Lupus

(scénario et dessin de Frederik Peeters, 4 tomes, éditions Atrabile)

Avertissement : à ceux qui aiment le confort du 48cc (album 48 pages cartonnés couleurs), qui aiment voir la tronche des méchants, qui ne supportent pas les non-dits, qui militent pour une BD bourrée de héros, des scénarios speed et conformes à leurs attentes… et bien passez votre chemin. Lupus n’est pas pour vous. Pour ceux qui sont encore là, bravo et bienvenus (à nouveau) dans le monde de Frederik Peeters.

Je n’avais pas caché dans la chronique de Pilules Bleues ma totale admiration pour cet auteur, sans doute l’un des plus doués de sa génération. Je pourrais faire un copier/coller de la chronique précédente mais il y a encore pas mal de chose à dire. Donc voici Lupus, une série (achevé) en 4 tomes d’une centaine de pages chacun, nominé 2 fois à Angoulême pour le prix de la meilleure série (qu’elle n’a jamais obtenu mais bon Lapinot et Blacksad ça s’appelle de la concurrence !).

Pour l’histoire, Lupus vient de terminer ses études d’entomologie, Tony vient de se faire virer de l’armée pour on ne sait quelle histoire. Tous les deux s’offrent une année sabbatique en voyageant à travers l’univers [PS : pour ceux qui n’aiment pas la SF, pas d’inquiétude elle n’est qu’anecdotique] bien décidé à découvrir tous les bons coins de pêche mais aussi (et surtout) à absorber toutes les substances illicites leur tombant sous la main. Mais voilà, un jour dans un bar de la planète Norad, ils rencontrent Saana, une jeune femme paumée qui leur demande de l’aider à partir… où plutôt à s’enfuir. Voilà, trop en dire serait gâcher les nombreux rebondissements du scénario mais pour résumer la suite, je citerai juste une phrase du premier album : "Voilà comment cette fille, sortie de nulle part, réussit en une poignée de jours à renverser mon axe de rotation, faisant de ma vie un bordel innommable…". Vous êtes prévenu.

Ca pourrait être une histoire classique, celle d’un road-movie intergalactique un peu gnan-gnan et déjà vu… D’ailleurs ça commence ainsi. Oui mais voilà, très vite, on sent un traitement différent à cette histoire. Le dessin déjà, toujours au trait noir et épais, gagne en rondeur et en volute étrange (à la David B.) sans doute lié aux pensées et aux excès de psychotropes des personnages. Car, et c’est là qu’apparaît la subtilité, nous ne sommes pas dans une histoire à la troisième personne mais bien dans la tête du personnage principal. Conséquence immédiate de cette position, tout ce qui lui échappe nous échappe également et ça, c’est déconcertant ! Dans un monde où toutes les énigmes doivent avoir leur solution à grande vitesse, Frederik Peeters nous laisse le temps de nous interroger sur le quotidien, le passé et l’avenir de ses personnages et de leurs relations. Lupus est un jeune homme brillant. Nous sommes dans sa tête à une époque où il hésite, se cherche : le passage à l’âge adulte quoi ! D’où des milliers de questions à la fois dans et autour de la série. Ce récit est-il initiatique ? Lupus est-il un héros ou seulement une personne simple aspirant à une vie simple ? Ici encore, pas de réponses toutes faites, seulement les évènements d’une série qui conjugue SF, road-movie, huis-clos, contemplations, politique, psychanalyse et thriller avec talent, imagination débordante (le T-shirt à slogan réactif…) et encore du talent. Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains des personnes qui considèrent encore les petits mickeys comme de la sous-culture. Lupus c’est 400 pages magiques de neurones en ébullition ! Euh… ça c’est le genre de conclusion qui ne donne pas envie de lire. Pas grave, vous étiez avertis !

5 réflexions au sujet de « Lupus »

  1. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=5dff124361f836c7cdc04ff6daf680a5&size=40"&gt; oui effectivement, moi aussi je me suis attaché à cet adulescent qui mûri sous nos yeux en l'espace de 4 tomes. Impressionnant. Après je n'ai pas eu l'impression que des choses nous échappaient, parce que je me suis raccroché au personnages secondaires qui gravitent autour de lui. Même Saana, aussi fragile soit-elle, je la trouve très soutenante pour lui, tout comme ce petit vieux dont j'ai oublié le nom et que l'on découvre au second tome. Plusieurs rites de passages pour Lupus, un par tome, c'est que que j'avais décodé à mon petit niveau. L'utilisation des symboliques est très forte dans cette série je trouve. Beaucoup de choses sont suggérées… bref, je ne vais pas refaire une chro ^^ Cela me conforte de toute façon dans le parallèle avec Pilules bleues

  2. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=c9471dcc6ce724a98bd6f01a1267323c&size=40"&gt; La richesse d'une oeuvre en général n'est pas dû qu'aux personnages principaux. Les idées dans Lupus, les seconds rôles ((Argance il me semble pour le petit vieux) et les symboliques sont nombreuses et très riches effectivement.Pour les choses qui nous échappent, avec le recul et les relectures, tu as raison. En fait, c'est un choix narratifs, celui de ne pas sortir de la tête de Lupus, qui nous oblige (ou pas d'ailleurs, on peut tout à fait suivre le cours de choses) à "analyser" le rapport qu'il a aux autres. Finalement, c'est une roman (graphique) d'apprentissage tant il se nourrit de ces rencontres.Saana est également un adulescente. Mais elle murît (obligé vue la situation) plus vite (comme souvent avec les filles) que lui.L'affrontement final n'est pas celui que l'on croit finalement, c'est une histoire de paternité.

  3. <img class="gravatar" src="http://www.gravatar.com/avatar.php?gravatar_id=5dff124361f836c7cdc04ff6daf680a5&size=40"&gt; oui, enfin vu les circonstances, il n'était pas obligé d'y faire face non plus. Lupus se vit un peu comme un symptome dans une bonne partie de la série (d'ailleurs le choix de lui donner ce prénom me conforte dans mon idée). Mais c'est vrai que la touche Peeters apporte aux thèmes de Lupus (SF, quete d'identité), un petit plus qu'on ne voit que rarement chez les autres auteurs

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