Paule Alluard, éditions Dargaud) Bien sûr qu'il y a un peu des Raisins de la Colère dans Dixie Road : comment pourrait-il en aller autrement dès lors que l'on situe une action dans cette Amérique des années 30, totalement ravagée par la misère sociale et morale qui poussent les métayers, les ouvriers agricoles, les petites gens sur la route, toujours plus loin... Bien sûr qu'il y a aussi du Bonnie Parker & Clyde Barrows dans Dixie Road : face à l'insoutenable injustice des grands propriétaires terriens, le couple Jones et leur fille Dixie représentent pour les exclus du bord de la route un espoir de liberté à défaut d'être un modèle de moralité. Ils attaquent les banques (enfin, surtout Jones) mais redistribuent leur butin tout en gardant en tête l'American Way of Life vanté sur les affiches publicitaires... Mais réduire Dixie Road à un erzats de Steinbeck ou à une ressucée de Robin des Bois moderne serait passer à côté de cette BD construite comme un véritable road movie (cadrages compris), à la fois peinture sociale des USA d'avant guerre, récit initatique pour la jeune Dixie, trimballée par des parents à la recherche d'une certaine liberté, véritable (et crédible) histoire d'amour, thriller habilement rebondissant... Le scénario de Dufaux est digne de celui d'un film américain (et c'est un compliment...) et le dessin réaliste de Labiano rend parfaitement à la fois les ambiances du Sud et l'action. Allez chers lecteurs, la route est là qui vous attend... A lire : l'interview de Jean Dufaux et Hugues Labiano sur bdparadisio.com