Chronique | Donjon Monsters et Crépuscule

(scénarios de Joann Sfar et Lewis Trondheim, dessins d'Andreas, Bezian, Blanquet, Blutch, Kerascoët, Killoffer, Mazan, Menu, Nine, Sfar, Trondheim, Vermot Desroches, Yoann) Au cours des précédentes semaines, nous avons exploré une bonne partie de l'univers du Donjon, en commençant l'histoire par son apogée, avec les albums des séries Donjon Zénith et Donjon Parade, puis en remontant dans le temps jusqu'avant l'émergence du Donjon, avec les albums de la série Donjon Potron-Minet. Aujourd'hui, nous clôturons notre cycle de chroniques sur ce tentaculaire univers par deux nouvelles séries : Donjon Crépuscule et Donjon Monsters. Pourquoi deux séries d'un coup ? Simple : la première décrit la lente déliquescence du Donjon et l'éclatement (au sens littéral) de Terra Amata, tandis que la seconde raconte dans chacun de ses albums, un épisode de la vie d'un personnage de l'univers Donjon. Et alors ? On y arrive : pour mieux appréhender Donjon Crépuscule, mieux vaut avoir lu les albums La carte Majeure et Le Noir Seigneur, de la série des Monsters, qui expliquent le pourquoi du comment (au moins en partie...). Autant donc parler des deux séries en une seule fois... Logique, non ? Allez, on y va... Bien, nous voici donc des années après la riante période de Zénith (et plus encore après la tourbillonante période de Potron-Minet). C'est le Crépuscule du Donjon, nommé désormais la Forteresse Noire de la Géhenne sous la férule, non plus du Gardien, mais d'un certain Grand Khan. Ce seigneur impitoyable, habité par une Entité Noire, c'est Herbert, le canard pleutre des premiers épisodes. Après avoir réussi sa quête et réuni les Objets du Destin, il est devenu ce monstre assoiffé de pouvoir et destructeur. Quant au vaillant Marvin le dragon, il est désormais faible et aveugle, et connu sous le nom de Roi Poussière. Accompagné de Pipistrelle, une chauve-souris, et Marvin Rouge, un lapin teigneux et hyper-sanguin, il doit accomplir une dernière mission pour le compte des dieux. Car Terra Amata n'est plus la charmante planète que nous avons connu. Elle s'est arrêté de tourner et ses habitants en sont réduits à vivre sur une bande de terre comprise entre un désert brûlant (carconstamment éclairé par le soleil) et une zone de nuit éternelle et glacée... Vous l'aurez compris, Donjon Crépuscule parachève l'épopée du Donjon en nous dépeignant sa déchéance. Cette série donne une dimension tragique (au sens grec du terme) à l'oeuvre. Les hommes (enfin, un canard et un vieux dragon pour l'essentiel) sont confrontés à leurs destins et à leurs natures (violence contre sagesse, pouvoir contre savoir), sous le regard des dieux (dont le rôle ne paraît pas tout à fait clair...). Le dessin de Joann Sfar ajoute encore à l'ambiance "fin de monde" de cette série qui, bien que conservant une certaine dose d'humour (souvent noir), est la plus sombre de toutes et la plus "philosophique" également (on n'en attendait pas moins de Sfar). La série Donjon Monster, quant à elle, est une suite de zooms sur les personnages secondaires du Donjon dont elle nous raconte un épisode de la vie. Ces épisodes peuvent se situer à des époques très différentes et sont tous dessinés par des auteurs différents (d'où le nombre ne noms cités dans le titre de la chronique d'aujourd'hui). Alcibiade (le médecin du Donjon) vit ainsi une aventure rocambolesque dans le Géant qui pleure alors qu'on le retrouve jeune étudiant, des années auparavant, dans La nuit du tombeur, partageant la même chambrée qu'Horous (qui deviendra le nécromancien du Donjon) et Hyacinthe de Cavallère (qui deviendra le Gardien du Donjon). Alexandra (le grand amour de Hyacinthe) nous raconte sa vie (palpitante) dans Crève-coeur, Hyacinthe rencontre Marvin le dragon et sa mère dans Mon fils le tueur... Mais mon album préféré reste tout de même du Ramdam chez les brasseurs qui met en scène Grogro, l'un des sbires du Donjon (un sbire oui, mais tellement naïf, tellement attachant !). Le dernier album publié, Des soldats d'honneur, est tout aussi excellent que les précédents mais plus dans l'esprit de Donjon Crépuscule (et que les autres Monsters de la période Crépuscule). La boucle est ainsi bouclée... au moins jusqu'au prochain album ! Merci à Joann Sfar et Lewis Trondheim (ainsi qu'à tous les dessinateurs qui ont contribué ou contribueront à l'univers Donjon) pour cette oeuvre monumentale, riche, profonde, passionnante... Vous aussi, laissez-vous emporter par le tourbillon du Donjon ! A lire : l'excellente contribution de Syd sur le forum de BD Gest A voir : les fiches des albums de la série Donjon Crépuscule et Donjon Monsters. En plus, vous pourrez découvrir quelques planches pour vous donner l'eau à la bouche... A découvrir : les murmures du Donjon. Indispensable !

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