Jacob le cafard

(scénario etdessin de Will Eisner, collection Contrebande, éditions Delcourt) Ouvrir un album de Will Eisner, c'est comme choisir un recueil de Raymond Carver sur l'étagère de sa bibliothèque, ou mettre de côté le dernier Djian pour un peu plus tard, juste pour faire durer le plaisir de s'y plonger. Ouvrir un album de Will Eisner, c'est choisir une bande dessinée en se disant que l'on en sortira sinon plus intelligent, à tout le moins plus humain, ce qui n'est déjà pas si mal et ce qui est le propre d'une véritable oeuvre d'art. Car parler d'un album de Will Eisner, c'est parler d'art mais c'est aussi parler de la vie. Réglons d'abord le sujet du dessin : il est parfaitement maîtrisé avec ce petit plus qui rend compte avec subtilité des états d'âme des personnages, plus vrai que nature, dont on partage l'intimité l'espace d'une lecture. Sur le fond, c'est toujours aussi grandiose. A partir de rien, d'existences banales qui s'entrechoquent au hasard des circonstances, Will Eisner réussit à tirer des histoires qui deviennent des mythes tant ils en appellent à cette mémoire et cette culture collective que nous appelons civilisation. Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi sommes-nous ce que nous sommes ? Pourquoi notre vie vaudrait-elle plus que celle du cafard, cet organisme vivant qui nous a précédé et qui vraisemblablement nous survivra ? Quelle est la place de D.ieu dans tout cela ? Y-a-t-il finalement un plan derrière nos vies ? Will Eisner, en bon penseur juif, se garde bien de répondre aux questions qu'il nous pose. Ces histoires ne sont là que pour nous aider à trouver nos propres réponses. Et tout ça dans une petite BD... Accessoirement, en lisant Jacob le cafard, vous en apprendrez plus sur la Grande Dépression américaine de 1929, sur la main-mise de la mafia sur les syndicats, sur la montée de l'hitlérisme en Allemagne, sur les tentatives de révolution bolchevique aux USA, sur les moyens utilisés par les banques pour flouer les petits porteurs d'actions et sur l'amour... tout ça au travers d'un épisode de la vie de Jacob Starkah, un vieux menuisier juif du Bronx ! A lire : la chronique de Sullivan sur positiverage.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *