Presque

(histoire et dessin de Manu Larcenet, aux éditions Les rêveurs de runes) Je ne connaissais pas l'album Presque de Manu Larcenet. Je l'ai pris en faisant confiance à l'un des bibliothécaires de Poissy et je ne le regrette vraiment pas... Je regrette seulement d'avoir chroniqué La ligne de front sans avoir lu Presque avant. J'aurai mieux compris les engoulevents, les gradés stupides et les angoisses du caporal Van Gogh... Je regrette aussi d'avoir chroniqué Le combat ordinaire sans connaître le Marco de Presque et la mère de Manu lui annoncer (déjà) "Je t'ai fait du poulet...". Je regrette enfin d'avoir fait mon service militaire sans trop me poser de questions et, surtout, sans colère, puisque c'est de cela dont nous parle Manu Larcenet dans Presque.

Enfin, il nous parle surtout d'enbrigadement, de violence, de perte d'identité et d'humanité, de repères et d'une journée très particulière vécue pendant les manoeuvres de fin de classes sur une base désaffectée de l'Armée de l'Air, en Lorraine, avec son compagnon Marco.

Presque n'est pas un cri anti-militariste râgeur. C'est un coup de poing visuel en même temps qu'un témoignage intime et bouleversant, calmement sussurré à votre oreille (c'est d'autant plus terrifiant). On y retrouve déjà (l'album date de 1998) tout ce qui a fait le Manu Larcenet que nous connaissons aujourd'hui... Merci au personnel de la Bibliothèque Municipale de Poissy sans qui la rencontre avec cet album essentiel ne serait pas arrivée... A lire (indispensable) : l'interview de Manu Larcenet sur du9.org (1998) A lire : les chroniques de Presque sur du9.org et coinbd.com A lire (aussi) : la bio de Manu Larcenet sur Wikipedia.org

L’âge de raison

(scénario et dessin de Matthieu Bonhomme, aux éditions Carabas, 2002) Au temps des âges farouches, un homme préhistorique blond erre de par le vaste monde après avoir été rejeté par sa tribu... Vous pensez à Rahan ? Non, le héros de Matthieu Bonhomme n'a ni coutelas en ivoire, ni collier de dents autour du cou, ni même de nom. Et pour cause : il cause pas l'hominidé. C'est sûr qu'au niveau des dialogues, il a encore du chemin à faire pour égaler Audiard. A ça, pour grogner, éructer, hurler ou fermer sa gueule d'hominidé, il se pose là le chasseur-cueilleur. Mais pour aligner deux mots, que dalle... Ah, autre différence avec Rahan, le héros de Matthieu Bonhomme ne se pose pas de questions métaphysiques transcendantales. Il ne craint pas le territoire des ombres et n'a aucune confiance en "ceux qui marchent debout" (qui avaient quand même une sacrée propension à la castagne sauvage pour piquer le gibier et la nana de leur prochain...). Pour notre héros, la vie se résume donc à chercher de la nourriture et à se reproduire. Il a donc encore un peu de chemin à parcourir avant d'atteindre l'âge de raison. Quoi ? La différence avec nous ? Heu... en plus, nous, on sait faire des blogs ? L'âge de raison de Matthieu Bonhomme est un petit bijou d'intelligence et d'humour. Avec des dialogues qui se résument à de simples onomatopées, mais avec des couleurs et un trait stupéfiants de justesse, il nous plonge avec talent dans un monde préhistorique en définitive très réaliste. Yves Coppens, LE spécialiste français (et internationnal) de la question a d'ailleurs préfacé cet album qui a reçu, en 2003, un prix Alph'Art à Angoulême... Ah, j'allais oublier : la dernière planche est absolument géniale ! A lire (absolument) : la préface d'Yves Coppens (ci-contre) A lire : la chronique sur BD Sélection A voir (et à acheter) : une planche originale en noir et blanc sur le site d'Opéra BD

Le dernier envol

(scénario et dessin de Romain Hugault, collaboration aux dialogues de Régis Hautière, aux éditions Paquet, collection Cockpit) Attention les yeux ! Cette BD "one shot" est un vrai régal pour tous les passionnés d'aviation (dont IDDBD fait définitivement partie...). Le trait réaliste et hyper pointilleux de Romain Hugault est certainement ce que l'on a vu de plus beau en la matière. La mise en situation, le dessin, les détails (décorations, emblèmes, éléments mécaniques...) des avions (Mitsubishi Zéro japonnais, P-47 Thunderbolt, F4U Corsair et P-51 Mustang américains, Messerschmitt allemands, Yak russes...) sont à couper le souffle ! Bravo, bravo et re-bravo ! D'ailleurs, le jury des Rencontres de la BD aéronautique et spatiale du Bourget ne s'y est pas trompé puisqu'il a attribué à Romain Hugault le prix du meilleur dessin et celui de la meilleure mise en couleur pour Le dernier envol... Et pour les autres alors ? Pour tous ceux qui ne savent pas faire la différence entre un F4F Wildcat et un F6F Hellcat ? Ne vous inquiétez pas, avec Le dernier envol, il y en a pour tout le monde ! Car l'histoire vaut aussi le détour ! D'abord, il n'y a pas une mais quatre histoires, celles de quatre pilotes japonnais (superbe histoire authentique d'un jeune pilote kamikaze), américain (le noeud de l'album...), allemand (ach !) et franco-russe (je ne vous dit que ça...). Quatre histoires qui aboutissent à un épilogue où l'on découvre comment elles étaient liées depuis 1943... Un bel album, récompensé par le prix "Décoincer la bulle" au festival d'Angoulême 2005, que l'on ne se lasse pas de feuilleter (pour les fans d'aviation...) et que l'on s'empressera de découvrir (pour les autres...). A écouter : l'interview audio de Romain Hugault sur RFI A lire : L'interview de Régis Hautiere sur sceneario.com A voir : 10 planches de Romain Hugault visibles sur le site checksix-fr.com A parcourir : le forum de aeroplanete.net, spécialiste de la BD aéronautique, où l'on découvre quelques infos sympa : - sur la façon de travailler de Romain Hugault : "Voilà comment je procède: 1: découpage> sur une feuille brouillon, on dessine ce qu'il y aura sur la page. 2: pré-crayonné>sur une feuille de croquis au bon format, je dessine en gros la planche...sans les détails. 3: crayonné> sur une feuille canson, je "recopie" la feuille précédente à l'aide d'une table lumineuse, et j'affine le dessin. 4:encrage> je dessine la planche à l'encre de chine, puis je gomme le crayon. 5: couleur> scan puis couleur, mais comme tu l'as dis, je travaille à l'ordi comme si j'étais avec de la peinture... c'est plus vivant. (...) J'utilise un camion de doc... vu que je veux tendre à une bd historiquement crédible...la doc pour le maquettisme est un must." - sur Régis Hautière, Le dernier envol et les projets : "La lettre du Kamikaze sur la première histoire est authentique. Tout le reste est fictif. Les 4 histoires ont été placées volontairement dans un ordre anté-chronologique. Ceci afin que l'épilogue, qui révèle le lien caché des histoire entre elles, ne soit pas trop prévisible. Normalement il doit donner au lecteur envie de relire (ou au moins de feuilleter...) l'album à l'envers (j'espère que ceux qui ont lu l'album comprennent ce que je veux dire, sinon on a raté notre coup... Nous avons déjà effectivement commencé à travailler sur un nouveau projet de bande dessinée aéronautique mais ce ne sera pas vraiment une suite du Dernier envol (et pour cause...). L'histoire se développera cette fois sur deux tomes et démarrera en 1935, du temps des grandes heures de l'aéropostale et des records insensés. Elle se terminera pendant la seconde guerre mondiale après avoir fait quelques incursions, sous forme de flash-back, dans la première. Voilà. Je ne vous en dis pas plus pour l'instant pour ne pas gâcher la surprise..." A déguster (des yeux) : un ex-libris et une carte de bonne année 2006 par Romain Hugault (tirés du forum d'aeroplanete.net), ainsi que deux images du prochain album des deux compères...   Amusant : Le dernier envol cité sur le site de l'Armée de l'Air

Alexandre Clérisse : l’interview (2ème partie)

La suite de l'interview entamée hier... IDDBD : Tu résides à la Maison des Auteurs à Angoulême. Peux-tu nous en dire quelques mots (ambiance, contacts, moyens mis à ta disposition...) ? Alexandre Clérisse : La MDA est un bon outil de travail, on a un bon atelier (table à dessin avec table lumineuse, ordinateur, photocopieur couleur, bibliothèque, bar, salle d'expo...) et des contacts pour faire des boulots de graphisme ou d'illustration. Je partage mon atelier avec Jean Pierre Mourey qui adapte "l'invention de Morel" chez Casterman, et on s'entend très bien. Il est plus difficile de voir les autres auteurs car tout le monde travaille beaucoup à des horaires très différents, c'est dommage. Heureusement, il y a des interventions (sur les droits d'auteurs, avec des éditeurs, des débats...) où l'on croise du monde. Les critères d'entrée sont un peu flous et beaucoup de gens qui ont du talent n'y entrent pas forcément, du coup le batiment est à moitié vide. Ca pourrait être plus vivant, mais je ne me plaint pas, j'y suis vraiment très bien. IDDBD : Tu travailles sur quoi en ce moment et quels sont tes projets ? Alexandre Clérisse : Actuellement je termine Jazz Club, j'ai illustré un recueuil de nouvelles de Powys "Le fruit défendu" pour les éditions de l'Arbre Vengeur qui sort bientôt, ensuite j'ai un projet court toujours à l'ordinateur avec les éditions Charette, et puis quelques autres en réserve pour plus tard, à la main car j'aime bien ça aussi. IDDBD : Questions traditionnelles sur IDDBD : y a-t-il des BD qui t'ont marqué ? Que lis-tu en ce moment ou récemment ? Alexandre Clérisse : C'est toujours délicat, il ya plein de choses. Les plus marquantes par rapport à ce que je fais en ce momment c'est Jimmy Corrigan de Chris Ware, mais aussi L'oisiveraie de Prudhomme ( et je dis pas ça parce que j'ai bossé avec lui ! ), Mazan un peu, Martin Tom Dieck avec Salut Deleuze, Woultch, Olivier Dozou. Récement j'ai lu le bouquin d'Anne Simon, Le Mirtyl Fauvette de Riff, la BD de Christophe Gaultier chez Dupuis, du Charles Bukowski et du Borges pour la littérature, et  je dois en oublier plein. IDDBD : Merci Alexandre d'avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions. Nous espérons reparler très vite de toi sur IDDBD ! Alexandre Clérisse : Merci à toi, à bientot ! A (re)lire : la chronique de Jazz Club sur IDDBD A lire : pour en savoir plus sur la Maison des Auteurs (fichier pdf)

Alexandre Clérisse : l’interview (1ère partie)

IDDBD : Bonjour Alexandre, les lecteurs d'IDDBD t'ont découvert avec Jazz Club (la BD que tu publies en feuilleton sur le site Coconino World). Peux-tu te présenter en quelques mots  ? Alexandre Clérisse : Bonjour, j'ai 25 ans, je suis originaire d'un petit village du Lot (46), je suis en résidence à la Maison des Auteurs à Angoulême pour travailler sur Jazz Club. Je fais en plus des illustrations pour la presse jeunesse (Tobogan, Choco Creed) et du graphisme (ex : le plan du dernier FIBD d'Angoulême ). IDDBD : Qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la BD et quel cursus as-tu suivi ? Alexandre Clérisse : Comme beaucoup de dessinateurs, ça vient de l'enfance, de mes lectures et du plaisir de se raconter des histoires. Aprés mon bac et un an de fac, j'ai fait un BTS d'Arts appliqué, puis je suis rentré à L'école de L'image d'Angoulême que j'ai terminé l'an dernier. IDDBD : On peut lire aujourd'hui Jazz Club sur le site Coconino World. Tu sais tout le bien qu'en pense IDDBD. Alors, une publication papier est-elle prévue ? Le fait que tu ais reçu le prix Coup de Coeur au concours Jeunes Talents du Festival de BD de Perros-Guirec (voir la photo ci-contre), et surtout réalisé la mise en couleur de l'album "La farce de Maître Pathelin" de David Prudhomme aux éditions de l'an 2 (IDDBD en parlera prochainement mais vous pouvez déjà admirer la couverture ci-dessous...), va certainement t'y aider, non ? Alexandre Clérisse : Effectivement Jazz Club devrait être publié. Chez quel éditeurs ? Je ne sais pas encore mais ça doit se décider bientôt. Le prix de Perros-Guirec était pour moi une surprise, ça m'a pas mal encouragé, mais je n'ai pas eu de retombée professionelle. Quand à La Farce avec David Prudhomme, ça a été une aventure exeptionnelle, qui m'a énormément apporté sur tous les plans ( artistiques et rélationnels ). David est un auteur extraordinaire qui m'a appris à voir les choses sous un autre angle. Ca m'a permis de faire un premier pas dans l'édition mais aussi de rencontrer ses compagnons qui été aux Beaux Arts avec lui et d'autres exélents auteurs qui m'ont bien conseillé. IDDBD : En 2003, tu as créé, avec Tony Neveux, le site www.lemouchoir.com qui est une sorte de laboratoire où sont expérimentées des formes alternatives de graphisme et de narration. Comment t'es venu cette envie d'explorer d'autres chemins que ceux suivis traditionnellement par les jeunes auteurs qui se destinent à la BD ? Trouves-tu la BD actuelle trop conventionnelle, trop convenue ? Alexandre Clérisse : Quand nous sommes arrivé en 2eme année à l'ESI d'Angoulême, Tony et moi sortions de notre BTS de graphisme, nous avions tous deux envie de créer un support qui rassemble des dessinateurs et nous voulions que la forme soit ne soit pas un énième fanzine A5 en noir et blanc. Nous avons donc mis au point une ligne graphique qui nous permette avec peu de moyen ( une grande feuille et 2 couleurs ) de réaliser des petites histoires. Les contraintes de notre support ont fait naitre des réponses inatendues. Ont a fait 4 numéros et un site: www.lemouchoir.com où les internautes peuvent télécharger et imprimer leurs mouchoirs de poches gratuitement. Le mouchoir sérigraphié était facilement réalisable dans le cadre de l'école, mais maintenant nous voudrions passer à un objet différent. Je ne sait pas si la BD actuelle est trop conventionnelle, certes il y beaucoup de choses qui se ne sont pas inovatrice du tout, mais il y a aussi pas mal d'auteurs et de petites éditions qui cherchent des formes nouvelles. Mais, expérimenter et faire des choses différentes ne veut pas forcément dire qu'elles soient toujours bien. J'aimerais arriver à bousculer le média sans perdre de vu que la BD est un art populaire. Pas évident... A lire : la fiche consacrée à La farce de Maître Pathelin sur le site des éditions de l'An 2 A visiter : le site du festival BD de Peros-Guirec

La critique du professeur Sintès

Le professeur Sintès, farouche adversaire d'IDDBD, nous revient plus en forme que jamais. Comme d'habitude, c'est affligeant... Heureusement, après cette vérue rédactionnelle, nous vous proposons quelques goodies sur Seth et Manu Larcenet (et notamment sur la FIGB dont vous pouvez voir le manifeste à la gauche de votre écran...). Bien le bonjour à vous cher public ! Pas trop fatigué de ce changement d'heure ? Bon, tant mieux... Attaquons tout de suite cette semaine écoulée sur le bleug... Pour commencer, une petite interview d'Ignacio Noé, c'est bien vu. Quand on sait qu'il est plus connu pour ses BD érotiques que pour ses dessins pour enfants ou pour Helldorado, on comrend pourquoi les tenanciers du bleug ont été l'interviewer jusqu'en Argentine ! Qu'est-ce qu'on ferait pas pour rameuter du monde ! Aaaaahhhh, c'est pitoyable ! Et le pire, c'est que ça recommence le lendemain ! Mais oui, parfaitement ! Avec sa chronique sur Le commis voyageur de l'auteur canadien Seth, IDDBD a voulu ramener à lui tous les amoureux de l'oeuvre sublime d'Arthur Miller et les adorateurs du dieu égyptien bien connu (si, si, il y en a encore...). Mais j'ai vu clair dans leur jeu et aujourd'hui, Mesdames et Messieurs, je n'hésite pas à le dénoncer sans peur des représailles ! Quant à Mourir au paradis et Amerikkka, ces attaques éhontées de l'Amérique sont on ne peut plus minables ! Aaaahhhh, IDDBD a le beau rôle à hurler avec les loups ! Prenez garde messieurs d'IDDBD de ne pas avoir bientôt à danser (... avec les loups) ! Mais bien entendu, la palme de la mauvaise foi, le record de l'hypocrisie, la médaille d'or de la conscience la plus absente du onde revient à la chronique sur le troisième tome du Combat ordinaire, Ce qui est précieux, de Manu Larcenet. Ca suinte la basse flatterie, le parti pris, l'esprit borné... le tout en essayant, en plus, de nous refourguer un DVD ! Je crois que là, on atteint le fond ! Et je ne m'arrêterais pas là pour vous dire que... Et pourtant si mon cher professeur, vous allez vous arrêter là pour qu'il nous reste encore un peu de place pour apporter à nos lecteurs quelques goodies supplémentaires en rapport avec les chroniques de la semaine : Le commis voyageur : Seth vit sa vie comme ses personnages de BD. En réalité, il adore tout ce qui touche aux années 30 à 50 (l'Atlantide comme l'écrit si bien King...), y compris ses vêtements comme en témoigne la photo ci-contre et le témoignage d'un journaliste du magazine canadien En route : "J’ai déjà échangé sur le sujet (l’obstination et le démodé, pas l’abattage des pintades) avec le bédéiste Seth, un homme qui, de façon tout à fait inexplicable, est capable de vivre à la fois au XXIe siècle et au début du XXe. Il adore tout ce qui provient de cette dernière époque : les livres, la musique, les jouets, les bandes dessinées (qui l’ont grandement inspiré) et la mode (vieux complets, feutres mous). «  Un homme en complet a toujours meilleure allure », explique-t-il avec simplicité." Au fait, en passant, la Une d'En route est consacrée ce mois-ci à Sam Roberts, rockeur indé canadien. J'sais pas moi, ça pourrait intéresser un certain Blog Up... A lire aussi : l'interview de Seth à du9.org (en 1998 !) Manu Larcenet : à la fin de la chronique d'hier, on vous annonçait que le tome 4 du Retour à la terre était bouclé. Manu Larcenet nous présente sa couverture (cliquez sur l'image pour l'agrandir...), où l'on découvre qu'il s'intitulera Le déluge. Le début de la semaine était consacré à Ignacio Noé : voilà, la boucle est bouclée (rrraaaahhhh, il fallait oser la faire celle-là !)... Pour finir, comme nous partageons l'analyse de Manu Larcenet sur un certain nombre de choses, c'est avec plaisir que nous adhérons à sa FIGB dont nous hisserons les couleurs tous les dimanches à partir de dorénavant (en plus, ça fera les pieds à ce réac' de professeur Sintès...). A demain !

Le combat ordinaire T3 : Ce qui est précieux

(scénario et dessin de Manu Larcenet, couleurs de Patrice Larcenet, éditions Dargaud) Vous le savez si vous êtes déjà venu sur IDDBD (et vous le découvrirez si c'est la première fois...) : on est FAN du travail de Manu Larcenet. La chronique que vous vous apprêtez à lire est donc non seulement totalement subjective (comme toutes les autres d'ailleurs...) mais aussi totalement dithyrambique ! Il n'empêche que tout ce que vous allez lire est totalement fondé (je sais, ça fait beaucoup de totalement mais c'est comme ça...). Ces précautions oratoires posées, le troisième tome du Combat ordinaire, intitulé Ce qui est précieux, est à la hauteur des deux précédents (ça, ce n'est pas une surprise...). Il est même un cran au-dessus en ce sens qu'il constitue une sorte de point d'orgue dans le déroulement de l'histoire de Marco Louis, ce photographe trentenaire qui vient de perdre son père dans des circonstances dramatiques (l'homme, atteint de la maladie d'Alzheimer, s'est suicidé...) et dont la compagne, Emilie, attend de lui qu'il veuille bien lui faire un enfant... Sa nouvelle rencontre avec l'ancien officier parachutiste qui avait connu son père durant la guerre d'Algérie est un autre moment crucial de l'histoire. On y apprend bien des choses sur la nature humaine, celle des autres et la nôtre (nos jugements sur les gens notamment, parfois un peu expéditifs, parfois un peu trop définitifs...). Et puis, il faudrait parler des relations avec la mère de Marco, décrites avec une délicatesse rare, et les moments de rigolades aussi, contrepoids aux planches les plus sombres d'un Manu Larcenet plus qu'inspiré, habité par son sujet. Ce qui est précieux est un peu le combat ordinaire et universel de la vie (l'enfant désiré) contre la mort (du père, des illusions, d'une part d'enfance). C'est aussi toutes ces petites choses, anodines en apparence, qui font que l'on continue à vivre malgré les pertes et les douleurs... Nous disions que Manu Larcenet est un humaniste, un vrai. Il le confirme de manière magistrale dans ce troisième tome... Cerise sur le gâteau : le DVD Des instants précieux qui accompagne l'album. Réalisé par Sam Diallo et Laurent Beaufils, il nous entraîne à la suite d'un Manu Larcenet particulièrement bavard (que c'est bon !) sur son travail, sur la façon qu'il a eu d'aborder cet album... Filmé à la manière de l'émission belge Streap Tease (c'est-à-dire sans commentaires), ce DVD est un pur moment de bonheur (y compris les bonus...) et un complément indispensabe aux fans et aux autres (c'est toujours intéressant de voir un artiste travailler...). Merci à vous messieurs Diallo et Beaufils ! A lire : la chronique d'IDDBD sur les deux premiers tomes A visiter : le blog de Manu Larcenet où l'on apprend, entre autre, que le tome 4 du Retour à la terre est fini ! On l'attend avec impatience !

Amerikkka

(scénario de Roger Martin, dessin de Nicolas Otéro, aux éditions Emmanuel Proust) Hier IDDBD vous parlait d'une certaine Amérique paranoïaque, sécuritaire et raciste, qu'il ne faudrait pas confondre avec la majorité des américains (précision utile pour tous ceux qui penseraient - à tort - qu'IDDBD fait de l'anti-américanisme primaire...). Aujourd'hui, IDDBD continue l'exploration de cette face cachée des USA avec Amerikkka. Comme le laisse deviner le titre, les activités du KKK (Ku Klux Klan) sont au coeur des albums scénarisés par Roger Martin, LE spécialiste français de cette organisation raciste créée en 1866 dans le sud des Etats-Unis par d'anciens combattants confédérés. Du coup, cette série de cinq tomes (à ce jour) est intéressante à double titre. Premièrement, on ne s'ennuie jamais aux côtés d'Angela Freeman et Steve Ryan, les deux héros de la série, que leur lutte au sein de l'AKN (Anti Klan Network) vont mener aux quatre coins des Etats-Unis (Texas, Floride, Idaho, Chicago, Philadelphie...). Les enquêtes sont rythmées, bien ficelées et très bien documentées, et les personnages gagnent en épaisseur psychologique au fil des épisodes... Deuxièmement, toutes les histoires sont inspirées de faits réels. Et c'est peut-être là qu'est le véritable intérêt d'Amerikkka. Sous les dehors d'une BD parmi les autres, c'est en réalité une somme documentaire impressionnante sur les activités de l'ultra-droite américaine, en même temps qu'un signal d'alarme. C'est en tout cas l'un des objectifs avoués par Roger Martin : utiliser la BD pour sensibiliser les jeunes et les moins jeunes aux dérives racistes, au cas particulier aux USA. Mais le message vaut aussi ailleurs, aujourd'hui et en d'autres temps...   A lire (pour mieux comprendre la série) : l'interview de Roger Martin publiée le 1er février 2006 sur BD Sélection qui nous apprend qu'à terme la série Amerikkka devrait compter dix tomes, le dernier étant consacré à la naissance du Klan. A lire :Les chroniques de Bulle d'Air et de BD Paradisio A relire (pour ne pas oublier) : quelques albums chroniqués par IDDBD, notamment Artic Nation (série Blacksad), Petit Polio (de Farid Boudjellal qui évoque notamment le racisme en métropole au temps de la guerre d'Algérie), Maus (d'Art Spiegelman sur le génocide des juifs d'Europe avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale)

Mourir au paradis

(scénario de Pierre Christin, dessin d'Alain Mounier, collection Long Courrier des éditions Dargaud) Autant vous le dire tout de suite, les avis sont extrêmement partagés sur cet album de Pierre Christin (le scénariste de Partie de Chasse avec Bilal). Nous-même à IDDBD, on s'est longuement interrogé pour savoir si l'on devait ou non chroniquer Mourrir au paradis. A l'issue de la première lecture, le scénario nous est apparu un peu bancal, avec une première partie longue à se mettre en place et une fin un peu précipitée, et un dessin réaliste qui ne nous semblait pas à la hauteur de l'histoire (le trait est parfois trop statique et les problèmes de perspectives sont récurrents...). Et puis en le relisant, ces défauts se sont étonnament estompés. On comprend mieux la mise en place du décor et des personnages (qui restent tout de même caricaturaux) et le traitement graphique de l'histoire. En définitive, Mourrir au paradis nous est plus un document de politique-fiction réaliste qu'une BD classique. Alors, de quoi y est-il question ? De l'Amérique d'aujourd'hui, post-11 septembre 2001, paranoïaque, sécuritaire et, reconnaissons-le, toujours aussi raciste. Le portrait vous paraît exagéré ? Lisez la presse. Et sachez que le décor de l'histoire concoctée par Pierre Christin existe réellement... Heaven's Estate est une "gated city", c'est-à-dire plus qu'un lotissement fermé et protégé par une haute barrière de sécurité. C'est une ville à part entière, avec sa police privée, son centre commercial, son golf, ses zones de loisirs, son bord de mer et, bien entendu, ses villas luxueuses habitées par de riches américains désireux de se mettre à l'écart de la violence du monde. Malheuresement, cette volonté de préservation n'empêchera pas la violence d'y faire une incursion dramatique. Une violence non pas venue de l'extérieur mais de l'intérieur même d'Heaven's Estate. Ce qui ne paraissait être au départ que le jeu malsain d'une bande de jeunes privilégiés et totalement irresponsables (enfin, pour certains d'entre eux), va se transformer en véritable tragédie. Et c'est toute la philosophie à l'origine de la cité qui est remise en cause... Mourrir au paradis est donc non seulement une attaque en règle contre les dérives sécuritaires illusoires de l'Amérique d'aujourd'hui, mais également de sa politique étrangères (la théorie du territoire national considéré comme un sanctuaire). Et comme le suggère la fin de l'histoire, la vieille Europe n'est peut-être pas l'abri de cette philosophie. De même que l'album Partie de Chasse était prémonitoire de la chute de l'empire soviétique, il y a fort à parier que Mourrir au paradis prendra un relief tout particulier dans quelques années... Ne serait-ce qu'à ce titre, cette BD mérite d'être lue aujourd'hui.   A lire (pour mieux comprendre l'album) : l'explication donnée par Pierre Christin sur le site Dargaud A lire : les 15 premières pages de l'album sur readbox.com (une fois entré sur le site, allez dans la bibliothèque et faites défiler les albums...)

Le commis voyageur

(scénario et dessin de Seth, collection Ecritures des éditions Casterman) J'avais vaguement entendu parlé de Seth lorsque j'ai tenu pour la première fois entre les mains le premier tome du Commis voyageur. Pour tout dire, c'est le titre qui m'a interpelé. Il me rappelait la bouleversante pièce de théâtre d'Arthur Miller, Mort d'un commis voyageur, et c'est donc avec un a priori plutôt favorable que j'ai commencé à lire les premières pages. On retrouve d'ailleurs dans Le commis voyageur certains des thèmes de l'oeuvre de Miller : la nostalgie de temps plus heureux, d'une époque où le travail d'un homme signifiait encore quelque chose, d'un temps où l'argent pour l'argent n'avait pas encore tout détruit. Une époque où l'on avait foi en l'avenir et où transmettre le flambeau de son expérience pouvait encore représenter une fin en soi... C'est en tout cas de tout cela dont nous parle le vieil Abraham "Abe" Matchcard dans la première partie de Commis voyageur. Abe est le dernier patron de Clyde Fans, l'entreprise de fabrication de ventilateurs créée par son père dans les années 30 en Ontario, au Canada, qu'il a fermée en 1981, faute de clients. Tout en déambulant dans son appartement et dans les bureaux désertés, il revient sur son passé de représentant à la fin des années 50, sur ses techniques de ventes qu'il a passé trente ans à apprendre et à peaufiner ("Vendre n'est pas un jeu. C'est une affaire sérieuse"), sur ses espoirs déçus et pour finir sur ses relations avec son frère, Simon. Le long monologue d'Abe Matchcard est plus un testament qu'un bilan de sa vie. Malgré l'échec, il ne semble pas amer mais plutôt nostalgique de cet âge d'or qu'il évoque. S'il n'y avait les regrets qu'il éprouve par rapport à son frère, il pourrait presque partir en paix... Son frère Simon justement occupe toute la deuxième partie de l'histoire. Pour nous la raconter, Seth fait un bon de quarante ans en arrière et nous ramène de 1997 à 1957. On y retrouve un Simon terrorisé par son nouveau métier de représentant-placier. Car Simon est d'une toute autre nature qu'Abraham. Il en est même l'opposé. D'une timidité maladive, il ne se croit pas capable de conclure une vente, malgré les conseils martelés par son frère. Simon, lui, se fait balader par les commerçants qu'il va démarcher. Sa tournée vire rapidement au cauchemard puis à la descente aux enfers. Et l'on comprend mieux alors le sens de certaines des paroles d'Abe et certains de ses regrets... Le commis voyageur est une oeuvre à la fois nostalgique, douce-amère et oppressante dont le rythme, relativement lent, peut dérouter. Mais avec un trait et des couleurs d'une simplicité apparente (qui évoquent incroyablement bien les années 50), Seth n'a besoin d'aucun boniment pour nous entraîner dans son univers intimiste. Ses personnages ne sont pas seulement crédibles, l'instant d'un album ils existent réellement... On attend avec impatience le deuxième tome. A lire (indispensable) : la chronique sur Benzine, le magazine d'essence culturelle A lire (tout aussi indispensable) : l'interview de Seth sur BD Sélection A lire (avant de se plonger dans l'album de Seth) : un extrait de Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller. Willy Loman (le commis voyageur de la pièce) parlant à son fils : "Qui sait de quoi un homme est fait Biff, surtout un commis voyageur ?... Essaie d'en peser un pour voir ! Plus léger que l'air, il te filera entre les doigts, il plane bien haut dans les nuages, chevauchant sa valise d'échantillons, avec son sourire comme armure et ses chaussures trop bien cirées comme stratégie. Qu'une tache vienne salir son chapeau, et le voilà qui dégringole, mais qu'un vieux client perdu lui rende son sourire et le voilà reparti vers les sommets Non, il ne dicte pas de lois, il ne construit ni maisons ni ponts ni usines, il ne donne ni médecine ni remèdes, il parle, il parle, il parle, d'une ville à l'autre, il court apporter un bon mot et la promesse d'une saison heureuse et fructueuse. Ne cherche pas à savoir de quoi il est fait Biff, il est tissé dans cette soie impalpable dont sont tissés nos rêves, comme eux, il nous est totalement inutile et totalement indispensable !"