Gen d’Hiroshima

(scénario et dessin de Keiji Nakazawa, éditions Vertige graphic) Il y a quelques semaines, IDDBD vous parlait de Maus, le témoignage en bande dessinée d'Art Spiegelman sur l'extermination des juifs par les nazis. Ce même Spiegelman a préfacé un manga japonnais, Gen d'Hiroshima, qui constitue certainement l'un des témoignages les plus poignant et terrifiant qu'il m'ait été donné de lire sur le bombardement atomique d'Hiroshima, le 6 août 1945. Certes, le trait fait débat. Les puristes regretteront le style manga des années 70 (époque de la première publication, au Japon, de Gen aux pieds nus). Des coups de poings caricaturaux (avec d'énormes bosses qui apparaissent subitement...), des postures étranges lorsque les personnages sautent de joie, etc... Mais bon, il vous faut absolument dépasser ce qui se révèle, en définitive, un atout : le décalage entre le dessin un peu naïf (ou tout au moins exagéré parfois) et le propos renforce ce dernier et amplifie le malaise qui nait de la lecture de cette oeuvre majeure (10 albums, 2700 pages en tout...). Le premier tome présente la vie de Gen, un jeune garçon de 10 ans, et sa famille à Hiroshima, durant les derniers mois de la seconde guerre mondiale. Personnellement, je n'avais jamais réalisé que si nous fêtons en Europe la fin de la guerre le 8 mai, le conflit avait duré bien au-delà au Japon. La vie des japonnais est alors misérable, surtout lorsque, comme le père de Gen, on est un pacifiste convaincu, seul au milieu d'une société hyper-militarisé. Chaque jour est une lutte pour trouver de la nourriture, ne pas se faire arrêter par la police, ne pas se faire enrôler dans l'armée pour aller mourir en martyr quelque part dans le Pacifique ou la mer de Chine... Puis vient l'explosion de la bombe atomique. L'horreur. Un flash, une chaleur intense, la dévastation du souffle puis l'incendie, les radiations, les morts et, pire que les morts, les survivants dont certains voient leur peau fondre sur eux... Gen a eu de la "chance" (si l'on peut dire) dans le terrifiant malheur qui accable Hiroshima : il n'a perdu que son père, sa soeur, son petit frère... et ses cheveux. Mais l'enfer ne fait que commencer pour les hordes de rescapés : vomissements, brûlures, malnutrition, violence, mépris et cynisme de l'armée japonnaise. Le tableau est véritablement apocalyptique et se déroule, là, sous nos yeux... Gen d'Hiroshima est, au même titre que Maus, une oeuvre essentielle. On n'en sort pas intact et le regard que l'on porte sur les Etats-Unis, le nucléaire, la guerre ne peut plus jamais être le même. Aussi, dépassez vos préjugés et lisez, lisez, lisez Gen d'Hiroshima. Ne serait-ce que pour savoir à défaut de ne pas oublier...   A lire : la chronique d'Océane Brunet sur Parutions.com  

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