Mariée par correspondance

(scénario et dessin de Mark Kalesniko, aux éditions Paquet, collection Ink Cette chronique est certainement la plus difficile que j'ai eu à écrire. J'ai l'impression d'avoir effacé mille fois mes premières phrases, d'avoir réécrit un millier de fois encore mes impressions, tout ça sans réussir à trouver les mots justes pour décrire la bouleversante beauté de Mariée par correspondance. Ce roman graphique canadien (le troisième publié par Mark Kalesniko) m'a fait l'effet d'un coup de poing. Après sa lecture, comment parler de Monty Wheeler, lâche onaniste de 39 ans, obsédé par ses fantasmes immatures d'éternel enfant, et de sa femme Kyung Seo, jeune coréenne avide de liberté, venu le rejoindre au Canada pour l'épouser après avoir été choisie sur un catalogue ? Comment décrire toute la profondeur du propos, l'intensité des émotions et des sentiments qui submergent à la fois les protagonistes et les lecteurs ? Comment dissiper ce malaise ressenti à la lecture des dernières pages, lorsqu'on prend tout à coup conscience de ce qu'a voulu nous dire Mark Kalesniko ? Alors, que dire ? Qu'il est question, dans Mariée par correspondance, de détresse morale et de renoncement. Mais attention à ne pas trop vite coller des étiquettes. Attention à ne pas se lover confortablement dans nos a priori rassurants. Bien sûr, on ressent comme une évidence la détresse morale puis le renoncement de Kyung Seo face à la cruauté égoïste de son mari. Mais la force de Mark Kalesniko est de rebattre toutes les cartes à la fin de son roman, et de nous jeter à la figure cette vérité toute simple : les apparences sont parfois trompeuses, ou tout au moins incomplètes. Sans avoir l'indécence de minimiser les douleurs de Kyung, Kalesniko nous donne à (entre)voir celles de Monty. Et même si l'on ne peut s'empêcher de mépriser cet homme, de le juger, Kalesniko nous force au moins à entendre le plaidoyer de la défense... En définitive, Mariée par correspondance est une histoire d'affrontement : celui de deux cultures, celui de deux rêves que la réalité ne peut qu'anéantir, celui de deux êtres qui ne vivent qu'à travers les fantasmes qu'ils projettent sur l'autre. Le trait de Mark Kalesniko est à l'image de son propos : violent et subtil. Là aussi, il vous demandera d'aller au-delà des apparences. Mais ensuite, quelle claque ! A lire et à voir : le pitch et un extrait sur le site des éditions Paquet A lire : l'excellente chronique de Marie sur sceneario.com, ainsi que celles, tout aussi intéressantes, d'Aurèle Wehrlin sur lafactory.com et de Cathe sur son blog Les routes de l'imaginaire. A lire : l'interview de Mark Kalesniko sur bruitdebulles.com A lire : la biographie abrégée de Mark Kalesniko sur bedetheque.com  

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