Le voyage en Italie

(scénario et dessin de Cosey, collection Aire Libre, éditions Dupuis, 2 tomes et version intégrale) Cette BD est l'une des premières que m'a fait découvrir Manu, l'ami qui m'a initié au 9ème art. J'ai alors découvert que la bande dessinée ne se résumait pas à des banquets de gaulois, à de pauvres cow-boys solitaires poursuivant quatre bandits crétins ou à un éternellement jeune reporter à houpette. Non, la BD savait aussi parler d'histoires d'hommes, de femmes et d'enfants qui pouvait vous toucher autant qu'aurait su le faire un roman ou un film. Le voyage en Italie de Cosey appartient à cette catégorie. Certes, le dessin peut paraître un peu daté, un peu classique mais le fond est là. Une narration intelligente, des personnages crédibles, des sentiments vrais... Et l'on se laisse emporter sans difficulté par ces amis d'enfance - Arthur, Ian et Shirley - qui se retrouvent quinze ans après le drame qui les a à la fois uni et séparé. Chacun essaie de racheter la faute qu'il pense avoir commise. Mais peut-on remonter le temps ? Kéo, la petite cambodgienne au coeur des retrouvailles suffira-t-elle à réunir ces trois âmes blessées ? En tout cas, la délicatesse et le talent de Cosey suffisent déjà à faire notre bonheur de lecteur. Quant aux personnages... Le voyage en Italie est un classique, un diptyque culte, un incontournable pour tous ceux qui veulent dépasser les clichés habituellement attachés à la BD. Pour ceux qui savent déjà, c'est toujours un plaisir de retrouver de vieux amis... Salut, et merci Manu... A lire : la critique de François sur du9.org

Clichés : Beyrouth 1990

(textes de Bruno et Sylvain Ricard, dessin de Christophe Gaultier, collection Tohu-Bohu, éditions Les humanoïdes associés, 2004)

Depuis plusieurs années, on voit fleurir de nombreuses BD de « reportages » : Le photographe de Guibert ou Les mauvaises gens d’Etienne Davodeau en sont les exemples les plus récemment reconnues. Au ton juste, elles apportent souvent un regard différent sur les événements. Ainsi, la BD prend le visage d’un média d’investigation. Clichés : Beyrouth 1990 fait partie de ce courant là.

En 1990, Bruno et Sylvain, deux jeunes parisiens, partent voir leur tante qui travaille à Beyrouth pour la Croix-Rouge. Emportant des produits de première nécessité, ils souhaitent profiter du voyage pour faire du tourisme dans un Liban déchiré par la guerre. Mais ces deux jeunes gens ne tarderont pas à prendre la pleine mesure des événements. Quatorze ans plus tard, ils évoquent leur « odyssée » libanaise, leurs rencontres, leurs amitiés, leurs peines et la peur au coin des rues. Deux mois d’un voyage qui les aura changés. Une fois revenu en France, aucun journal ne souhaitera publier leur témoignage… Pas de commentaire.

Deux après la sortie de cette BD, seize ans après leur voyage, l’actualité rattrape le récit de cet album très bien écrit et dont les témoignages sont, tout en restant sobre, d’une très grande force. Loin de tomber dans le misérabilisme, cette BD tente, avec la plus grande objectivité possible d’apporter un témoignage sur la réalité du Liban de cette époque. Pour des générations comme la mienne, trop jeune en 1990 pour comprendre la pleine mesure des événements, elle se révèle utile et importante.

Si la bande dessinée peut régulièrement apporter une pierre de cette qualité à l’édifice de l’information, alors qu’elle ne se gêne pas !

Le Bib de Poissy

A découvrir : le blog de Sylvain Ricard

A voir : deux pages sur le site de la FNAC

Alim le tanneur

(scénario de Wilfrid Lupano, dessin et couleurs de Virginie Augustin et Geneviève Penloup (couleur), 2 tomes parus, collection Terres de Légendes, éditions Delcourt)

  Pour la 200ème chronique d'IDDBD (depuis le 31 janvier 2006), le Bib de Poissy nous fait le plaisir de partager un de ses coups de coeur. Et croyez-moi (je parle d'expérience...), un coup de coeur du Bib de Poissy (nous autorisera-t-il un jour à donner son vrai nom ?), ça ne se refuse pas. Alors toi aussi, fais-nous confiance et va chercher bonheur...

Quel bonheur de tomber sur des bandes dessinées fraîches renouvelant des genres un peu trop usés comme l’heroic-fantasy. Alim le tanneur est un grand coup de cœur trouvé au détour du hasard (merci Maman !).

L’histoire la voici :

« Dans l’empire de Jesameth, être un hors caste, c’est ne pas être tout à fait un homme. Alim est de ceux-là. Tanneur de profession, il a la charge de recycler les corps sans vie des sirènes tueuses qui viennent s’échouer sur les plages de la cité impériale. Mais le destin redistribue parfois les rôles. Un soir pas comme les autres, l’océan vient confier au plus humble des hommes le plus grand des secrets » (4e de couverture du tome 1)

Dans un monde au carrefour des civilisations indiennes et moyen-orientales, l’histoire de ce petit homme confronté aux méandres du destin et au fanatisme religieux est une vraie réussite. Partant d’un  postulat assez simple et classique, le petit qui ne demande rien à personne trouvant par hasard des objets qui pourraient changer la face du monde, le scénario n’est que rebondissements et surprises agréables. Le plus fort étant sans doute, les relations entre les personnages (Alim, Bul sa fille, Pépé et Soubyr, le moine-soldat) et surtout la terrible description du fanatisme religieux. En harmonie avec le scénario, les couleurs chaudes et le dessin sont tout a fait splendide (Bul est véritablement craquante) et donne toute sa profondeur à cette histoire réussie. J’insiste sur le magnifique travail de mise en couleur.

Malheureusement, je n’ai pas lu le tome 2 (honte à moi). Donc je n’en dirai rien.

Bref, pour ceux qui en ont marre des séries clones d’heroic-fantasy et qui cherche une lecture agréable… C’est pour vous ! Un bonheur !

A découvrir : le coup de projo sur la série dans BD’Gest

Les infos du jour

En furetant par ci par là , j'ai trouvé - sur le site les Murmures du Donjon (indispensable pour qui veut se tenir informé de la série créée par Sfar et Trondheim) - une très bonne interview de Kerascoët (les dessinateurs de Donjon Crépuscule, Marie Pommepuy et Sébastien Cosset dont IDDBD vous  avait déjà parlé de Kerascoët lors de la sortie de leur album (vraiment) perso, La vierge au bordel...). Je vous rapelle que le n° 105 de Donjon Crépuscule (intitulé Les Nouveaux Centurions) sort le 4 octobre prochain... Une nouvelle série arrive le 4 octobre 2006, portée par les Vents d'Ouest : c'est Nekan 2024 (scénario de Patrice Poissonnet, dessin de Francis Gardiol). Du manga à la française (ce n'est absolument pas péjoratif) qui a l'air pas mal du tout. A suivre... En attendant, vous pouvez visiter le site des auteurs et lire la fiche-album sur le site des éditions Vents d'Ouest... Un nouveau Will Eisner (l'un des maîtres historiques de la BD contemporaine, aujourd'hui décédé...) paraîtra, le 18 octobre prochain, aux éditions Delcourt : Jacob le Cafard. A ne rater sous aucun prétexte ! En attendant, lisez la fiche-album (et donc le pitch) sur le site de Delcourt. Nous saluons (peut-être un peu tard...) le nouveau site créé par Dargaud pour l'excellente série Le Marquis d'Anaon (de Matthieu Bonhomme au dessin et Fabien Vehlman au scénario). IDDBD vous a chroniqué les trois premiers albums et annoncé le quatrième à découvrir absolument.

Mélodie au crépuscule

(scénario et dessin de Renaud Dillies, couleurs de Christophe Bouchard, collection Blandice, éditions Paquet) Il y a longtemps qu'une BD ne m'avait autant ému : Mélodie au crépuscule est un petit bijou d'émotion. Je sais, les mauvaises langues diront qu'IDDBD aime bien les "petits bijoux" (c'est un tic de rédaction qui revient régulièrement dans les chroniques) mais je vous assure qu'au cas particulier, l'expression n'est pas galvaudée... Qu'il s'agisse de l'histoire ou du dessin, cet album est tout simplement magnifique. Et si Renaud Dillies utilise toujours sa présentation "en gauffre" (deux cases horizontales et trois verticales), qu'elle inventivité dans les dessins (dont certains en pleine page ) ! Le trait est encore plus libre et plus lisible que dans Betty Blues et (peut-être) visuellement plus rythmé (il y a plus de mouvements de caméras, plus d'effets...). Bref, graphiquement, Mélodie au crépuscule devrait vous ravir. Quant au scénario, il est d'une poésie et d'une sensibilité comme peu d'auteurs en BD savent les retranscrire (ahhh, non mais ! quand on aime à IDDBD, on aime !). Bien sûr, comme dans Betty Blues, il y a encore un volatile qui se fait larguer par sa fiancée (qui choisit cette fois-ci un taureau et non pas un gros chat...), il y a encore de la musique, des cigarettes (juste pour les effets de fumée...) et la magie de l'univers de Renaud Dillies qui réussit le tour de force de nous immerger totalement dans son dessin et sa musique (je vous assure que l'on finit par l'entendre sa musique...). Il y a du Tim Burton et du Chagall chez cet artiste... Et puis, il y a cette extraordinaire amitié (le coeur de l'album) entre Scipion Nisimov (le volatile) et Tchavolo Naguine, un matou gitan. Une amitié comme on rêve tous d'en rencontrer dans sa vie. De celles qui parfois en changent le cours... Merci Renaud. A lire : la fiche de l'album, rédigée par Renaud Dillies sur le site des éditions Paquet, ainsi qu'un extrait L'info du jour Si je vous demande le rapport entre Mélodie au crépuscule et Betty Blues, vous me répondrez immédiatement qu'il s'agit de deux (superbes) albums de Renaud Dillies et vous aurez raison... Si je vous demande maintenant le lien entre ces deux (superbes) albums et Big Bill est mort d'Antunes et Taborda, vous me répondrez (peut-être...) que ces petits bijoux de la BD sont publiés chez Paquet. Là aussi vous aurez raison mais votre réponse serait incomplète. Le lien entre ces albums, c'est la (superbe) collection Blandice des éditions Paquet. Pourquoi vous en parler ? Juste pour le coup de pub ? Ca va pas non ! C'est juste parce qu'IDDBD y trouve régulièrement son bonheur (et aussi, c'est vrai, parce que l'on aime bien les éditions Paquet et leur philosophie de publication...). Dans la collection Blandice, tout a commencé par Betty Blues (que j'ai connu parce que la coloriste de cet album est Anne-Claire Jouvray, l'épouse de Jérôme Jouvray le dessinateur de Lincoln...), puis il y a eu Big Bill est mort et Paradis distant d'Antunes et Taborda, suivi de Sémaphore (un super scénario, d'ailleurs récompensé à Moulins en 2006...). Et il reste encore à découvrir La guerre du Professeur Bertenev d'Alfonso Zapico, Matilda Clark d'Artur Laperla (ainsi que son Voleurs de chien), Merci Patron de Rui Lacas, La perspective Nevski de Tommy Redolfi, Souvenirs de Guillem March et Sumato de Renaud Dillies... En plus, depuis hier, pour l'achat d'un album de la collection Blandice, vous recevrez un très bel album dans lequel les auteurs de la collection se rendent mutuellement hommage... Ca dure jusqu'en octobre... Et là encore, ce n'est pas de la pub ! C'est pour vous qu'on le dit !

Le retour à la terre T.4

(scénario de Jean-Yves Ferri, dessin de Manu Larcenet, collection Poisson Pilote, éditions Dargaud) Chaque blog a sa marotte (je vous laisse découvrir celui de blog up...). Sur IDDBD, notre marotte (mascotte ?), c'est Manu Larcenet. Dès que cet auteur publie quelquechose, IDDBD se précipite et l'arrache des mains du libraire, des fois en le payant (je sais, j'ai dit la même chose de Jirô Taniguchi il y a quelques jours... et alors ? On a le droit d'avoir plusieurs marottes...). Depuis quelques mois (années ? déjà...), Manu Larcenet nous fait le bonheur de publier régulièrement un tome de sa série Le retour à la terre. Pour ceux qui ne connaissent pas, il dessine les strips imaginés par son comparse Jean-Yves Ferri qui imagine ce que pourrait être l'installation imaginaire de Manu, le banlieusard de Juvisy, dans un petit village tout droit sorti de son imagination. Des gags, des personnages hauts en couleur, de l'amour, de la tendresse, de vrais moments de vraie vie... C'est tout ça Le retour à la terre. Dans ce quatrième opus, alors qu'un véritable déluge s'abat sur les Ravenelles, que Capucine (la fille du Manu du Retour à la terre...) ne s'endort qu'en écoutant Eddy Mitchell et que monsieur Henri (un voisin...) construit un navire, Manu, au bras de son ex (au patronyme imprononçable...), croise de débonnaires Atlantes en villégiature dans la région... Délirant ? Pour sûr mon gars ! C'est ça qu'est bon ! A lire : cinq planches sur le site de la collection Poisson Pilote A (re)lire : la chronique d'IDDBD sur les trois premiers tomes

Démonax

(dessin et scénario de Fabrice Erre, éditions 6 pieds sous terre) Depuis peu, IDDBD a planté ses gaules en terre catalane, près de Perpignan. Du coup, on s'intéresse aux auteurs du coin (ça tombe bien, ils ne sont pas super nombreux...). Et parmi ces auteurs, il y a Fabrice Erre. "Et alors ?", direz-vous. Et alors, Fabrice Erre est l'auteur de Démonax, une BD (un premier album) comme on les aime ici. De l'humour (qui fait rire), de l'action (qui bouge), une histoire (qui se tient). Du plaisir et un bon moment en perspective quoi... Des fois, juste ça, ça fait du bien, non ? Et l'histoire ? Hou là ! Pour ça, il vaut mieux laisser parler le pitch des éditions 6 pieds sous terre (il faut bien qu'elles bossent pour quelque chose, non ?) : "Démonax est le plus grand bandit de l’univers. Après sa disparition mystérieuse à Paris, il est recherché par un policier fatigué de sa propre médiocrité, un journaliste belge en quête d’actions héroïques et un malfrat jaloux accompagné de toute sa bande. Nul ne se doute que Démonax est tombé aux mains d’un savant fou préparant des expériences indécentes et servant sans le savoir un obscur complot contre la République. Paris tremble ! L’insaisissable Démonax échappe toujours à la police française. Le commissaire Lepitre s’arrache les cheveux à tenter d’élaborer des plans pour capturer l’ennemi public n°1. De son côté, le jeune journaliste belge Martin arrive à Paris pour enquéter sur ce mystérieux bandit. De son côté, le terrible chef de gang Ivanovitch enrage d’être de fait, relégué à une place de vulgaire bandit de seconde zone. Il doit frapper fort pour retrouver le premier rang. De son côté, le professeur Glucol, savant vendu au plus offrant, mijote un plan infaillible pour greffer les cerveaux et parvenir à des fins pour le moins troubles. De son côté, Monsieur Oscar, Baron de Saqueressac et ministre de l’Intérieur, se voit confier par le Président la supervisation des opérations de police. Mais Monsieur Oscar semble jouer un double, voire un triple jeu... De son côté, sa Majesté aimerait bien remonter sur le trône de France... De son côté, une pulpeuse créature, en stase dans un immense tube de verre, attend d’être ramenée à la vie." A lire : sept planches de Demonax

Lupus

(scénario et dessin de Frederik Peeters, 4 tomes, éditions Atrabile)

Avertissement : à ceux qui aiment le confort du 48cc (album 48 pages cartonnés couleurs), qui aiment voir la tronche des méchants, qui ne supportent pas les non-dits, qui militent pour une BD bourrée de héros, des scénarios speed et conformes à leurs attentes… et bien passez votre chemin. Lupus n’est pas pour vous. Pour ceux qui sont encore là, bravo et bienvenus (à nouveau) dans le monde de Frederik Peeters.

Je n’avais pas caché dans la chronique de Pilules Bleues ma totale admiration pour cet auteur, sans doute l’un des plus doués de sa génération. Je pourrais faire un copier/coller de la chronique précédente mais il y a encore pas mal de chose à dire. Donc voici Lupus, une série (achevé) en 4 tomes d’une centaine de pages chacun, nominé 2 fois à Angoulême pour le prix de la meilleure série (qu’elle n’a jamais obtenu mais bon Lapinot et Blacksad ça s’appelle de la concurrence !).

Pour l’histoire, Lupus vient de terminer ses études d’entomologie, Tony vient de se faire virer de l’armée pour on ne sait quelle histoire. Tous les deux s’offrent une année sabbatique en voyageant à travers l’univers [PS : pour ceux qui n’aiment pas la SF, pas d’inquiétude elle n’est qu’anecdotique] bien décidé à découvrir tous les bons coins de pêche mais aussi (et surtout) à absorber toutes les substances illicites leur tombant sous la main. Mais voilà, un jour dans un bar de la planète Norad, ils rencontrent Saana, une jeune femme paumée qui leur demande de l’aider à partir… où plutôt à s’enfuir. Voilà, trop en dire serait gâcher les nombreux rebondissements du scénario mais pour résumer la suite, je citerai juste une phrase du premier album : "Voilà comment cette fille, sortie de nulle part, réussit en une poignée de jours à renverser mon axe de rotation, faisant de ma vie un bordel innommable…". Vous êtes prévenu.

Ca pourrait être une histoire classique, celle d’un road-movie intergalactique un peu gnan-gnan et déjà vu… D’ailleurs ça commence ainsi. Oui mais voilà, très vite, on sent un traitement différent à cette histoire. Le dessin déjà, toujours au trait noir et épais, gagne en rondeur et en volute étrange (à la David B.) sans doute lié aux pensées et aux excès de psychotropes des personnages. Car, et c’est là qu’apparaît la subtilité, nous ne sommes pas dans une histoire à la troisième personne mais bien dans la tête du personnage principal. Conséquence immédiate de cette position, tout ce qui lui échappe nous échappe également et ça, c’est déconcertant ! Dans un monde où toutes les énigmes doivent avoir leur solution à grande vitesse, Frederik Peeters nous laisse le temps de nous interroger sur le quotidien, le passé et l’avenir de ses personnages et de leurs relations. Lupus est un jeune homme brillant. Nous sommes dans sa tête à une époque où il hésite, se cherche : le passage à l’âge adulte quoi ! D’où des milliers de questions à la fois dans et autour de la série. Ce récit est-il initiatique ? Lupus est-il un héros ou seulement une personne simple aspirant à une vie simple ? Ici encore, pas de réponses toutes faites, seulement les évènements d’une série qui conjugue SF, road-movie, huis-clos, contemplations, politique, psychanalyse et thriller avec talent, imagination débordante (le T-shirt à slogan réactif…) et encore du talent. Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains des personnes qui considèrent encore les petits mickeys comme de la sous-culture. Lupus c’est 400 pages magiques de neurones en ébullition ! Euh… ça c’est le genre de conclusion qui ne donne pas envie de lire. Pas grave, vous étiez avertis !

Everyday

(scénario et dessin de Kiriko Nananan, collection Sakka, éditions Casterman, 2005)

Ah, ah, ah ! Vous croyiez que le Bib de Poissy ne s'intéressait qu'à la BD franco-belge, voire franco-française ? Que nenni ! Le voilà qui, tout de go, nous emmène en Asie...

Les préjugés tenaces sur le manga peuvent se résumer en quelques mots : culottes, armes, gros yeux, débiles… Mouais, personnellement, plus j’en lis, plus je trouve ça intéressant. Ces affirmations sont assez peu révélatrices de l’édition actuelle et versent même dans l’absurde quand on lit Everyday de Kiriko Nananan. Comme son prénom l’indique, c’est une femme. Une mangaka c’est rare, alors il faut en prendre soin et ici, comme on aime la BD (et le manga) de qualité on fait immédiatement une chronique !

Kiriko Nananan s’est fait connaître en France lors du festival d’Angoulême 2004. Son album Blue évoquait l’amour naissant de deux lycéennes. Il faut avouer que son album était assez intimiste. La multiplication de plan et de personnages ainsi que son style graphique très épuré rendait la lecture difficile. Mais passé cet obstacle, Blue se révèle être un album formidable, emprunt de douceur et évitant les écueils du voyeurisme.

Everyday, c’est la même chose moins cette difficulté d’appropriation du récit. Miho (l’héroïne) et Seiichi (son ami) vivent ensemble depuis un an et demi. Seiichi est un musicien doué mais sans travail, Miho elle, prend deux boulots pour faire face aux besoins du couple. Mais œuvrer comme hôtesse d’accueil dans un bar où circule pas mal d’argent peut parfois amener à faire des choix compliqués. Lorsque un ancien petit ami resurgit à l’improviste les choses ne s’arrangent pas !

Dans ce one-shot, Kiriko Nananan fait la chronique du quotidien de la jeunesse japonaise non pas au travers de simples clichés faciles mais par la seule vision de son héroïne. Ses pensées, ses discussions et ses rencontres sont les seuls points de vue offerts par l’auteure. Ainsi, au cours de ce récit, nous suivons Miho dans ses questionnements et dans sa quête (inconsciente) de réponses. Le quotidien est-il le bonheur ? Peut-on se sacrifier pour une personne ? Simple, pudique, touchant. La conclusion de l’album est à l’image du dessin de Kiriko Nananan : lisse, épuré, mystérieux. Il n’en fallait pas plus pour faire de ce manga une très bonne surprise.

Bonne lecture de droite à gauche !

A lire : la (belle) chronique de Benoît Richard sur benzinemag.net

Un ciel radieux

(scénario et dessin de Jirô Taniguchi, collection Ecritures, éditions Casterman) Vous savez l'amour inconditionnel d'IDDBD pour l'oeuvre de Jirô Taniguchi (si vous ne le saviez pas, voilà qui est fait...). Aussi, lorsque le maître japonnais publie en France un nouvel ouvrage, IDDBD se précipite chez son libraire préféré (en l'occurrence, "BD en Bulles" à Perpignan) et lui arrache un exemplaire de Un ciel radieux. Et lorsque cette nouveauté appartient à la collection Ecritures de Casterman, IDDBD n'hésite pas : il paye l'exemplaire de Un ciel radieux tellement il est content ! Une fois de plus (mais on ne s'en lasse pas...), Jirô Taniguchi flirte avec le fantastique mais en privilégiant toujours les sentiments humains qu'il sait nous dépeindre avec un talent magistral. Mais à quoi bon vous faire l'article : vous l'aurez compris, un nouvel album du maître japonnais est un évènement qu'il ne faut pas rater, du moins si vous aimez le style de BD dont nous aimons vous parler sur ce blog... A lire : le pitch sur bedetheque.com A lire (sur IDDBD) : les chroniques sur L'orme du Caucase, Quartier Lointain, L'homme qui marche, et Le journal de mon père