Chronique | Donjon

Donjon (éditions Delcourt) Première approche Donjon est une série tout droit sortie des cerveaux torturés de Joann Sfar et Lewis Trondheim (vous ai-je déjà dit qu'en qualité de gagnant du Grand Prix 2006 du Festival BD d'Angoulême, il présidera le prochain festival ? Oui ? Ah bon...). IDDBD aurait été encore plus torturé que ces auteurs s'il avait voulu vous chroniquer cette série en une seule fois... A moins que vous n'ayez que ça à faire ce week-end ? Non ? Bien, je vous propose donc de procéder autrement : retrouvons-nous tous les samedi du mois de février pour découvrir pas-à-pas cette tentaculaire et monumentale série. Vous verrez, Donjon mérite que l'on prenne son temps. Donjon, ça s'apprivoise, ça se découvre en douceur, et puis ça se déguste... Comme je vous le disais, l'idée de la série a germé dans les têtes chauffées à blanc de Sfar et Trondheim. Enfin, plus exactement dans celle de Joann Sfar au départ. Sur son site, Lewis Trondheim raconte la première fois où Joann lui a parlé de son projet : "V'la t'y pas que Joann Sfar me téléphone en plein juillet en me proposant un nouveau projet de collaboration (peut etre le 10e depuis le debut de l'année, Joann a tout le temps des nouveaux projets). Il me propose donc un truc d'heroic fantasy ou il ferait le scénario et le découpage très dessiné et moi, je reprendrais le scénario et je le dessinerais a ma façon. Je lui ai dit non, ou alors faire un Lapinot heroic fantasy avec son projet. Sauf que dans la tête de Joann, c'etait pas un album qu'on allait faire mais dix, cent, mille, au rythme de 2 ou 3 ou 4 par an, "ha ha ha" qu'il fait, "ha ha ha" que je fais et je lui dit "non", que j'ai déjà Lapinot et que ça me suffit. Et puis bon, finalement, j'ai dit d'accord". Bon, après ce scoop fracassant, vous aurez compris que Donjon traite d'heroic fantasy (ah bon ?). Oui, mais... en adoptant un point de vue assez différent de celui, plus conventionnel, des autres auteurs (tous arts confondus d'ailleurs). Pour être plus clair, Donjon est une oeuvre aussi (re)fondatrice que l'a été Le seigneur des anneaux dans les années 50. A l'époque, Tolkien réinventait l'épopée héroïque en même temps qu'une nouvelle mythologie. Sfar et Trondheim font de même : ils réinventent l'heroïc fantasy en y apportant ce petit supplément d'âme et d'humanité qui est leur marque de fabrique commune (et celle des autres artistes de leur bande)... Quant à l'histoire, j'aime beaucoup la façon dont Matthieu Sirine la résume dans un article du quotidien Metro de janvier 2003 : "C'est l'histoire d'un canard pleutre qui deviendra un grand guerrier. C'est un conte picaresque, l'initiation d'un jeune oiseau idéaliste s'improvisant justicier. C'est le crépuscule d'un sage dragon aveugle et manchot dans un monde en déliquescence. C'est tout ça à la fois, et encore plus. Une saga qui a pris le nom de l'édifice autour duquel ses personnages vivent leurs tourments et leurs épopées : le Donjon". Sfar et Trondheim sont donc partis du tronc commun de l'heroïc fantasy : les aventures du Donjon se déroulent dans un environnement médieval fantastique (sur la planète imaginaire Terra Amata). Les personnages (des animaux anthropomorphes comme les affectionne Trondheim) évoluent autours et dans un donjon (tiens ?) lugubre (ah bon ?), rempli de labyrinthes et de salles sombres (non ?), de monstres (bizzarre !), et d'aventuriers cherchant à s'emparer d'un trésor bien protégé (ah !). Sauf que le donjon en question est géré comme une entreprise par le Gardien, confronté aux habituels soucis de concurrence et de gestion de ce type de business ("clients-aventuriers" à satisfaire, "personnel-monstres" à nourrir et à occuper, pièges à renouveler, etc, etc...). Car la série Donjon est résolument humoristique. Mais attention, la considérer comme une suite "d'albums marrants" serait non seulement réducteur mais tout simplement faux. Sfar et Trondheim y ont introduit d'autres ingrédients que l'on retrouve dans d'autres de leurs travaux (considérations sur la vie, la mort, l'amour, l'amitié...). C'est là un élément important de Donjon : les lecteurs qui ne sont pas attirés a priori par l'héroïc fantasy prendront autant de plaisir que les autres à lire les aventures d'Herbert, de Marvin, du Gardien, de Gros-Gros (personnellement, c'est l'un de mes préférés)... Dernier détail pour aujourd'hui, Donjon est en réalité constitué de cinq séries, plus ou moins développées à ce jour : Donjon Potron-Minet (albums numérotés de - 99 à 0) raconte la formation de Hyacinthe, le futur Gardien, jeune idéaliste aventureux (un peu dans l'esprit du D'Artagnan des Trois Mousquetaires arrivant à Paris). Donjon Zénith (albums numérotés de 1 à 100) décrit l'apogée du donjon et surtout les aventures d'Herbert le canard à la recherche des "objets du Destin". Donjon Crépuscule (numérotée au-delà de 100) narre la chute du donjon et la déchéance des principaux personnages. Parallèlement, la série Donjon Parade (référence aux Mickey Parade de notre enfance) se situe entre les albums 1 et 2 de Donjon Zénith : il s'agit d'aventures légères et humoristiques d'Herbert et Marvin. Enfin, Donjon Monster raconte une aventure de l'un des personnages secondaires de la saga. L'astuce des auteurs, c'est que tous ces albums - qui se situent donc à des moments différents de l'histoire de Terra Amata et du Donjon - sont publiés en parallèle ! C'est donc au lecteur de tout bien reclasser dans l'ordre dans sa bédéthèque (et dans sa tête !). Comment est-il possible de sortir autant d'albums tous les ans ? En faisant participer aux séries un maximum de dessinateurs, tout simplement (outre Sfar et Trondheim, qui écrivent tous les scénarios et dessinnent certains albums, on retrouve par exemple Christophe Blain pour Donjon Potron-Minet, Manu Larcenet pour Donjon Parade). Vous comprenez mieux maintenant pourquoi il vaut mieux aborder le Donjon avec méthode (au risque de se perdre dans le labyrinthe de ses séries, et de devenir fou...). A samedi prochain pour la suite de Donjon et à demain pour découvrir un album magnifique... A lire : les deux premiers tomes de Donjon Zénith (albums numérotés 1 et 2). Pour mieux comprendre la chronique de la semaine prochaine... Et attention, ne vous trompez pas ! C'est bien Donjon Zénith... A visiter : le site des éditions Delcourt Pour réviser la leçon du jour : lisez l'article de l'encyclopédie Wikipedia

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