Les Essentiels – Partie 1/4

Chose promise, chose dûe, voici la première chronique sur les "Essentiels d'Angoulême". Et pourquoi 4 alors qu'ils sont 5 ? Et bien, parce qu'IDDBD en avait déjà évoqué 1. Lupus de l'incontournable Frederik Peeters (oui je sais, je suis embêtant). Je vous laisse lire la chronique. Ca manque totalement d'objectivité mais bon... Pourquoi faire une chronique sur des albums dont tout le monde parle ou va parler ? Parce que c'est plus facile que de trouver des choses originales. Non, je plaisante. Ce sont tout simplement de très bons albums et ici, quand on aime, on en parle. Bon pour l'instant, j'avoue ne pas avoir vu Non Non bâ (le meilleur album 2007) alors je le chroniquerai (ou pas si je n'ai pas aimé) dès que possible. Pour l'instant, voici les Essentiels, partie 1 sur 4.

Black Hole (scénario et dessin de Charles Burns. Editions Delcourt. 6 tomes dans la collection Contrebande, disponible en Edition intégrale)

Dans une petite bourgade américaine des années 70, une étrange maladie fait son apparition. Baptisé la crève, elle déforme avec plus ou moins de gravité, le corps, le visage et parfois même l’esprit des adolescents. Si certains s’en sortent avec quelques boutons ou des bosses, d’autres deviennent de vrais monstres. Rob, par exemple, a une petite bouche à la base du cou.

Cette maladie transmise lors des rapports sexuelles devient rapidement un facteur de discrimination dans la petite population de la ville et les « malades » sont très rapidement mis à l’écart. Avec l’épidémie se répand la peur et bien sûr, la violence. Black Hole est un ovni. Non seulement par son incroyable et déroutant dessin en noir et blanc mais surtout pour cette histoire qui, à partir d’une métaphore, celle de la maladie qui « déforme » les corps des adolescents, traduit le malaise et le mal-être de la jeunesse américaine. S’il est difficile de passer la barrière d’un dessin beau mais terriblement cru, il n’en reste pas moins que ces albums abritent des claques (graphiques ou narratives) à chaque cases, des rebondissements toutes les deux/trois pages et une vraie profondeur sur l’ensemble de l’histoire. Bref, comme on dit à IDDBD, un vrai petit bijou. Merci encore aux éditions Delcourt pour cette magnifique édition intégrale. Bref, un Essentiel d’Angoulême à connaître, à lire, voire à acheter.

A voir : les visuels et les planches sur le site des éditions Delcourt. Ainsi que la biographie de Charles Burns A voir : le mini-site consacré à Charles Burns par son éditeur US. Toujours déconcertant !

1 an !!!!!!!

Premier anniversaire d'IDDBD ! Il y a un an, jour pour jour, ouvrait un petit blog BD : IDDBD. Des promesses de chroniques, de découvertes, d'infos... Et puis presque 300 chroniques depuis. D'abord seul (et oui ! les critiques hebdomadaires du Pr Sintès émanaient du même cerveau gravement attaqué du chroniqueur de la semaine...), puis avec David Donnat, un passionnant passionné (et érudit, et talentueux) chroniqueur BD, bibliothécaire éclairé de son état, et plus récemment encore, avec Redwan Rezzak (dont on attend quelques chroniques sur la BD aéronautique...). En feuilletant l'album de cette année, quelques BD sortent du lot, quelques chroniques aussi : Le roi des bourdons de David de Thuin, tous les Larcenet et les Sfar, les Donjons, les Blacksad, les Lincoln et tous les autres (dont Fréderick Peeters... n'est-ce pas David ?). Je me rend compte en réalité que j'ai aimé, à un titre ou à un autre, plus ou moins passionnément (mais toujours sincèrement), chacune des BD chroniquée ici, chacun des auteurs cités... Comme je vous l'ai dit récemment, IDDBD va aussi tenter de devenir un (petit) festival local de BD, en plus du blog. La route est longue et pas vraiment facile mais on s'accroche (c'est prévu pour l'été 2008 donc on a encore un peu de temps...). Mais rien ne remplace ce contact (quasi) quotidien avec les lecteurs d'IDDBD, dont le nombre à triplé en un an. Merci à vous, merci aux auteurs, aux éditeurs et à tous les passionnés de BD...

Moins d’un quart de seconde pour vivre

(8 cases de Jean-Christophe Menu, 100 strips de Lewis Trondheim, L’association, collection Eperluette,1990, 1996 (réédition) ).

En 1990, JC Menu dessine quatre cases pour Lewis Trondheim. Ce dernier réalise alors 20 strips de 4 cases en réorganisant l’ordre de ces dernières et en ajoutant du texte. Puis trouvant le nombre de combinaisons trop faible, Trondheim demande à Menu de réaliser 4 cases supplémentaires. Avec 8 cases, il réalise 100 strips et l’une des toutes premières BD à contrainte volontaire artistique. Moins d’un quart de seconde pour vivre fut plus tard qualifié d’Oubapienne par anticipation. Oubapienne ? Kézaco ?

Et bien ceux qui n’ont pas dormi en cours de lettres, connaissent sans doute l’OULIPO, l’ouvroir de littérature potentielle, fondé (entre autres) par Raymond Queneau (Exercices de style, Zazie dans le métro). Le principe étant de se donner des contraintes pour réaliser une œuvre. En 1992, l’OUBAPO est créé sur le même principe : expérimenter de nouvelles façons de lire et de faire de la BD. Toujours visionnaires et curieux, Trondheim et Menu offrent une œuvre déroutante et forcément brillante à leurs lecteurs, un pur exercice de style ! Si la répétition des cases peut gêner au départ, on entre rapidement dans cette multitude de petites histoires qui finissent par former un ensemble cohérent ! C’est terrible le talent. En tout cas, Moins d’un quart de seconde pour vivre est à lire pour au moins deux raisons : la première étant que c’est un bon album, la seconde pour son importance dans l’histoire de la BD contemporaine. A lire : quelques explications sur l’Oubapo sur wikipedia A découvrir : la page dédiée à l’Oubapo sur le site du CNBDI (avec pleins de liens intéressants ! )

L’info du jour

L'info du jour Deux petites choses en passant, comme ça : 1 - L'index d'IDDBD est enfin à jour. Vous y trouverez tous les sujets dont IDDBD a parlé depuis le 31 janvier 2006. Le lien est situé dans la colonne de droite, sous les archives, l'album photo et le contact... 2 - Suite à l'amical message de Baywin, je vous invite à aller faire un tour sur ce site exceptionnel. Enfin, pour ceux que les illustrateurs, graphistes et dessinateurs de talent intéressent ! Et Baywin, c'est là...

Palmarès d’Angoulême 2007

Angoulême s’achève ce soir avec l’annonce du grand prix et donc du futur président. Mais déjà les prix ont été distribués. Cette année, c’est un manga (d’auteur), NonNonbâ de Shigeru Mizuki qui gagne le prix du meilleur album (que je n’ai pas encore lu… désolé). On entend déjà les grincements de dents des ultras de la BD franco-belge ! Personnellement, je suis plutôt content, ça permettra de voir le manga sous un œil nouveau et peut-être de permettre à certains de franchir le pas !

Mais je suis surtout heureux de retrouver Black Hole de Charles Burns, Lupus de Frederik Peeters (enfin récompensé !), Pourquoi j’ai tué Pierre d’Olivier Ka et Alfred, Lucille de Ludovic Debeurme et Le Photographe d’Emmanuel Guibert dans le palmarès des Essentiels d’Angoulême. Franchement, elles font sans doute parti des cinq meilleurs BD de cette année (enfin, Black Hole est une réedition mais ce n’est pas grave) !

Plusieurs de ces BD ont été déjà chroniqué dans IDDBD (nous avons du nez parfois !), pour les autres rendez-vous dans ces prochains jours !

Pour retrouver les prix c’est sur la page officielle !

Le chat du rabbin T5 : Jérusalem d’Afrique

(scénario et dessin de Joann Sfar, Collection Poisson Pilote, éditions Dargaud) IDDBD est toujours intimidé lorsqu'il s'attaque à la chronique d'un album de Joann Sfar. Les commentaires de son oeuvre paraissent soudain tellement dérisoires, insipides au regard de l'intelligence et de la profondeur de cet auteur que je me pose à chaque fois la question de savoir s'il est bien utile de le chroniquer. Les fans de Joann Sfar sont déjà convaincus du bien-fondé de le lire et de le relire... Les autres finiront bien un jour ou l'autre par tomber sur l'une de ces nombreuses publications... Alors ? Alors, comme vous avez déjà pu le lire sur IDDBD, il vous faut absolument découvrir cet auteur dont la finesse d'esprit n'a d'égal que le talent de dessinateur, de scénariste, de raconteur d'histoires... d'humaniste. Dans ce cinquième tome de la série Le chat du rabbin, Joann Sfar nous en fait encore la brillante démonstration. L'album est long (80 pages pour l'édition normale, 168 pour l'édition en noir et blanc incluant des crayonnés...) et c'est déjà un premier bonheur celui de rester un peu plus longtemps que d'habitude avec le chat, son rabbin et ses compagnons de route. L'album est aussi un merveilleux voyage à travers l'Afrique des années 30, un voyage "anti-Tintin" (on croise d'ailleurs la route du jeune reporter...) qui nous fait abandonner peu à peu notre vision d'homme occidental pour adopter celle d'un être humain, tout simplement (bien que ce chemin ne soit pas si simple que cela finalement). L'album est aussi une formidable occasion de cotoyer tellement de personnages attachants et de participer à une aventure épique. Alors... encore une fois, Joann Sfar réussit le tour de force de nous émerveiller, de nous séduire, de nous faire sourire et rire, de nous faire réfléchir sans jamais nous assomer de discours pontifiants et pompeux. Il est à la fois aussi malin et fin que son chat, et aussi humain et bon que son rabbin... C'est aussi pour cela qu'on l'aime. A (re)lire : la chronique d'IDDBD sur les précédents tomes A voir : quelques planches sur le site de la collection Poisson Pilote

Plageman : l’homme-plage

(2 tomes, scénario et dessin de Bouzard, 6 pieds sous terre, 1997-2000)

Tremblez vacanciers ! La plage n'est plus ce lieu de débauche où les beaufs en maillot peuvent se répandre ! Tremblez car voici PLAGEMAN, l'homme plage ! Avec son fidèle Pennak et Kingfish (l'homme-poisson), vêtu d’une cape/couverture de plage, d’un masque/ballon de beach volley et d’un slip de bain, Plageman tente (et échoue très régulièrement) de faire régner la paix et la justice !

Bouzard est égal à lui-même dans ces deux albums: humour décalé, absurde voire franchement déjanté. Il s’approprie et assassine les superhéros et les codes du genre. A l’origine publié dans la revue Jade entre 1997 et 2000 (revue de 6 pieds sous terre) ces deux albums regroupent des petites histoires (les origines, la rencontre avec Pennak, avec KingFish...). On peut donc faire des pauses dans la lecture ce qui, parfois, n'est pas de trop !

Mais, comme dans Le club des quatre, The Autobiography of me too ou Coin-Coin, l'homme manchot empereur, Bouzard fait preuve (encore) d'un formidable talent d'humoriste-décalé (un peu à la Gotlib à son époque) ! A lire, la petite histoire à la fin du second album où il se met lui-même en scène (Bouzard ou Je veux être un artiste !).

Déjanté et très drôle !

A lire : la présentation sur pastis.org (le site de 6 pieds sous terre)

A lire : si vous l'avez raté, la coupe du monde de football vu par Bouzard !

A lire : sa bio sur Wikipedia