Chronique | Les imposteurs

scénario et dessin de Christian Cailleaux, éditions Casterman Autant être franc : j'ai été un peu rebuté par le dessin de Cailleaux au début. C'est vrai qu'il m'a fallu faire un effort pour entrer dans l'histoire des Imposteurs. Mais je peux vous garantir que, passé la deuxième page, je ne pouvais plus quitter Albert, le héros de cette magnifique trilogie ! C'est là la première imposture de Christian Cailleaux : loin d'être simple, son dessin sert merveilleusement bien son scénario en apportant cette touche "très années 50" qui est l'un des charmes de la série. Cette époque est certainement la dernière au cours de laquelle un type comme Albert pouvait se faire passer avec classe pour celui qu'il n'est pas. "C'était assez drôle. Combien de temps encore allait durer cette méprise? Le champagne était parfait, l'appartement somptueux et il n'est jamais tout à fait désagréable de se retrouver parmi des gens plein aux as. Je décidai de profiter un peu de la situation, boire un verre ou deux, et après cela je m'en irai discrètement". Ainsi se parle Albert alors qu'il vient d'être entraîné dans une soirée mondaine par Lady Hoodwink qui a reconnu en lui le grand écrivain Albert Fenta. Sauf qu'Albert ne s'en ira pas discrètement. Il va rester, jouer le jeu et peut-être s'y perdre... ("Invité... Encore une fois. Etre Fenta une nuit de plus. Etre un autre et jouer la comédie chez les riches..."). Et c'est là la deuxième imposture de Cailleaux : jouer avec le lecteur comme Albert joue avec la bonne société de l'époque. "Vraiment c'était facile. De la tenue, le geste sûr, il suffit de placer sa voix juste et n'avoir peur de rien. Parler de tout sans rien dire, mais faire chanter les mots comme une musique rassurante.Tout est question de manières, d'apparences". Le scénario est retors à souhait, imprévisible, implacable. Et l'on suit Albert, sa préparation, son immersion, ses rencontres, son ascension... dans un monde où l'on se demande à chaque instant qui est le plus imposteur de tous... Pour finir, un extrait de la chronique de François Peneaud sur le site ecrits-vains.com que je trouve très juste : "Les Imposteurs est un miroir qui renvoie le lecteur à ses propres mensonges, à l’image publique que chacun donne de soi. L’absence de toute morale au récit est une preuve supplémentaire de l’intelligence de l’auteur, comme l’est son refus du statu quo." A savourer : le site (très complet) de Casterman avec sa fiche sur la série, (à partir de laquelle vous pourrez découvrir les fiches sur chacun des albums de la trilogie), ses planches d'albums publiées en ligne (l'acte III est publié dans son intégralité... pour ceux qui choisissent de s'inscrire gratuitement au Club Casterman...). A découvrir : le site personnel de Christian Cailleaux. Superbe. A ne pas rater : l'interview dessiné de Christian Cailleaux sur le site 1001bd.com.

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