Pilules bleues

(scénario et dessin de Frederik Peeters,  collection Flegme, éditions Atrabile, 2001)

Ca aurait pu être une simple histoire d‘amour. Nous sommes à Genève, un auteur de bande dessinée entre dans la vie d’une femme et de son fils. Mais voilà, les pilules bleues compliquent tout. Chaque jour, pour l’enfant et sa mère, cette toxicomanie vitale rappelle la réalité : celle du sida.

Oula ! Pas drôle IDDBD aujourd’hui ! Oui mais attendez, je parle de Frederik Peeters là ! Et pour évoquer cet auteur, j’ai choisi de vous résumer l’un de ses plus beaux albums. Pilules bleues constitue sa première incursion dans le genre autobiographique. Sur 200 pages, il pose la complexité des relations humaines. L’intimité, la sexualité, la maladie et les angoisses résultantes sont abordées avec simplicité et parfois humour. Avec son trait épais en noir et blanc, Frederik Peeters croque simplement la vie : le sourire des amants, le visage d’une mère inquiète, les yeux globuleux d’un enfant accroché à son biberon de lait. Rien de spectaculaire mais il est difficile de rester de marbre face à ce récit mené avec autant d’intelligence. Une vraie réflexion sur la vie et une vraie claque à la première lecture.

Je ne cacherais pas que, pour moi (et j’assumerai mon opinion), Frederik Peeters est l’un des auteurs de BD les plus doué et important de sa génération. A vrai dire, si je devais le comparer à d’autres, il aurait l’intelligence narrative d’un Trondheim et la puissance évocatrice d’un Blutch. Oui, j’ai dit que j’assumerai ! Malgré le flot de nouveautés, c’est quand même assez rare de fermer une BD et de se sentir plus intelligent. A ce niveau-là, on est loin des stéréotypes héroïques et gonflés d’hormones des grandes sagas médiévales fantastiques ou des super-héros-milliardaires bondissants (pour reprendre une expression de Larcenet), on lit de la bande dessinée (je n’ai pas mieux comme compliment).

Je n’aime pas affirmer des évidences ainsi, je vous laisse lire ce petit passage (pp 82-83) :

De toutes les fois où j’ai pu aimer, je n’ai jamais ressenti de réelle admiration. Je ne parle surtout pas de fascination, ou de vénération, mais de cette admiration qui inspire le respect comme quand quelqu’un accomplit quelque chose dont on reconnaît, avec une moue de la bouche et un hochement de tête, qu’on en serait soi-même incapable…de cette admiration qui donne de la joie et l’envie d’offrir son aide… A la longue, j’ai réussi à me débarrasser définitivement de la moindre trace de pitié que je trimbalais comme un caillou dans ma chaussure.

A vous de juger.

A lire aussi, Koma (4 tomes) aux Humanos avec Pierre Wazem, Lupus (4 tomes) chez Atrabile qui fera sans doute l’objet d’une chronique à venir et Constellation chez L’association

A lire : l’interview de Frederik Peeters chez sceneario.com

A voir : l’ancien site de Frederik Peeters (il a fermé mais l’animation vaut quand même le coup d’œil)

2 réflexions sur “ Pilules bleues ”

  1. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=5dff124361f836c7cdc04ff6daf680a5&size=40"&gt; c'est évident que tu fais bien d'assumer tes propos sur Peeters, et même je te soutiens dans ce que tu avances. C'est un auteur d'une grande qualité. Quelle justesse dans ses récits. Bref, je ne vois rien à rajouter, juste un petit comm au passage. Ce qui me plait dans cet album, mais on en a déjà parlé je crois, c'est la manière qu'il a utilisée pour traiter du Sida. Sans le diaboliser, sans dramatiser. Le ton est juste et nous amène tout simplement à une réflexion intéressante. Rarement, j'ai eu l'occasion de lire un ouvrage aussi pertinent qui traite du Sida.

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