Le réducteur de vitesse

(scénario et dessin de Christophe Blain, collection Aire Libre, éditions Dupuis)

"Sur le "Belliqueux", un cuirassé à la recherche d'un sous-marin ennemi, trois matelots descendent dans la salle des machines pour échapper au mal de mer. Après des heures de déambulation dans les profondeurs du monstre d'acier, ils se trouvent face au gigantesque réducteur de vitesse. Et c'est la catastrophe. Dès lors, les trois hommes vont vivre un enfer..."

Réduire (!) l'histoire du Réducteur de vitesse à une histoire de bateaux et de matelot serait un peu court. Si vous connaissez Christophe Blain, vous savez bien qu'il ne pouvait se limiter à ça. Si vous ne le connaissez pas encore, sachez que, comme dans ses autres albums (dont Isaac le Pirate), la marine, la mer et les marins ne sont que les prétextes à des histoires profondément humaines doublées d'une technique graphique parfaitement maîtrisée même si elle n'est pas académique (IDDBD a déjà eu l'occasion de parler de la BD expressionniste vs la BD académique, précisément dans la chronique consacrée à Isaac le Pirate...). Ici, pas d'effets de dessin spectaculaires (quoique l'arrivée dans la salle du réducteur de vitesse le soit...) mais une narration parfaitement maîtrisée. Où il est prouvé, une fois de plus, que la bande dessinée contemporaine est un art majeur...

A voir et à mater : la fiche de l'album sur le site des éditions Dupuis

A lire (absolument) : l'excellent commentaire de "eirenike" sur amazon.fr. Pour vous éviter le clic fatal, le voici :

"Ce qui différencie la "nouvelle bande dessinée" (je mets des guillements, car comme le "nouveau roman", l'expression inventée par des journalistes en mal de sensation laisse entrevoir une cohérence et une homogénéité complètement fictives, tant les démarches d'auteurs aussi différents que Blain, Sfar, Guibert, David B., Rabaté ou Dupuy / Berberian sont avant tout personnelles et peu réductibles à une simple étiquette), ce qui la différencie donc de la BD disons "populaire", c'est avant tout la focalisation sur la narration. Pas d'effet spectaculaire dans les cadrages, pas de penchant vers la mise en scène cinématographique, pas de scénarios pleins de héros à la psychologie aussi épaisse d'un roman de Beigbeder, non, rien de tout ça : juste une histoire à raconter et un auteur qui se pose comme question majeure : comment raconter cette histoire au plus juste, pour que le dessin soit à son service et non l'inverse ?

En cette matière, Christophe Blain est un modèle. Certes, son dessin est nerveux, vivant et plein de finesse, certes son sens du cadrage et de la composition est évident et en fait l'un des grands espoirs de la bande dessinée d'auteur et de la BD populaire. Mais avant tout, la grande affaire de Christophe Blain, c'est la narration. Ce qu'il veut nous raconter, ce qu'il veut mettre en valeur par son dessin. Et ce qui est étonnant chez ce jeune dessinateur, c'est qu'il semble avoir absorbé tout ou grande partie de la sagesse des anciens (à commencer par Hergé, Franquin, Giraud, Jigé et Pratt) dès son premier album. "Le réducteur de vitesse" est un grand album. J'ai même envie de dire que c'est un grand livre, tellement Blain étire la bande dessinée à la frontière de la littérature et sa capacité à faire ressentir des choses aussi diverses que le temps, l'attente, l'inquiétude et le désabusement. Blain y explore avec bonheur tous ces thèmes, ainsi que celui du voyage et de la création artistique (faut-il partir pour pouvoir écrire?), thème récurrent dans son oeuvre puisque "Isaac le Pirate" traite avant tout de ces sujets. Sur plus de 80 pages, Blain parvient à intriguer, passionner et émouvoir le lecteur et à sublimer sa narration grâce à un dessin toujours juste et capable de s'enflammer le moment venue (la scène de l'incendie, étonnante ou les déformations visuelles liées au mal de mer). Bref, un vrai grand album de bande dessinée, moderne et classique en même temps. Une belle réussite !! "

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